Que s’est-il passé lundi 13 avril pendant la manifestation de l’opposition? Les forces de sécurité ont-elles fait usage d’armes à feu comme le prétend l’opposition ? Nous avons posé ces questions au Commandant Mamadou Alpha Barry, Porte-parole du Haut Commandement de la Gendarmerie nationale, Direction de la Justice Militaire. Entretien.
Kaloumpresse.com : Bonjour Commandant Barry. Clairement, quelles sont les consignes données aux forces de sécurité avant la marche de l’opposition ?
Commandant Mamadou Alpha Barry : Les forces de sécurité police et gendarmerie avaient pour mission de renforcer la sécurité au niveau du Palais du peuple, particulièrement le siège de l’Assemblée nationale, la CENI et ses personnels. Elle devaient aussi sécuriser les mairies et autres points sensibles qui font objet de menace; faciliter la libre circulation des personnes et leurs biens, empêcher tout mouvement visant à causer des dommages aux personnes, biens privés et publics. Voila les missions qui nous ont été assignées la veille de la manifestation de l’opposition qui n’était pas autorisée dans un premier temps. Mais ce n’est pas parce que la manifestation n’est pas autorisée que nous allons croiser les bras et rester dans les casernes. Donc on était obligé de sortir pour gérer cette manifestation. Chose qui fut faite.
Quel bilan avez-vous pu établir ?
Je sais que nous avons eu 10 blessés. Quatre blessés côté civile dont 1 mort, 3 blessés côté gendarmerie, 1 blessé côté police. Ce matin j’ai entendu dire que la police a enregistré 14 blessés.
La gendarmerie a enregistré combien de blessés ?
Dans nos rangs, nous avons enregistré 3 blessés dont un grave. Il a reçu un gros caillou dans le dos. Je l’ai vu au niveau de l’escadron 3 puisqu’on a un centre de santé à ce niveau. On était sur le point de l’évacuer à Ambroise Paré pour une radiographie.
L’opposition accuse les forces de l’ordre d’avoir tiré à balles réelles sur ses manifestants. Confirmez-vous cette thèse ?
Sincèrement, c’est déplorable que des manifestants tombent sous l’effet des balles réelles sur le terrain. Sachant que la méthode du raisonnement tactique du coordonnateur des escadrons de gendarmerie mobile stipule dans sa conclusion : « Interdiction complète d’utilisation des armes de guerre », s’il est établi qu’un gendarme ou un policier a fait usage de son arme, normalement la justice doit agir. Là, il ne faut pas se leurrer. Dans un Etat épris de droit comme le nôtre, on n’a plus besoin de faire usage des armes pour maintenir la paix.
Les forces de l’ordre n’ont pas en face d’elles des ennemis. On a des frères, des sœurs. Donc pourquoi utiliser des armes de guerre pour maintenir l’ordre ? Je ne vois pas la raison. Si un citoyen, puisque nous sommes au XXIè siècle, a pris son téléphone pour filmer un gendarme qui détient une arme, il ne faut même pas qu’il vienne à la gendarmerie. Que ce citoyen aille directement à la Justice pour montrer la photo du gendarme pour qu’on l’interpelle. En aucun cas, le Haut commandement n’a donné un ordre manifestement illégal par rapport à l’usage des armes de guerre.
Peut-on s’attendre à l’ouverture d’une enquête par la gendarmerie suite à l’usage d’armes non conventionnelles pendant ces manifestations ?
Du moment que la gendarmerie n’est pas indexée alors qu’elle-même représente les forces de sécurité sur le terrain, c’est à la Justice de faire son travail par rapport à cela. Si la justice nous requiert pour mener des enquêtes, pour savoir qui a ouvert le feu sur le citoyen guinéen, l’action publique est déclenchée et à partir de là nous mènerons les enquêtes. Aller sur le terrain, rentrer dans les quartiers, poser des questions aux familles. Le jeune qui a été tué, a été tué à côté de ses amis. D’autres ont intervenu. Je pense que c’est le moment d’interpeller ceux-ci pour qu’ils nous donnent ce qu’il s’est passé.
Vous savez en Guinée, on court un grand danger. La population ne connait pas les forces de sécurité ni les forces de défense. Aujourd’hui, quand un militaire rentre dans un quartier pour commettre une bavure, on dit que c’est un policier. Quand un policier commet une bavure, on dit que c’est le gendarme. Et pour finir quand le gendarme rentre dans le quartier pour commettre une bavure, on dit que c’est un militaire.
Est-ce que le dispositif sécuritaire reste toujours maintenu autour des institutions que vous venez de citer ?
Absolument ! le dispositif reste maintenu à partir du moment où les leaders politique ont lancé la continuité de la manifestation pour aujourd’hui et jeudi. Nous sommes toujours sur le terrain. Tant que le gens ne rentrent pas paisiblement chez eux, nous sommes sur le terrain. On va essayer de privilégier surtout la sensibilisation. Si ça déborde, on essayera d’encadrer.
Encadrer en quoi faisant ?
En faisant usage de nos armes conventionnelles : gaz lacrymogènes, boucliers, casques, matraques.
En maintenant ces dispositifs autour de l’Assemblée nationale et la CENI par exemples que craignez-vous ?
C’est pour éviter le pire. Actuellement, l’Assemblée nationale est en train de voter des lois. Si par exemple en plénière, on vient les déranger au moment où ils sont en train de voter des lois pour le pays, c’est grave.
Avez-vous appris qu’il y a de nouvelles violences en banlieue ?
Oui on a appris qu’il y a des troubles au niveau de l’axe Hamdallaye-Bambéto. Je suis informé de tout ce qui se passe.
Que se passe-t-il exactement sur cet axe routier ?
Il se passe qu’il y a des troubles.
La circulation est-elle normale comme d’habitude ?
Non pas comme d’habitude.
Certaines sources parlent d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants. Confirmez-vous ces informations ?
C’est normal. Certains manifestants sont en train d’exprimer leur mécontentement. C’est ce que nous sommes en train de gérer.
Avez-vous enregistré des cas de blessés ?
Non pas de blessés pour le moment. Et on ne souhaite pas qu’il y ait des blessés à plus forte raison des morts.
Propos recueillis au Haut Commandement de la Gendarmerie nationale par Elie Ougna
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