lundi , 2 août 2021

Conakry ville centenaire : Quel statut pour notre capitale ?

Ce 1er janvier 2016, Conakry notre capitale a 126 ans. Un anniversaire qui devrait être mis à profit pour maintenant réfléchir sur la situation de cette ville, qui se développe sans véritable schéma directeur.

 

Des quartiers huppés côtoient des bidons villes, les domaines publics sont envahis dans l’indifférence générale, pour rallier la banlieue au centre-ville, un parcours du combattant. Dans la perspective de susciter un débat constructif, qui devrait aboutir à des solutions idoines, à compter de cette semaine, une série de thématiques sera présentée.

Le casse-tête des ordures

Ville plus que centenaire aujourd’hui, notre capitale offre un visage pas très reluisant. En plus de son urbanisation anarchique, son insalubrité quotidienne est révoltante. La gestion des ordures ménagères semble être un véritable casse-tête pour les autorités de la ville de Conakry, qui sont apparemment débordées. Les montagnes d’immondices, jonchant les rues, les places publiques et les devantures des maisons, les eaux usées aux odeurs fétides, s’écoulant des égouts ou stagnant dans les caniveaux rarement curés donnent une image répugnante de notre capitale. C’est surtout en saison hivernale, que le visage hideux de l’ex perle d’Afrique de l’ouest apparaît.

Même si pour le cas d’espèce, le gouvernorat de Conakry est en première ligne, il faut le souligner, en raison de la complexité du problème et de l’ampleur du travail à effectuer, l’assainissement de la ville de Conakry exige une toute autre approche de la part des décideurs. En effet, la situation que nous vivons actuellement est le résultat de plusieurs années de gestion laxiste du traitement des ordures de la ville.

Dans cet ordre d’idée, un recul s’avère nécessaire pour appréhender tous les aspects de cette problématique.

Causes lointaines et immédiates

A- Les causes lointaines

Au moment où les explorateurs arrivèrent sur les côtes de la Guinée, Conakry n’était qu’un hameau perdu dans l’île de Tombo qui abritait en outre les hameaux de Boulbinet, Coronthie et Tombo. Cette île faisait partie du territoire politique de Tabunsi- Kaloum.

Dès 1865, la plupart des bateaux naviguant en Afrique occidentale prirent l’habitude d’aborder les îles de Loos qui furent auparavant des refuges des pirates, des marchands d’esclaves. En 1889, commencèrent les travaux de construction sur l’île de Tombo d’après un plan en échiquier. La ville fut construite dans la partie extrême de l’île en six ans. En 1891, le décret créant la « colonie des rivières du sud » et choisissant Conakry comme lieu de résidence du lieutenant-gouverneur fut signé.

Le développement de la ville fut très intense jusqu’en 1910. Déjà en en 1895, la réalisation des voies de communication avait débuté, tout d’abord les travaux portuaires puis la route Conakry Niger et enfin le chemin de fer. Progressivement, Conakry s’ouvrait à l’extérieur puisque l’exploitation du minerai de fer permit l’édification de la vieille partie de la ville et de la banlieue.

La ville de Conakry ne comptait que 300 habitants en 1885, 3.594 habitants en 1889. Aujourd’hui, elle est devenue une cité urbaine de plus de deux millions d’habitants pour une superficie de 308 km2. Et cette population produit quotidiennement près de 1000 tonnes d’ordures ménagères.

Malgré une succession de projets, Conakry se développe dans le désordre et le sous équipement très poussé. A la démographie galopante, les divers plans d’urbanisation n’ont pas permis de régler les problèmes édilitaires de la ville. Le PADELAC (Projet d’aménagement de l’Environnement de la ville de Conakry) ambitieux dans ses objectifs les années quatre-vingt-dix, a vécu sans laisser de traces marquantes. Et comme le pays est très riche en projets, nous avons enregistré la mise en œuvre du Projet d’Urbanisation de Conakry, le PDU, dans ses variantes 1, 2 et 3. Avec quelques acquis sur les chantiers d’urbanisation de certains quartiers de la capitale (aménagement de réseaux de drainage des eaux, voiries urbaines de certaines zones), le PDU n’a pas comblé toutes les attentes.

Face au vide laissé par les autorités (absence de cadre légal formalisé ou non appliqué tels que le code de l’environnement, la réglementation du traitement des ordures ménagères, etc.), les citoyens en ont fait à leur tête. Par manque de civisme et de contrainte, les riverains des caniveaux ne s’embarrassent pas de scrupules pour déverser quotidiennement les ordures dans les caniveaux à ciel ouvert. Ces gestes simples répétés des années durant sans la moindre réaction des autorités locales, communales et du gouvernorat nous conduisent aujourd’hui à une situation bien embarrassante. Surtout en saison hivernale où l’environnement nous offre un visage hideux de notre capitale.

B- Les causes immédiates

Se fonder sur le postulat que la gestion et le traitement des ordures ménagères de la capitale relève du seul gouvernorat est bien une erreur d’appréciation. Ensuite, la maîtrise et la résolution des problèmes induits par la production des ordures ménagères, exige de cerner tous les paramètres devant permettre de concevoir une politique globale sous tendue par des activités sectorielles. Cette politique dont il est question et qui constituera la trame de l’action gouvernementale implique les départements suivants : le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation, le ministère de l’environnement, le ministère de la santé et de l’hygiène publique, le ministère de l’habitat et de l’urbanisme, le ministère des transports, le ministère des finances. Ce sont donc ces entités qui devraient se retrouver autour de la problématique de l’insalubrité.

Nous l’avons constaté, le problème de l’insalubrité qui en réalité est une question transversale n’est abordé par le gouvernement que de façon parcellaire. Tous les aspects ne sont pas pris en compte. Concrètement, il y a lieu de tenir compte du schéma suivant :

Production des ordures -Collecte- Transport-Traitement

Ce schéma donne le développement ci-après :

La Production étant quotidienne, il va s’en dire que toutes les activités de la chaîne de gestion des ordures doit impérativement suivre le rythme de production de ces ordures. Et pour se faire, une logistique et des ressources financières conséquentes sont à déployer. Ce qui n’est nullement le cas aujourd’hui. La question est de savoir si nous n’avions pas bénéficié des dons de camions bennes par une société minière de la place et de camions poubelles de la Chine, la situation aurait été bien plus alarmante. De nos jours, le SPTD, le Service public de transfert des déchets n’est pas suffisamment outillé tant du point de vue matériel que financièrement pour faire face à ses obligations. Raison pour laquelle, la résiliation des contrats attribués à des sociétés privées aurait dû se faire progressivement. Ces sociétés avaient réussi tant bien que mal à mettre en place un embryon de chaîne de collecte et de transport des ordures ménagères. On aurait pu observer une période transitoire, le temps de doter le SPTD de moyens adéquats pour fonctionner sans à-coups.

Les activités d’assainissement de la ville de Conakry, et des régions de l’intérieur devraient être soutenues, par une large campagne de sensibilisation des citoyens sur la nécessité de maintenir l’hygiène dans les quartiers et communes du pays. En plus, chaque commune devrait davantage s’organiser pour l’assainissement en s’appuyant sur les organisations de jeunes, des femmes, des ONG et des sociétés privées évoluant dans leur sphère géo politique.

Au- delà de la sensibilisation et de l’information des citoyens, il y a les sanctions et pénalités à envisager selon le principe « pollueur payeur ». A ce propos, à quoi peuvent bien servir les taxes de marché prélevées par les administrateurs ? Les marchés, espace de vente des denrées de large consommation doivent être implantés dans un environnement sain. Toutes les installations édilitaires sont à aménager. Des systèmes anti incendies aux voies d’accès, un minimum de conditions réglementaires sont à observer.

Si l’on se préoccupe un tant soit peu de l’enlèvement des ordures, le transport et le traitement pose encore des problèmes. Le code de l’environnement devrait le prévoir l’interdiction de créer une décharge en plein quartier, au risque de produire des nuisances qui affectent indubitablement la santé des riverains. C’est sur cet aspect du problème que le ministère de l’environnement et celui de la santé sont impliqués. De même le ministère de l’habitat et de l’aménagement de la ville, qui a charge de créer un cadre de vie décent dans les zones urbaines et sub urbaines est interpellé.

 

Par Thierno Saïdou Diakité

Thiernosaïdoudiakite@gmail.com