jeudi , 8 décembre 2022

Elon Musk va racheter Twitter pour 44 milliards de dollars

Le conseil d’administration de Twitter a donné son accord lundi soir à son rachat par Elon Musk. Le milliardaire, déjà actionnaire de plus de 9 % du capital de Twitter, avait son offre mi-avril. Il veut réformer le réseau social, avec une ligne de conduite : favoriser la liberté d’expression.

Elon Musk va pouvoir racheter Twitter. Le conseil d’administration du réseau social a donné son accord lundi soir pour un rachat par le milliardaire au prix de 54,20 dollars par action , ce qui valoriserait l’entreprise californienne à 44 milliards de dollars environ (40 milliards d’euros).

Le conseil d’administration de Twitter, qui avait initialement trouvé un moyen de repousser le projet non sollicité d’Elon Musk, était mis sous pression par des actionnaires du réseau social, séduits par la valorisation offerte et par la présentation d’un plan de financement (des prêts bancaires et une vente d’actions, probablement Tesla) jugé crédible. Le cours du titre, qui avait grimpé de 4 % pendant la journée de lundi, a été suspendu dans la soirée.

Elon Musk, qui compte 83 millions d’abonnés sur Twitter, a commencé à ramasser discrètement des actions de l’entreprise en début d’année . Il veut réformer le réseau social, avec une ligne de conduite : favoriser la liberté d’expression, qu’il juge encore bridée. « Les politiques d’une plateforme de médias sociaux sont bonnes si les 10 % les plus extrêmes à gauche et à droite sont également mécontents », estimait Elon Musk dans un tweet il y a quelques jours.

Liberté d’expression

« J’espère que même mes pires critiques resteront sur Twitter, parce que c’est ce que la liberté d’expression veut dire », a-t-il ajouté lundi. Une façon de répondre à ses critiques, qui considèrent qu’il y a un risque que le milliardaire cherche à censurer les comptes qui sont en désaccord avec lui sur la plateforme.

A plusieurs reprises, Elon Musk s’est attaqué à des personnes qui avaient critiqué ses actions, ou douté de la pureté de ses intentions. C’est le cas par exemple de Vernon Unsworth, un sauveteur britannique qui avait aidé à sauver des enfants piégés dans une caverne en Thaïlande. Ce dernier avait critiqué l’aide apportée par Elon Musk, la traitant d’« opération de com ». Le milliardaire s’était vengé en le traitant de pédophile et en embauchant un détective privé pour salir sa réputation. Il a aussi cherché à faire taire des salariés de Tesla qui critiquaient publiquement ses décisions.

Incertitude

Le milliardaire, qui aime casser les codes, y compris ceux de la communication financière, n’a laissé entrevoir pour l’heure que quelques modifications souhaitées. Elles iraient d’une possibilité de modifier a posteriori les messages postés sur le réseau à l’authentification des comptes « humains ». Dans un communiqué de presse diffusé lundi soir, le PDG de Tesla et de SpaceX a évoqué de « nouvelles fonctionnalités » pour le réseau social, sans préciser lesquelles.

Le plan de financement du milliardaire n’est pas encore connu avec certitude. Il a déclaré, dans un document envoyé au régulateur américain des marchés, que la moitié environ du financement proviendrait de prêt d’institutions financières, dont une partie serait garantie par des actions Tesla. Il s’est par ailleurs engagé à apporter 21 milliards de dollars en liquide, dont l’origine n’est pas encore connue. Il pourrait être forcé de vendre des actions Tesla ou SpaceX pour réunir cette somme.

Modération des contenus

A six mois d’élections législatives clés pour la Maison-Blanche, l’acquisition de Twitter par Elon Musk est redoutée par une partie de la classe politique américaine. Selon un récent sondage YouGov, plus de trois électeurs de Donald Trump sur quatre (77 %) approuvaient ces derniers jours le projet d’Elon Musk, contre seulement 20 % des électeurs de Joe Biden.

Les Républicains dénoncent régulièrement la censure des réseaux sociaux, et notamment de Twitter. Pendant la campagne présidentielle de 2020, le fondateur du réseau social à l’oiseau bleu, Jack Dorsey, avait été le moins réticent, parmi les grandes plateformes, à modérer davantage les contenus, d’abord en refusant les publicités politiques puis en contextualisant davantage les prises de parole.

Twitter avait finalement censuré de manière « permanente » l’ensemble des comptes de Donald Trump, après l’attaque du Capitole par ses partisans, le 6 janvier 2021. Les conservateurs ont tenté de rediriger leur audience vers de nouveaux supports, mais aucun des nouveaux réseaux sociaux (Gettr, Parler, Truth Social…) n’a réussi à concurrencer la notoriété de Twitter.

Elon Musk a déjà déclaré, lors d’une interview avec le patron des conférences TED, qu’il était opposé à ce type de sanctions à durée illimitée. Il n’est pas donc pas exclu que le compte de Donald Trump puisse être rétabli. Mais ce dernier a déclaré lundi sur Fox News qu’il ne reviendrait pas sur le réseau social, même si son compte est rétabli à la suite du rachat de la plateforme. Il a précisé qu’il rejoindra officiellement sa propre plateforme baptisée « Truth Social » au cours des sept prochains jours, comme prévu.

Nouvelle page pour la culture d’entreprise

Alors que des salariés de Twitter se sont déjà inquiétés des conséquences d’une prise de contrôle par le milliardaire, souvent proche des idées des libertariens , la gouvernance et la culture d’entreprise du réseau social pourraient être modifiées en profondeur. Le fondateur de Twitter, Jack Dorsey, a quitté la direction de l’entreprise en novembre , remplacé par Parag Agrawal.

Acquérir Twitter « n’est pas un moyen de faire de l’argent », a assuré Elon Musk, alors que les comptes du réseau social et sa valeur boursière sont à la traîne des grandes plateformes. L’entreprise a réalisé 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+37 %) l’an dernier, pour une perte opérationnelle de 493 millions de dollars. Celle-ci est toutefois largement liée au règlement d’un contentieux (pour plus de 800 millions de dollars). Les résultats du premier trimestre seront publiés ce jeudi.

Pour certains, le rachat de Twitter par Elon Musk servirait aussi sa diversification vers de nouveaux secteurs sensibles, notamment son projet Neuralink d’implants cérébraux , l’une de ses grandes ambitions après Tesla, SpaceX et la Boring Company (des tunnels pour lutter contre les embouteillages). « Si vous avez conçu ou fabriqué des montres intelligentes ou des smartphones, rejoignez Neuralink ! Vos compétences y seront directement applicables », a d’ailleurs épinglé le serial entrepreneur dans un message sous forme de petite annonce. Sur Twitter.

lesechos.fr