jeudi , 8 décembre 2022

Situation confuse au Burkina, des militaires devant la TV nationale

La situation était confuse et tendue lundi au Burkina Faso, où des soldats ont pris position devant la télévision nationale à Ougadougou au lendemain de mutineries dans plusieurs casernes de ce pays en proie aux violences jihadistes depuis 2015.

Un journaliste de l’AFP a constaté qu’une dizaine de soldats encagoulés s’étaient postés devant le siège de la Radio télévision du Burkina (RTB), mais il n’était pas établi dans un premier temps s’il s’agissait de mutins ou de militaires fidèles au pouvoir envoyés pour la sécuriser.

La mauvaise qualité des liaisons téléphoniques et la coupure de l’internet mobile depuis dimanche, ne facilitait pas la vérification des nombreuses rumeurs circulant dans la ville concernant un coup d’Etat en cours ou l’arrestation du président Roch Marc Christian Kaboré.

Des soldats se sont mutinés dimanche dans plusieurs casernes du Burkina Faso pour réclamer le départ des chefs de l’armée et des « moyens adaptés » à la lutte contre les jihadistes qui frappent ce pays depuis 2015.

Des tirs ont été entendus en fin de journée près de la résidence du chef de l’Etat, accusé par une grande partie de la population excédée par la violence, d’être « incapable » de contrer les groupes jihadistes.

Ces mouvements d’humeur dans les casernes du Burkina, pays qui a connu par le passé plusieurs coups d’Etat et tentatives de putsch, illustrent la fragilité du pouvoir du président Kaboré face aux violences jihadistes qui s’accroissent dans son pays et qu’il n’arrive pas à contrer.

Ils surviennent en outre dans une Afrique de l’Ouest de plus en plus déstabilisée par les jihadistes qui frappent aussi le Mali et le Niger et où des coups d’Etat se sont produits, mais également en Guinée.

Au pouvoir depuis 2015, Roch Marc Christian Kaboré a été réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte anti-jihadiste sa priorité.

Plusieurs manifestations de colère ont lieu depuis des mois dans plusieurs villes du Burkina Faso, souvent interdites et dispersées par les policiers anti-émeutes.

– Soutien aux mutins –

Tout au long de la journée de dimanche, des manifestants ont apporté leur soutien aux mutins et ont dressé des barrages de fortune dans plusieurs avenues de la capitale, avant d’être dispersés par la police, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Des tirs ont été entendus pendant plusieurs heures dimanche dans plusieurs casernes du Burkina Faso, dont celles de Sangoulé Lamizana, Baba Sy et la base aérienne à Ouagadougou.

Des mutineries ont également eu lieu à Kaya et Ouahigouya, dans le nord du Burkina où sont en majorité concentrées les attaques jihadistes, selon des habitants et des sources militaires.

Le gouvernement a reconnu des tirs dans plusieurs casernes, démentant cependant « une prise de pouvoir par l’armée ».

Dimanche soir, le président Kaboré, avait décrété « jusqu’à nouvel ordre » un couvre-feu de 20H00 à 05H30 (locales et GMT) et le gouvernement annoncé la fermeture des écoles lundi et mardi.

« Nous voulons des moyens adaptés à la lutte » anti-jihadiste « et des effectifs conséquents », ainsi que le « remplacement » des plus hauts gradés de l’armée nationale, a affirmé dans un enregistrement sonore parvenu à l’AFP un militaire de la caserne Sangoulé Lamizana, sous couvert de l’anonymat.

– L’ombre du général Diendéré –

Il a en outre souhaité « une meilleure prise en charge des blessés » lors des attaques et des combats avec les jihadistes, ainsi que « des familles des défunts ».

Les revendications des mutins ont été confirmées par d’autres sources militaires et des discussions ont eu lieu entre des représentants des mutins et le ministre de la Défense, le général Barthélémy Simporé, selon une source gouvernementale. Rien n’avait filtré lundi sur le contenu de la rencontre.

Le camp Sangoulé Lamizana de Ouagadougou abrite la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca) où est détenu le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014 qui vit depuis en Côte d’Ivoire.

Le général Diendéré a été condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015 contre le président Kaboré, et est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara, icône panafricaine, en 1987.

Comme le Mali et le Niger voisins, le Burkina Faso est pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique.

Les attaques qui visent civils et militaires sont de plus en plus fréquentes et en grande majorité concentrées dans le nord et l’est du pays.

Les violences des groupes jihadistes ont fait en près de sept ans plus de 2.000 morts et contraint 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers.

AFP