Elhadj Abdoulaye Diouma Diallo est député de l’Union des forces démocratiques de Guinée et 3è Vice-président de l’Assemblée nationale. L’opposition compte sur lui pour peser de tout son poids dans le Bureau du parlement. Nous l’avons rencontré. Il a mis l’occasion à profit pour dire sa part de vérité sur la mission de l’opposition au sein de l’Assemblée nationale et les circonstances qui ont prévalu à son élection. Interview exclusive.
Kaloumpresse.com : Cela fait un mois maintenant que la nouvelle Assemblée nationale est installée. Comment cohabitez-vous, vous députés de l’opposition avec ceux de la mouvance présidentielle ?
Elhadj Abdoulaye Diouma Diallo : Les relations interpersonnelles sont bonnes. Elles sont empreintes de convivialité, de courtoisie et de fraternité, parce que nous sommes tous Guinéens. Il n’y a pas de problème particulier entre les uns et les autres.
Votre élection avait été précédée d’un débat houleux entre vous parlementaires de l’opposition. L’honorable Jean-Marie Doré ne cachait pas son ambition pour ce poste avant de se désister à la dernière minute. Comment l’opposition est-elle parvenue à l’en dissuader ?
C’est vrai le débat a été houleux. Mais je crois vraiment que cela ne valait pas la peine. On a décidé d’installer un bureau consensuel. C’est-à-dire que suite à des négociations, la majorité et l’opposition ont décidé de mettre en place un bureau de consensus. Il est indiqué dans la Loi organique que le président de l’Assemblée nationale est élu au scrutin uninominal à la majorité absolue. Les fonctions de vice-présidents, de secrétaires et de questeurs sont pourvues par un scrutin de listes à la majorité relative.
Il a été donc convenu avec la majorité, à coté de cette règle, de faire le consensus. Il a été ainsi, discuté et négocié que l’opposition aurait deux postes au niveau du Bureau. Un poste de vice-président et un poste de secrétaire. A l’ouverture de l’Assemblée, la majorité a été identifiée en constituant un groupe parlementaire dénommé RPG arc-ciel. L’opposition a été identifiée en constituant deux groupes : le groupe des Libéraux Démocrates (UFDG) et le groupe de l’Alliance Républicaine autour de l’UFR.
Les deux groupes ne pouvaient pas accepter de se faire représenter par le Doyen, Honorable Jean Marie Doré, pour lequel j’ai, par ailleurs, beaucoup de sympathie. C’est tout.
Justement comment collaborez-vous aujourd’hui avec les députés « non-alignés » dirigés par Jean-Marie Doré ?
J’ai dis que, pour le moment d’une manière générale, nos relations sont empreintes de convivialité. La collaboration dans le cadre des travaux du parlement commencera à partir du mois d’avril.
Quel peut être le poids d’un troisième vice-président de l’Assemblée nationale dans le cadre de notre parlement ?
Selon les dispositions de la loi organique portant règlement intérieur de l’Assemblée Nationale, le Bureau est l’organe dirigeant de l’Assemblée. Le président est président de l’Assemblée et président du Bureau. Il est chef de l’administration et ordonnateur du budget.
Au total il a un rôle prépondérant. Mais dans l’esprit de la Loi, c’est une direction collégiale. Donc 1er, 2è, 3è ou 4è vice-président, je crois que nous constituons un organe collégial appelé à diriger l’Assemblée nationale pluraliste que nous avons aujourd’hui. Notre L’Assemblée nationale comprend principalement deux mouvances. La majorité et l’opposition dont les effectifs des députés ne sont pas si loin l’un de l’autre. Nous avons intérêt à nous comprendre parce que nous constituons ensemble la Représentation Nationale. Il faut que nous nous comprenions et que nous travaillions ensemble. Pour le moment, je peux dire que ça démarre assez bien. Les uns et les autres font des efforts d’ouverture et nous avons la compréhension nécessaire pour travailler ensemble.
Pourtant sans les « non alignés » ou « électrons libres » il sera difficile à l’opposition d’empêcher certaines lois jugées défavorables au pays
Je crois que nous ferons des efforts pour convaincre tout le monde, même ceux qui sont au sein de la majorité quand il s’agira de voter des lois. C’est une question d’arguments, une question d’intérêt national guinéen. Le débat parlementaire, c’est arguments contre arguments. Nous chercherons à convaincre tous nos collègues députés. Mais je ne pense pas que ça soit un problème parce que pour voter les lois organiques il faut avoir une majorité qualifiée de 76 députés. Je ne pense que les ‘’électrons libres’’ que sont les députés non inscrits constitueront un problème. Ils ne pourront pas empêcher l’opposition de peser de tout son poids dans les discussions et le vote des lois utiles au développement de la Guinée et au bien être des Guinéens.
Certains analystes pensent que les députés de l’opposition veulent un blocage institutionnel. Qu’en dites-vous ?
Je pense que ces analystes se trompent. Les députés des deux groupes parlementaires de l’opposition sont des patriotes Guinéens. Ils ne viennent pas pour bloquer quoique ce soit. Ils ont la détermination, bien sûr, de discuter de façon responsable des problèmes guinéens et de voter des lois pouvant s’inscrire dans la dynamique du développement politique, économique, social et culturel, dans l’intérêt de tous les Guinéens.
Quelles sont les principales lois adoptées par le CNT sur les quelles l’opposition parlementaire demande de revenir ?
Je sais que la loi portant Code électoral comporte quelques ambigüités et imprécisions qui ont besoin d’être amendées. Je le sais parce que je faisais office de président de la Commission électorale de mon parti. Et nous avons récemment reçu d’ailleurs le rapport de la Mission d’Observation Électorale de l’Union Européenne qui est revenue sur l’ensemble de ces questions liées au processus électoral. Je pense que par consensus entre la majorité et l’opposition on pourra faire les amendements nécessaires sur cette loi. Mais pour les autres lois, je ne sais pas trop. J’ai entendu dire que le Code minier voté récemment est en train d’être revu. Je n’ai pas encore des informations précises là-dessus.
Est-ce que ce Code minier et la Loi des finances seront revus par exemple à la demande des députés de l’opposition ?
J’ai dit que la revue du Code minier est en cours. C’est le gouvernement lui-même qui est en train de faire le travail y afférent. Il nous soumettra le projet et nous aurons à nous prononcer là-dessus. Maintenant pour la Loi des finances, nous avons dénoncé le fait qu’elle ait été votée en catimini par le CNT en toute dernière minute. Logiquement, tout devrait être fait pour que la nouvelle Assemblée se prononce sur la Loi des finances de l’année 2014. Mais comme la balle est partie, nous attendons à mi-parcours, vers le mois de juin ou juillet. En ce moment nous auront l’occasion de revoir la Loi des finances.
L’opposition parle d’une mission de contrôle de l’action gouvernementale à l’Assemblée nationale. Comment cela va-t-elle se passer ?
Ce n’est pas l’opposition qui parle de contrôle de l’action gouvernementale. Les députés ont deux missions essentielles. C’est de voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. C’est donc une prérogative constitutionnelle que les députés ont de contrôler l’action du gouvernement.
Certains pensent que le président de l’Assemblée Claude Kory Kondiano réussit à imposer sa marque parce qu’il a enseigné des leaders comme Cellou Dalein Diallo, Kassory Fofana et tant d’autres. Quel commentaire faites – vous à ce sujet ?
Pas de grand commentaire. J’ai bien appris qu’il a été le professeur de certains députés. C’est une bonne chose. M. Claude Kory Kondiano est un cadre universitaire qui possède un bon capital de compétences et d’expériences. Nous avons conscience d’être dans le même bateau que lui et nous ferons tout pour assurer et garantir la respectabilité de notre nouvelle Assemblée et de notre bureau. Je suis persuadé que si l’Honorable Kory Kondiano fait montre de respect des principes démocratiques et observe les règles d’équité, il pourra diriger avec efficience et efficacité l’Assemblée Nationale.
Il parait que les députés demandent un salaire de 25 millions de francs guinéens ?
Je n’ai pas de commentaires à faire à ce sujet.
Votre mot de la fin ?
C’est de demander aux Guinéen de garder l’espoir. Ils ont élu des députes à l’issue d’un processus électoral long et difficile qui a été émaillé de graves violences. Après tout ils ont maintenant une représentation nationale. Ils doivent continuer à fournir tous les efforts nécessaires pour réussir l’enracinement de la démocratie dans notre pays. Ils doivent soutenir les actions de leurs députés à l’Assemblée Nationale. En tout cas, nous sommes décidés, à travers les débats parlementaires à trouver les voies et moyens pour faire avancer la Guinée.
Propos recueillis par Zézé Enema Guilavogui
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