dimanche , 9 mai 2021

Interview exclusive-Elie Kamano à propos du Prix Découvertes RFI 2011 : « Cette année sera la bonne »

 

Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction,  le reggae man guinéen, Élie Kamano, revient sur la situation sociopolitique de la  Guinée et son ambition pour l’émancipation de la culture guinéenne. Sans langue de bois, il dit sa part de vérité sur le processus de réconciliation du pays. Entretien.

Kaloum Presse : Qu’est-ce qui motive ta participation au Prix Découvertes RFI 2011?

Elie Kamano: l’intérêt pour moi de participer à ce concours est que la musique urbaine guinéenne n’a pas de promotion sur la scène internationale. Et pour être sur la scène internationale, il faut passer par des concours de ce genre. La Radio France Internationale a des atouts pour faire tourner un artiste en Afrique, le faire participer à un concert à Paris, lui donner 20.000 Euros pour développer sa carrière et le faire jouer dans des festivals internationaux. Ce n’est pas petit. Cela ouvre les portes de la carrière internationale. C’est tout ce qui motive aujourd’hui mon attachement à ce prix. Et je suis sûr que cette année sera la bonne s’il plait à Dieu.

Quel appel lances-tu aux Guinéens à quelques semaines de la finale de ce concours ?

Mon message est de dire à tous mes compatriotes de voter pour moi par le biais de l’internet. Je sais que ce n’est pas facile.  Les conditions sont très difficiles chez nous de compétir avec des gens qui ont de l’électricité et de  l’internet chez eux. Je sais que ce n’est pas facile et c’est un sujet que j’ai signalé au niveau de RFI. Je leur ai dit qu’il ne faut pas trop tenir compte des votes, sinon la Guinée ne va jamais gagner ce prix. Après plus de 52 ans on n’a ni électricité ni eau. Donc le vote des internautes est un volet  important. Il ne faut pas trop en tenir compte. Mais je demande à mes amis, à mes compatriotes d’aller voter néanmoins. Ils n’ont qu’à poser cet acte pour la culture Guinéenne, pour le peuple de Guinée et pour Élie Kamano. 

Crois-tu que le manque d’électricité peut avoir un impact négatif sur ta réussite à l’édition de cette année ?

Cela ne me pose pas de problèmes, dans la mesure où j’ai confiance en mes paroles et en mes chansons. Ces chansons sont de l’acoustique, ce genre musical d’Élie Kamano n’est pas tellement connue du public guinéen. RFI est une radio internationale française. RFI est un comité d’écoute français. Donc, ils écoutent les chansons et les paroles. Ils connaissent la valeur des mots et leur portée. Je crois que cela ne va pas poser assez de problèmes car le vote des internautes ne compte qu’une seule voix.

Quelle est réellement la stratégie d’Elie Kamano pour décrocher ce prix ?

Musicalement, je suis moins engagé mais textuellement j’ai mis mes textes et ma voix en valeur dans ce concours. Chose qui ma d’ailleurs permis d’être à ce niveau.

Quel message peux-tu lancer à l’endroit des autorités guinéennes ?

Je lance un appel au président de la République d’œuvrer pour la réconciliation nationale. On ne peut pas gouverner dans l’exclusion et dans la division. Je le dis et je le redis. Le président de la République est le père de la Nation. Il doit avoir des épaules larges pour supporter même les plus petits de ses enfants. Aujourd’hui on ne peut pas gouverner la Guinée sans avoir accès à la Guinée Forestière, la Haute Guinée, la Moyenne Guinée ou la Basse Guinée. C’est impossible. Je veux aussi que tous les Guinéens comprennent que la main tendue du président ne doit pas être rejetée. Quand il tend la main, acceptez-là. On a vu le cas du Rwanda où un rebel Toutsi est venu stopper le génocide alors que  c’est son ethnie qui était massacré. Quand il est arrivé avec la rébellion, il a arrêté la guerre et prôné la réconciliation. Et aujourd’hui, on voit que les victimes vivent avec les bourreaux grâce à la campagne de sensibilisation menée sur la réconciliation. Il faut que le président réconcilie les Guinéens. Ce n’est pas aussi difficile! Il ne faut pas qu’il laisse la plait se gangrénée.

Ce message ne surprend pas pour qui connait Elie Kamano

La chose la plus ardente pour moi, c’est la réconciliation des Guinéens. Les politiciens ne ressentent peut-être pas cette crise, mais nous à la base, on la ressent. Dans les quartiers, dans les marchés, partout on la ressent. Il ne faut pas se voiler la face. Il faut qu’on se dise la vérité. Si on ne pose le vrai diagnostic, on ne trouvera jamais le problème ou les solutions.

Propos recueillis par Thierno Bah

 

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