mardi , 27 février 2024

Macky Sall, auteur d’un coup d’État au Sénégal, de plus en plus isolé…


Après sa décision de reporter la présidentielle au mois de décembre prochain, le président sénégalais s’est attiré bien des critiques dans la sous-région et au-delà.

« Le président de la République est seul contre tous », constate WalfQuotidien. « La communauté internationale ne comprend pas que Macky Sall, qui s’est toujours battu contre les coups d’État sur le continent, soit l’auteur d’un coup d’État, affirme le quotidien dakarois. La Cédéao encourage la classe politique sénégalaise à prendre de toute urgence les mesures nécessaires pour rétablir le calendrier électoral conformément aux dispositions de la constitution. »

« La Cédéao tape sur la table ! », s’exclame le quotidien 24 Heures en première page.

Reste que l’organisation sous-régionale doit faire mieux et plus que s’égosiller, estime Ledjely en Guinée : « A minima, la Cédéao doit clairement prendre position contre Macky Sall, estime le site Conakryka. On voudrait même que des sanctions soient prises.

En gros, qu’à nouveau la Cédéao brandisse les muscles et fasse montre de fermeté dans sa condamnation du coup d’État institutionnel de Macky Sall, comme elle l’a fait vis-à-vis de ceux militaires. Dans l’absolu, poursuit Ledjely, une sortie honorable de cette crise pour la Cédéao, serait qu’elle réussisse à convaincre le président sénégalais de renoncer à sa forfaiture. […] Ce défi, elle doit le relever absolument. Si elle veut se donner une chance d’exister encore ! »

De leur côté, les Américains ont à nouveau donné de la voix hier… « Les États-Unis appellent à la tenue de la présidentielle et à rétablir immédiatement internet », constate le site Senego. Washington exprime en effet « sa profonde préoccupation concernant le report de l’élection présidentielle initialement prévue le 25 février.

Cette décision est perçue, rapporte encore Senego, comme une entrave à la tradition démocratique solide du pays. L’inquiétude américaine est d’autant plus vive que plusieurs parlementaires, opposés au projet de loi ayant pour but de reporter l’élection, ont été expulsés de force par les forces de sécurité. Ce contexte met en doute la légitimité du vote qui a eu lieu au sein de l’Assemblée nationale. »

Les réactions sont vives également dans les médias internationaux… Témoin cet éditorial de Jeune Afrique : « Revoici donc le pays de la Téranga plongé dans une nouvelle crise et dans l’incertitude. En cause, une multitude de ratés, d’approximations et de décisions prises en dépit du bon sens, des règles du jeu peu lisibles et guère cohérentes, un processus de validation des candidatures aux allures de parcours du combattant, notamment le système de parrainage.

Et des comportements irresponsables, fulmine encore le site panafricain. […] Les apprentis sorciers que sont les politiciens du pays, tous bords confondus, prennent visiblement un malin plaisir à jouer avec le feu. »Et « on ne peut pas dire que le sens des responsabilités étouffe députés et responsables politiques, a fortiori que l’intérêt général prime sur les guerres de clans, les ambitions personnelles ou les ego gonflés à l’hélium des principaux protagonistes de l’échiquier. »

Enfin, à lire dans Le Monde Afrique, cette interview de Francis Laloupo, chercheur associé à l’Iris, spécialiste de la géopolitique de l’Afrique et des conflits émergents. Il ne ménage pas non plus ses critiques…

« C’est une tache sombre dans l’histoire du pays et un mauvais coup porté à l’Afrique de l’Ouest (…), affirme-t-il. Aujourd’hui, on peut considérer qu’il s’agit d’un coup d’État institutionnel perpétré avec la complicité d’une partie de la classe politique. […] Macky Sall s’est retrouvé dans une situation où le candidat qu’il a désigné [son Premier ministre Amadou Ba] n’a pas le plein soutien de la majorité présidentielle. »

Et Francis Laloupo de conclure : « C’est comme s’il y avait une erreur de casting que le président a décidé de corriger de la pire des manières possibles. La fin de son deuxième mandat est désormais marquée du sceau de l’infamie. »

 

Revue de presse Afrique avec AFP