samedi , 27 novembre 2021
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« A ce stade de nos observations, je préfère parler de réconciliation que de dialogue pur et simple »

Dr Sékou Koureissy Condé est Directeur Exécutif du Cabinet Conseil AFRICAN CRISIS GROUP (A C G), facilitateur dans le dialogue inter-guinéens. Personnalité qu’une bonne partie de guinéens aimerait voir jouer un rôle dans la gestion de la crise guinéenne comme Médiateur ou facilitateur, M. Condé a été, pour la deuxième année consécutive, sélectionné parmi les 100 guinéens de l’année. Sa connaissance des questions politiques guinéennes et son expérience de la gestion des crises lui ont permis d’être –facilement- coopté pour un rapprochement entre pouvoir et opposition en vue des législatives prochaines. En ce moment en tournée européenne, nous l’avons contacté…

Mediaguinee: Vous avez été récemment désigné par le gouvernement guinéen comme facilitateur principal dans le dialogue inter guinéens, une fonction que vous avez assumé jusqu’au jour où vous avez décidé de suspendre votre participation au collège des facilitateurs. Quel rôle jouez-vous actuellement dans la gestion de la crise guinéenne ?

Sékou Koureissy Condé : Je suis facilitateur commis d’office par AFRICAN CRISIS GROUP. Le facilitateur peut être utile dans diverses situations et de différentes manières, pas seulement dans le face à face. En Guinée, je remercie le bon Dieu pour la possibilité que me donne le chef de l’Etat d’échanger ouvertement avec lui sur ces questions de paix. La plus part de ceux qui sont considérés aujourd’hui comme leaders de l’opposition ou du centre sont des personnalités avec lesquelles je partage et entretiens de longues relations de confiance. J’essaie de mettre cet acquis à la disposition de la Guinée et des Guinéens. Au Mali aussi, en Côte d’ Ivoire, au Togo et ailleurs, je suis facilitateur. Pour vous parler directement ou de façon triviale, je suis payé pour ça.

Quelle est la différence entre votre cabinet AFRICAN CRISIS GROUP et l’INTERNATIONAL CRISIS GROUP ?

Nous, African Crisis Group, nous sommes strictement panafricains. Nous sommes autonomes à tous points de vue. Nous élaborons notre agenda en comité des fondateurs et en accord avec notre conseil d’administration que dirige Monsieur Basile Darga. Nous intervenons en termes d’évaluation des risques de crises et nous faisons de l’appui à la bonne gouvernance. Sur le théâtre des crises aiguës comme au Mali, ou dans les tensions politiques comme en Guinée, nous restons généralement plus longtemps que les missions express des organisations internationales. Nous travaillons avec tous les acteurs et toutes les structures concernées dans le conflit et nous leurs servons de relai direct auprès des Chef d’ Etat concernés.

La crise guinéenne est-elle complètement différente des autres crises que vous suivez en Afrique.

Oui ! Parce que dans le contexte guinéen, la forme prime sur le fond. Chez les autres généralement on commence par s’interroger : Au fond c’est quoi le problème ?
Mais en Guinée, tout le monde sait que la revendication de l’opposition porte sur la fiabilité de l’opérateur Waymark et sur les conditions du vote des guinéens vivant à l’étranger. Mais la crise de confiance ou pour mieux dire la rupture de confiance entre les leaders entraîne et alimente une méfiance et le plus souvent des troubles inter- ethniques à Conakry surtout. Ce qui veut dire que politiquement, on nous fait jouer en dehors du cadre électoral. Tout se passe comme si nous étions dans des considérations d’homme à homme ? A ce stade de nos observations, je préfère parler de réconciliation que de dialogue pur et simple. Au-delà du calendrier électoral, il faut une profonde réconciliation nationale dans un esprit d’acceptation mutuelle. Il faut redéfinir le rôle de l’Etat.

Les populations en souffrent énormément. Une partie de ces souffrances collatérales se retrouve d’ailleurs dans les manifestations. C’est pourquoi nous parlons désormais de manifestations au pluriel.

Selon vous quelles sont les causes réelles de ces manifestations de l’opposition ?

Il y a d’abord la crise et le manque de repère des jeunes. Politiquement, les récentes manifestations sont faites aussi pour accabler le Président. Je crois que pour la plus part d’ entre les opposants, c’est une manière de lui rendre la monnaie pour des raisons personnelles, d’intérêts politiques ou relationnels. A ce niveau aussi, on peut parler de réconciliation avant de parler de dialogue. Il s’agit d’amener les uns et les autres à se mettre au-dessus des déceptions et vexations personnelles. Et puis, il y a un travail à faire entre les ethnies et entre les générations.

Est-ce que le gouvernement prend toutes les dispositions pour la sécuriser les populations et garantir la paix ?

Le gouvernement et son administration doivent travailler activement dans le sens de la dissuasion. Mais pour revenir sur le cadre de concertation conduit par le Premier Ministre, si hier c’était le Président qui évitait le dialogue direct, aujourd’hui c’est vraiment l’opposition qui s’octroie ce rôle. L’opposition construit et reconstruit les préalables. Pourquoi ne pas mettre tous ces préalables avec Waymark et le vote de nos compatriotes dans un même paquet ? Je souhaite une sortie rapide de ces scénarios pour aller aux questions qui touchent à la vie quotidienne des Guinéens et à l’avenir de la Guinée. C’est dans cette démarche que je m’inscris et c’est dans ce sens que je travaille activement.

Quelles est concrètement la solution de sortie de crise ?

Politiquement, il faut travailler à restaurer un minimum de confiance entre les acteurs guinéens. La confiance ne s’impose pas mais si vous ne me faites pas confiance, je dois pouvoir connaitre quelqu’un à qui vous faites confiance. L’opposition doit accepter de mettre tous les préalables dans un paquet d’un côté et le pouvoir pose la date de l’autre côté. En 72 heures, s’il y a la bonne volonté, nous réglons cette réconciliation partielle pour aller sereinement aux élections. La réconciliation nationale est un autre processus et une autre procédure.

Etes-vous optimiste pour la suite de la mission de Said Djinit en Guinée ?

Je suis optimiste. Mais encore une fois, les Guinéens doivent apprendre à se faire confiance et à faire confiance à la Guinée avant tout. Il n’y a vraiment pas d’obstacle insurmontable et aucun sacrifice n’est de trop pour construire notre beau pays ensemble.

Merci M. Condé

Merci…

MEDIAGUINEE