mardi , 7 février 2023

Abdourahamane Sanoh revient sur ses ennuis judiciaires 

Poursuivi pour « participation délictueuse à une réunion non déclarée », l’ancien Coordinateur du Front National pour la Défense de la Constitution de 2010 a été relaxé mercredi 11 janvier dernier pour délit-non constitué. Ce vendredi 13 janvier, Abdourahamane Sanoh a animé un point de presse au cours duquel il a fait une déclaration laquelle est largement revenu sur les étapes de ses ennuis judiciaires. le président de la plateforme unie pour le développement (PCUD) également saisi l’occasion pour remercier ceux qui l’ont apporté leurs soutiens pendant ces moments difficile.
Lisez la déclaration :
Le mercredi 4 janvier 2023, j’ai reçu à 9 heures 38 minutes, une convocation de la Direction centrale des investigations judiciaires, de la Gendarmerie nationale. Sans attendre, je m’y suis rendu le même jour, aux environs de 12 heures, où j’ai été reçu par le Directeur et son adjoint. Avec eux j’ai appris que je suis « convoqué pour avoir participé à une réunion à Lansanaya village le 30 novembre » 2022. Ce que je me suis empressé de reconnaître, en précisant que je ne me rappelais pas, de la date exacte; et que ce n’est pas le seul quartier, mais qu’il y en avait plusieurs autres où je suis passé pour tenir des réunions. Il s’en est suivi l’audition du lendemain jeudi 5 janvier en trois temps d’une durée maximum d’environ 30 à 45mn. Mais j’ai été retenu pendant 8h 30mn. Tout s’est passé dans un climat de respect.
Comme vous le savez tous, le vendredi 6 janvier j’ai été présenté au parquet près le Tribunal de Première Instance de Mafanco, qui a décidé de la tenue d’un procès en flagrant délit, pour le lundi 9 janvier 2022. Je voudrais saisir cette occasion
Pour exprimer ma gratitude à mes avocats, Me Didi Diop et Me Kerfalla Soumah (et ceux qui n’ont pas pu être physiquement présents au procès) qui se sont spontanément mobilisés autour de l’ancien Bâtonnier Me Mohamed Traoré qui a consacré une bonne partie de son précieux temps à m’accompagner, dans cette nouvelle expérience. Qu’ils soient remerciés de leur acte citoyen et de leur constant attachement.
Pour signaler combien, le verdict rendu ce mercredi 11 janvier, constitue un acte d’une très haute portée sur les plans du respect des droits de l’homme, de la dignité des Guinéens, de la cohésion et de la paix sociales, de la consolidation de l’État de droit et de la crédibilité de la justice. Le sens de responsabilité qui a caractérisé ce verdict doit inspirer la magistrature dans notre pays, afin que ces bons exemples cessent d’être des exceptions. Je félicite donc les juges qui ont dit le droit en respectant scrupuleusement la loi. Ce que le futur CPR compte espérer de tous, que l’on soit gouvernant ou gouverné. J’espère que cette décision conduira à des changements systémiques dans notre appareil judiciaire et je me réjouis du fait que par cet implacable témoignage judiciaire, notre justice vient de reconnaître que les réunions publiques sont libres conformément à l’article 624 du code pénal et que la non-déclaration n’est pas une infraction.
Pour exprimer ma profonde gratitude à toutes les organisations sociales et politiques, les organisations de défense des droits de l’homme et les médias, mais aussi ces très nombreux compatriotes et démocrates étrangers qui se sont faits voix, ou qui m’ont témoigné leur solidarité. Leur prise de position et leur marque de soutien ont fortement contribué à l’alerte et à mon assurance.
Pour féliciter et remercier toutes et tous mes camarades qui œuvrent sans relâche pour la création du CPR et la réalisation d’une Guinée unie et heureuse, mais aussi pour leur soutien. Les immenses sacrifices qu’ils ne cessent de consentir pour l’affermissement de l’amour entre les Guinéens, la consolidation de la justice sociale et de la paix, la promotion de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance et pour une citoyenneté épanouie dans notre pays, ne sauront être vains.
En outre, je ne peux pas dire avec certitude pourquoi j’ai été interpelé et sans être dupe, je voudrais éviter d’alimenter les supputations en ce moment très difficile pour notre pays, d’autant que je reconnais à l’État, le droit de renseignements et d’investigation dans les limites de la loi.
Cependant, je retiens de la procédure qui a conduit à ce procès, qu’il y a encore du chemin à faire dans notre marche vers la démocratie et que nos magistrats ont un rôle prépondérant et une responsabilité indéfinie dans la consolidation de l’État de droit et dans le respect de la dignité des Guinéens, condition fondamentale de la stabilité. Un système judiciaire indépendant et impartial est la pierre angulaire de la démocratie, l’unité nationale et de la bonne gouvernance.
Dans cette circonstance très évocatrice des droits de l’homme, je voudrais une pensée pour Oumar Sylla et Ibrahima Diallo pour qui j’éprouve beaucoup de peines à voir en prison, plus pour leur opinion, que pour toute autre raison. J’exhorte les autorités à leur rendre au plus vite leur liberté. Il en est ainsi, pour tous ceux qui sont en détention, en violation de leurs droits. Je les exhorte à un acte d’apaisement envers les acteurs sociaux en clandestinité et sous contrôle judiciaire et envers ceux qui sont en exile dans le respect de la loi. Ce serait un acte d’apaisement dont notre pays a plus que jamais besoin aujourd’hui.
Notre pays est à la croisée des chemins et est encore davantage miné par ses travers d’hier. C’est pourquoi, conscient du poids de la division sociale sur l’unité et la stabilité de la nation de la démission de l’élite qui affecte l’exercice et la jouissance de la citoyennété, de la mauvaise gouvernance qui amplifie la prévarication et aggrave les inégalités, j’ai décidé de m’engager dans un idéal contraire, qui ne peut véritablement s’exprimer que par la prise de conscience au bénéfice de la citoyenneté. Ce choix qui n’est pas nouveau, est inébranlable et aucun sacrifice n’est de trop pour l’assumer. C’est pour cela que, pour moi, le plein exercice de la citoyenneté est une question de dignité. Le négocier, l’aliéner, l’abandonner ou ruser avec, est un acte de lâcheté
Par ailleurs, au regard du climat sociopolitique de plus en plus précaire qui prévaut actuellement dans notre pays, il devient urgent que chacun œuvre davantage et avec sincérité, à la consolidation de la cohésion nationale et de la paix, à commencer par les autorités militaires. Il y a un besoin évident de recadrage de la conduite de la transition pour créer de véritables conditions d’un réel apaisement, d’une légitimité des actes, d’une fubilité des acquis. C’est de cette façon que poserons ensemble les vraies bases d’une transition réussie.
C’est pourquoi, j’encourage les autorités de la transition à examiner objectivement les fractures devenues nombreuses et à explorer les possibilités d’un recadrage strictement fondé sur l’intérêt de la nation à travers le citoyen guinéen. Ce serait un acte de grandeur sublime que seuls les dirigeants d’exception peuvent poser.