mercredi , 5 octobre 2022

Interview – Mamadou Thiam parle de la gestion de nos mines et des 25 millions USD de Palladino

Après un long silence, l’ancien ministre des Mines, Mammouth Thiam nous a accordé une interview dans laquelle il s’exprime sur des sujets relatifs à nos grises mines, comme c’est la convention de crédit entre l’Etat guinéen et Palladino portant sur le fameux prêt de 25 millions de dollars ricains prétendument pour la SOGUIPAMI.

 

Mammouth Thiam a également dénoncé le manque de stratégie et de politique cohérente dans la gestion du patrimoine minier guinéen ainsi que des occasions d’investissement ratées au grand dam de la main d’œuvre guinée-haine. Aujourd’hui, quelques maux sur nos crises mines.

Le Lynx: Vous avez fait objet d’accusations et de harcèlement après votre départ du Gouvernement Konaté. Les preuves tardent à venir…

Mamoudou Thiam: Vous savez, contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela m’a réellement profité. En général, les soupçons subsistent car personne ne prend la peine d’enquêter pour les lever ou confirmer. Dans mon cas, des journalistes, des auditeurs, des cabinets d’avocat et bureaux d’enquête en Guinée comme à l’étranger, ont passé 18 mois et dépensé beaucoup d’argent pour prouver ce qu’ils pensaient évident : que je suis corrompu ou que mes décisions et mes actes devaient être contraires au code minier ou à la loi. Ceci a été fait avec une hargne et une détermination surprenantes. De surcroît,  je suis citoyen américain et soumis aux lois FCPA contre la corruption. Vous pouvez imaginer que des enquêtes similaires ont été menées de ce côte-ci de l’Atlantique sans mettre en évidence le moindre comportement répréhensible. Au moins dans mon cas, les gens de bonne foi peuvent dire que les soupçons sont levés.

Comment jugez-vous la gestion du patrimoine minier depuis votre départ de la Guinée?

Je dois dire qu’il est difficile de déceler une vision ou une stratégie claire et cohérente. Je crois que nous assistons à une répétition de ce qui a toujours été fait dans notre pays : le recommencement perpétuel des erreurs du passé. Nous semblons penser que refaire les mêmes choses de la même manière va miraculeusement aboutir à un résultat différend. Maintenant que les résultats promis ou espérés n’apparaissent pas, c’est la panique, les «deals du désespoir». Du fait de notre long passé minier, nous avons la chance d’avoir des techniciens expérimentés qui ont une bonne notion de ce qui peut accélérer le développement de notre secteur minier. Il faut savoir les écouter et prendre des décisions pratiques sur la base de leurs conseils ; pas des théories d’école.

Vous aviez engagé le cabinet Alex Stewart International pour l’audit des opérations minières de Rusal en Guinée, ainsi que pour la construction d’un laboratoire minier en Guinée. Ils sont nombreux dans le pays à croire que de tout cela, rien n’a été fait. Alors qu’il semble que CIF avait décaissé 3 millions de dollars à travers un contrat de prêt, pour l’audit des opérations de Rusal. Egalement, sur un engagement de 1,5 millions de dollars  la moitié avait été décaissée par le Fonds minier, sans qu’on obtienne ce laboratoire. Que s’est-il passé?

L’audit de Rusal et le contrat de surveillance du secteur minier sont deux dossiers distincts.

L’audit :

Dans le cadre du contentieux qui opposait l’Etat guinéen à la société RUSAL (contentieux qui date de bien avant mon arrivée en Guinée), nous avons mis en place plusieurs commissions de négociations sous l’égide du PM ou par décrets présidentiels. Les membres étaient toujours les ministres des Mines, des Audits, des Finances et de la Justice ainsi que le premier vice-président du comité d’audit. A maintes reprises, Rusal a refusé de négocier de bonne foi, jouant la montre. Lorsque j’ai compris que Rusal avait des problèmes financiers énormes qui menaçaient la survie même de la compagnie et que le succès de leurs négociations avec le comité des banques à Londres était d’une importance capitale pour eux, nous avons décidé d’utiliser cette information pour les contraindre à négocier. Pour ce faire, il nous fallait conduire un audit indépendant et crédible. Il fallait que la signature soit incontestable par un juge et que le travail se fasse dans un délai record. Nous étions en négociation avec Alex Stewart pour le contrat de surveillance et nous leur demandâmes s’ils pouvaient le faire dans les délais. Alex Stewart accepta de le faire, mais pour un montant que nous n’étions pas en mesure de payer. Vu les enjeux, nous avons obtenu de CIF (China International Fund) d’avancer le montant des honoraires directement à Alex Stewart. Le rapport fut livré quelques mois plus tard et concluait que sur la base des informations limitées obtenues et sans tenir compte des pénalités et dommages environnementaux, Rusal devait au moins 850 millions de dollars à la Guinée.

Le comité des banques créditrices de la société devait décider d’accepter le plan de redressement proposé et continuer à soutenir la société ou de la laisser couler. La société ayant réussi à obtenir le soutien du comité avant que notre rapport ne sorte, il ne nous restait que l’option d’éliminer l’élément principal du plan de redressement : la quotation en bourse de Rusal, prévue d’abord à Londres, puis Paris et finalement à Hong Kong.

Le rapport finalement en main, nous avons informé Rusal que s’il ne négociait pas de bonne foi avec le gouvernement, nous saborderions sa quotation en bourse. Rusal nous invita à négocier à Paris deux jours avant le «listing» à Hong Kong. Réalisant la ruse, je me suis moi-même rendu à Hong Kong et ai adressé un courrier à la commission boursière, à Rusal, à tous leurs banquiers et avocats les informant que la Guinée a un contentieux avec Rusal et que le rapport Alex Stewart signifie que des informations cruciales n’ont pas été dévoilées aux investisseurs.  Ceci est une violation des règles. Rusal réussit quand même à lister mais nous lui avons coûté près de deux milliards de dollars et fait du listing un échec, maintenant ainsi la pression sur eux. Ceci m’a valu une campagne de dénigrement féroce dans la presse nationale et internationale où il fut même dit que mon épouse travaillait pour Alex Stewart et que je n’étais plus ministre des Mines etc… Des hommes d’affaires libanais de la place, associés aux efforts de Rusal pour obtenir une solution sans avoir à payer, ont été jusqu’à dire au Président que Rusal allait me faire abattre. Le rapport Alex Stewart reste à ce jour l’élément le plus à même d’obtenir de Rusal une juste résolution. Alex Stewart a donc fait son travail et a été payé pour cela par (CIF) et le gouvernement devait simplement continuer les efforts pour forcer Rusal à payer. Ce fut le cas à l’arrivée du gouvernement actuel au pouvoir. Le président Condé, sur ma recommandation, a pris une position très dure vis-à-vis de Rusal. Puis, tout d’un coup, on a commencé à entendre dire que le Président considérait le patron de Rusal comme un ami proche et que je l’avais induit en erreur. Il a été aussi dit que CIF a payé l’audit car mon but était de confisquer Friguia et Dian Dian pour les leur donner…

Mes collaborateurs vous diront que ma position a toujours été que Rusal doit rester à Friguia mais payer ce qu’ils doivent et respecter leurs engagements contractuels d’investir dans l’expansion de l’usine. La logique étant que les dommages environnementaux sont tels qu’aucun investisseur sérieux n’accepterait d’en prendre la responsabilité. Rusal doit rester et faire le nettoyage, sinon le pays en héritera.

Le contrat de surveillance :

Alex Stewart est la première signature mondiale dans le domaine du contrôle et de la certification des quantités et qualités de minéraux exportés par des pays ou des sociétés. La société installe un laboratoire d’analyse dans les pays où elle opère. Ce labo est opéré avec le gouvernement local et appartient au pays à la fin du contrat. La société permet aux pays de s’assurer que les quantités et qualités exportées sont celles effectivement déclarées par les sociétés minières. Le résultat de leur intervention est généralement une augmentation remarquable des quantités et une meilleure valorisation des minerais. Ceci se traduit par un accroissement substantiel des taxes et redevances dues et perçues par le trésor public. Cet exercice étant aussi rétroactif, les entrées peuvent être immédiates

L’Etat paye une avance de démarrage équivalente à 50% de la valeur du labo, soit 1.5 millions de dollars, ensuite un pourcentage de la valeur des minerais inspectés. Ces pourcentages varient selon les pays, en fonction de facteurs tels que le nombre de sites miniers et ce qu’il coûte d’opérer dans le pays. Après de longues négociations  au ministère des finances avec les équipes techniques du ministère, nous avons réussi à obtenir que le coût pour la Guinée soit plus bas que celui des 72 autres pays où la société opère.

L’avance de démarrage fut ensuite impossible à verser. Le contrat fut l’objet d’attaques dans la presse, souvent motivées par des sociétés minières ne souhaitant pas être inspectées. Il a été dit que le contrat a été signé en secret par le ministre des Mines alors que le ministre des Finances et son staff ont négocié pendant des journées entières avec la société. Pour tenter de débloquer la situation et éviter un conflit légal avec la société qui tenait un contrat dûment signé, j’ai ordonné au Fonds minier d’obtenir l’expédition du labo par la société contre le versement de la moitié du montant dû.

Ce paiement fut fait sur la part du ministère de fonds générés pour le trésor par nos propres efforts. Le laboratoire est en Guinée depuis plus de deux ans, en containers probablement à pourrir dans l’humidité et la chaleur alors que le pays, un pays minier, n’a pas de laboratoire d’analyse minière. De surcroît, la société pourrait à tout moment nous attaquer en justice pour faire valoir son contrat. J’ai appris en Guinée que beaucoup de sociétés étrangères pensent qu’elles peuvent gagner plus d’argent en Guinée en attaquant le pays pour violation d’un contrat que par l’exécution simple dudit contrat. Non seulement nous violons les contrats, mais nous n’assurons pas correctement notre défense légale. Imaginez le gâchis.

Ancien ministre des mines, que savez-vous des dossiers comme la Convention de crédit avec Palladino, le pacte d’actionnaire sur la construction des infrastructures du Simandou avec AIOG, des négociations avec China Bank of Development, Pactual Btg etc ?


Je sais ce que je lis et entends. Palladino ne fut pas une surprise totale cependant. Le même groupe de personnes qui faisait les couloirs des conférences minières, des hôtels et des bureaux d’ investisseurs miniers en se vantant qu’il serait bientôt en possession de tout ou partie des meilleurs projets miniers guinéens, se retrouve dans cette affaire. Ces mêmes personnes avaient promis au Président de lui fournir les éléments de preuve nécessaires pour démontrer que tous les projets dont j’ai fait la promotion étaient illégaux ou motivés par la corruption. Ils avaient la certitude de pouvoir ainsi confisquer des projets dûment développés par d’autres pour les mettre dans des véhicules qu’ils contrôlent. Ces gens n’hésitaient pas à approcher mes proches pour obtenir des éléments de preuve et promettre à certains de l’argent en retour d’informations qui n’existent pas. Aujourd’hui, il s’avère que le signataire du contrat, coté Paladino, faisait partie de la petite bande en question. Cette bande comptait parmi ses membres, le fils du Président et quelques uns de ses amis de longue date, dont ceux qui l’ont présenté à Kadhafi à l’époque.

Il est aussi clair que le contrat stipule que si, dans les 90 jours du tirage, les 25 millions de dollars ne sont pas transférés à la SOGUIPAMI, l’Etat se trouve dans un cas de défaut qui ouvre la possibilité à Paladino II de monter au capital d’un actif minier de son choix dans lequel la SOGUIPAMI est actionnaire. Ceci ressemble étrangement à une mascarade pour transférer une part du patrimoine minier guinéen à Paladino II et à ses ayants droits économiques surtout.

Pour la petite histoire, en 2010, une société étrangère nous a proposé de financer le rachat de l’option de 20% que l’État détient dans le projet SIMFER de Rio Tinto à Simandou, et d’en partager les bénéfices éventuels avec le pays, ceci, pour près de 100 millions de dollars. Ici, à titre de comparaison, on nous parle de 30% de tous les projets guinéens pour 25 millions de dollars… Le ministre des finances et moi-même étions encore en négociation serrée avec le groupe lorsque le gouvernement de transition démissionna.

Je souligne aussi que les 25 millions de dollars de Palladino sont un prêt remboursable alors que les 100 millions ne l’étaient pas. Ces 25 millions permettent à Palladino de monter une JV (joint-venture) entre la SOGUPAMI et Florus Bell dans laquelle Palladino détiendrait 49% et non 15% ou 33% de tous projets SOGUIPAMI. Là est le vrai scandale dont personne ne parle. Par contre, je ne sais rien des négociations avec Pactual et China Developement Bank.

Bhpbilliton se retire de la filière aluminium en Guinée. Rusal veut fermer la raffinerie de Friguia, Mubadala est en train de racheter 23% de la participation de la Guinée à la compagnie des Bauxites de Guinée. Vale-BSG a des difficultés à réaliser son  projet Zogota-Simandou conformément à la convention de base de 2009. Quels conseils donneriez-vous, s’il en était nécessaire?

Encore une fois, la priorité devrait être de mener quelques projets d’envergure au point d’exporter du minerai. L’impact sur le pays et les populations serait extraordinaire. Les projets Zogota de VBG et Belzone à Forécariah seraient aujourd’hui en production. Simandou nord (VBG), Kalia (Bellzone) et GAC( Guinea Alumina Corporation) pas loin derrière. Prenons les deux projets-fer par exemple. Ce sont des centaines de millions de dollars de taxes et redevances que le gouvernement actuel commencerait à en tirer dès cette année, s’ils n’avaient pas délibérément retardé ou arrêté ces projets pour des raisons parfois irrationnelles et souvent fort bien calculées, semble-t-il. Entre ses actions délibérées et la sortie en succession de deux codes miniers qui ont semé effroi et confusion dans le monde minier, beaucoup de sociétés ont pris peur et ralentissent ou arrêtent carrément des projets pourtant fort porteurs pour elles-mêmes. Imaginez ce que cela prend pour effrayer une société comme BHP Billiton au point d’abandonner un site comme Boffa Santou Houda sur lequel elle disait, de mon temps, avoir découvert assez de bauxite pour faire deux raffineries d’alumine.

Le chemin de fer passagers et marchandises légères que VBG avait commencé à construire et qui devait relier Conakry à Kérouané, en passant par la plupart des grands centres de population du pays,  serait aujourd’hui proche du mi-parcours. Le bienfait d’une telle infrastructure sur l’activité économique et sur le bien-être des populations rurales aurait été énorme. Les habitants de Conakry se souviendront que ce projet avait démarré fin 2010, avant d’être arrêté sans raison valable par le gouvernement entrant. Les raisons de ce sabotage sont aujourd’hui claires.

Si la raison et l’intérêt du peuple ne reprennent pas vite le dessus, des projets que nous avions rendu légalement irréversibles deviendront économiquement irréalisables, car le “ risque Guinée ” rendu trop cher par une gestion aux motivations obscures.

Hperdynamics/SCS Corporation a fait un forage d’exploration infructueux, sur l’offshore guinéen. Présentement, cette société est en quête de financement, s’il faut poursuivre la campagne d’exploration. Qu’est-ce que la Guinée a gagné  ou perdu dans cette opération?

Forer et rater sont choses communes dans la recherche pétrolière. On ne peut donc le reprocher à l’opérateur. Rater coûte excessivement cher, cependant. C’est pourquoi, un pays doit mettre son offshore entre les mains des sociétés qui ont l’expérience et les moyens financiers de le faire. Car la chance de succès est augmentée par l’expérience, et la capacité de recommencer est assurée par les moyens financiers. Malheureusement, Hyperdynamics n’avait ni l’un ni l’autre, lorsqu’elle s’est accaparée de la totalité de notre offshore. Là où un ou deux blocs auraient déjà été beaucoup pour une société de cette envergure, elle a réussi à se maintenir sur une surface supérieure à toutes les superficies détenues sur terre par le numéro 1 mondial Exxon Mobile. En 2010, nous avons réussi à les forcer à restituer une partie de ce territoire et à améliorer les termes de leurs accords tout en laissant la porte ouverte au gouvernement élu pour continuer à réparer le problème. Au lieu de le faire, il fut fait de Hyperdynamics le meilleur ami du ministère des mines et aucune de leurs lacunes ou violations contractuelles ne furent corrigées.  Le plus inquiétant est qu’un échec rend toujours une zone moins attractive pour les sociétés les plus à même de réussir. Un offshore prometteur peut ainsi être négligé au profit de destinations plus “ intelligentes ”.

Les services techniques du ministère avaient, en 2010, travaillé sur un plan et une méthodologie d’attribution des blocs qui permettaient d’attirer un premier groupe de compagnies crédibles et de les marier a des blocs correspondants strictement à leur capacité et expérience avérée à chercher et trouver du pétrole à des profondeurs spécifiques . Une fois que la présence de ses acteurs dans nos eaux serait connue, une seconde vague serait venue à laquelle nous pourrions vendre des blocs en BID rounds et ainsi de suite. Ce dossier a été sciemment mis de côté sur mes instructions pour que la mise en application soit faite par le gouvernement élu qui devait nous succéder. On connaît la suite.

La Guinée a réintégré le   club restreint des pays producteurs du minerai à travers, la GDC mining & Oil & Gas, par la mise en exploitation de la mine de Yomboéli le 10 juin dernier. Quels en sont les avantages pour le pays?

Comme je l’ai dit plus haut, la priorité absolue d’un pays minier est de produire et exporter des minerais. Seuls les spéculateurs boursiers peuvent gagner de l’argent sur du potentiel minier. Le fait que Bellzone-GDC ait commencé à charger sa première barge  de minerai de fer est un événement historique et va, je l’espère, accélérer les choses pour les autres projets avancés.

Il faut cependant noter que la convention de Bellzone fut signée en 2010 et à date, la société est incapable de mettre la main sur le décret de concession et l’ordonnance de ratification; car certains veulent se faire payer en échange. Les accords voulaient que la société exporte en mars 2012, mais elle a été sciemment retardée et son gisement le plus riche à Kalia accuse un retard parce que leur accord sur les infrastructures est saboté par une société qui, après plus de 15 ans en Guinée, est encore à des années d’exporter et nous a entraînés dans un accord nébuleux dont nous ne pourrons sortir qu’en pleurant.

Il faut savoir qu’à Zogota, VBG avait aussi obligation d’exporter en 2012 selon les conditions que nous leur avions imposées. Aujourd’hui, la société produit et accumule du minerai à Zogota pour ne pas faillir à ses obligations, mais des centaines de millions de dollars de valeur s’y accumulent et ne rapportent rien à la Guinée, car l’objectif est de déposséder le groupe opérateur du projet en le poussant à la faute ou au découragement.

Enfin, je viens de lire une interview donnée à Paris où le Président Condé se vante de n’avoir octroyé aucun permis minier depuis son arrivée au pouvoir. Il estime que ceci est un signe de transparence et de bonne gouvernance. De mon temps, nous étions fiers d’octroyer un maximum de permis de recherche. C’est ainsi que le plus grand nombre d’entrepreneurs miniers se ruent sur nos carrés miniers et y investissent dans la prospection géologique. C’est ainsi aussi que le niveau des connaissances géologiques du pays avance plus vite et à moindre coût pour un pays pauvre comme le nôtre. Enfin, c’est ainsi que les chances de découvrir des gisements économiquement viables vont augmenter. L’essentiel est que la Direction nationale des mines soit dotée de moyens d’inspecter les permis, de les retirer pour non performance et de les remettre dans l’escarcelle du CPDM (Centre de promotion et développement minier) pour être réémis.

En plus, nous savons tous que l’assertion n’est pas exacte. Des permis ont été attribués à des proches. Des financiers m’ont approchés à New York il y a quelques semaines pour lever des fonds pour un projet-fer au mont Nimba, contigu au projet BHP Billiton. Ce permis a été octroyé à un ami du “fils” et proche conseiller du “père”. De surcroît, vu son emplacement, ce permis est probablement situé dans une zone interdite pour des raisons environnementales. Un site classé Héritage Universel par l’UNESCO car, sur la réserve naturelle intégrale des Monts Nimba.

(La fuite au prochain numéro)


In Lynx N° 1056 du 9 Juillet 2012