mercredi , 19 juin 2024

Domani Doré, Ministre des Sports : « Il y a de l’espoir d’organiser la CAN »

INTERVIEW — État des lieux du Sport en Guinée, organisation de la Coupe d’Afrique des Nations et vente des domaines réservés à la jeunesse par des dirigeants véreux sont entre autres sujets abordés dans cet entretien exclusif que la ministre des Sports, madame Domani Doré, a accordé à Kaloumpresse.com.

Kaloumpresse.com : Quel diagnostic avez-vous posé après votre nomination et vos différentes tournées de prises de contact ?

Je commencerai  d’abord  par remercier les autorités. Plus particulièrement le chef  de l’Etat  qui a compris  qu’il y a nécessité dans le domaine  des Sports  qui est un département à part entière. Pour moi, il met un accent particulier sur ce domaine qui est  un secteur de cohésion, au-delà de la passion sportive. Je pense que le domaine des Sports  reste le même. Et pour moi, les infrastructures et l’animation sportive ont besoin quand même d’être relevées d’une manière ou d’une autre. Donc il y a du travail au niveau  des Sports.

Kaloumpresse.com: Il y a du travail, c’est vrai. Mais en Guinée, les ministres  des Sports sont souvent des ministres de football exclusivement, alors qu’il existe  d’autres disciplines sportives. Comment allez-vous éviter ce piège ?

Pour ma part, ce n’est pas un piège. C’est une réalité. Le domaine des Sports est comme un domaine de créativité. Il faut être capable d’innover, de donner des spectacles. Ce spectacle qui est nourri à travers un investissement mondial. C’est ce qui amène particulièrement le monde à croire  que le football est vraiment le sport idéal. A côté de cela il y a d’autres disciplines sportives bien sûr. Il est idéal d’inviter toutes les fédérations à organiser  des journées portes ouvertes. Je ne peux pas m’intéresser au basketball sans savoir ce que c’est que le basket et qu’est ce qu’il peut me rapporter ? C’est pourquoi je dis que les fédérations devraient s’accentuer  sur la vulgarisation du devoir et des disciplines à travers des activités d’animation. Il faut créer les spectacles. Et pour moi, ensemble, nous pouvons le réussir. Il nous revient de nous mettre en causse.

Kaloumpresse.com : Comment les jeunes peuvent-ils s’intéresser à toutes les disciplines sportives reconnues par la Guinée s’ils n’ont pas de salles ou terrains de sports ? Et si les fédérations elles-mêmes manquent de sièges ?

Dans ma lettre de mission un accent particulier est mis sur les investissements privés dans le Sport. C’est quelque chose qui a déjà  débuté parce que les sponsors de nos championnats que nous organisons sont sur place. C’est un challenge qu’il faut accompagner.

Kaloumpresse.com : A quel niveau se trouve aujourd’hui la candidature de la Guinée pour l’organisation d’une des CAN 2019 et 2021 ?

Je commencerai par rappeler  que nous nous sommes rendus successivement à Labé, Kankan et N’Zérékoré. Partout, nous avons été bien accueillis. Mais je voudrais, s’agissant de ce grand projet de la CAN, remercier mes prédécesseurs à la tête de ce département. Eux qui, sous la houlette du chef de l’Etat, nous ont permis de présenter un dossier consistant  de candidature. Les cadres techniques du département ont aussi travaillé pour cela. Bref le gouvernement et l’administration publique se sont bien investis. C’est ce travail que nous poursuivons.
J’ai eu aussi la satisfaction de constater l’engouement des citoyens à l’endroit  de ce projet, je profite  de l’opportunité  que vous m’offrez  pour remercier les autorités locale qui nous ont réservé un  accueil très chaleureux.

Kaloumpresse.com : Est-ce que l’espoir de voir la Guinée organiser un de ces rendez-vous est permis ?

Tout semble indiqué que nous pouvons espérer. Nous allons nous saisir  de cette occasion pour accélérer la mise en œuvre des infrastructures sportives ciblées par le gouvernement, avec l’appui technique de la Fédération Guinéenne de Football.
Il y a de l’espoir d’organiser la CAN. C’est pourquoi  nous nous sommes engagés que le gouvernement, à coté de la Fédération  guinéenne de football, puisse mettre tout le monde de notre côté. Il revient à la CAF de faire le bon choix

Kaloumpresse.com : C’est vrai que vous espérez, mais on sait que nous n’avons pas d’infrastructures sportives de haut niveau à part les stades du 28 Septembre et de Nongö. Quels sont les réels atouts de la Guinée face à ses concurrents ?

Au risque de me répéter, nos principaux appuis sont la volonté politique du gouvernement. Pour la parenthèse, je rappelle que le Président de la République, Professeur Alpha Condé a dédié son quinquennat à la jeunesse  dont  le sport est un des ressorts  fédérateurs. L’on note ensuite l’engagement  des populations à côté des jeunes. N’oubliez pas que nous n’avons jamais  organisé une CAN. C’est un atout que de pouvoir  prendre appui sur cette manifestation continentale pour que les autres segments du développement soient « boostés », si l’on me passe cette expression. Je pense au tourisme, aux routes, la communication, l’artisanat, à nos acquis culturels mais aussi à notre situation géographique en Afrique de l’Ouest. La Guinée se trouve entourée de grandes nations de football dont les fans apprécieront  bien de voir cette manifestation continentale se dérouler à leurs portes sur  une terre stable et hospitalière.

Kaloumpresse.com : Vous l’avez touché. Il faudra des routes, des hôtels et permettre la diffusion des matches en direct, entre autres. Avez-vous une idée d’où va venir l’argent pour le financement de ces projets ?

Encore une fois, il y a peu de domaines  qui mobilisent  comme le sport de haut niveau. L’Etat dans son rôle d’impulsion et le privé dans l’exploitation au bénéfice de tous des retombées de tout ce processus, trouvent  là un point  de convergence. Chaque  jour  qui passe, le climat des affaires s’améliore. Plein  de mécènes et d’entrepreneurs vont bientôt emboiter le pas aux pionniers déjà actifs dans ce secteur et que je remercie ici de passage.

Kaloumpresse.com : profitons-en  pour reparler de votre feuille de route. Bientôt  les 100 premiers jours du gouvernement auquel vous appartenez ? Qu’allez-vous présenter comme bilan ?

L’administration est une continuité.  Depuis que nous avons pris les rênes de ce Département, nous avons commencé par redonner confiance à nos collaborateurs qui étaient pour la plupart happés par cet autre secteur palpitant qu’est la Jeunesse. Nous achevons de rencontrer toutes les fédérations sportives afin que le développement du Sport à la base  offre plus d’opportunités aux jeunes. Le stade de Nongö  sera bientôt inauguré. Les programmes  de formation des encadreurs  et des sportifs sont en route. L’essentiel  de nos maux réside dans le désespoir qui habite une bonne partie de notre jeunesse.

Kaloumpresse.com : Ce ministère a généralement accueilli des hommes. Certains pensent qu’il est un ministère à problèmes. Est-ce votre aussi votre point de vue ? N’est-il pas un fardeau quelque peu lourd pour vous ?

Moi je pense que c’est  une question de compréhension. Vous savez que nous sommes dans un monde où les gens aiment le fantasme. Pour moi,  je ne peux pas comprendre lorsqu’on prend l’issue d’un match pour déterminer les capacités d’un ministre. C’est une culture qui est installée chez les gens, mais ce n’est pas méchant. C’est pour vous dire qu’à travers l’issue d’un match, le ministère des Sports, les encadreurs sportifs de la fédération et tout ce qu’il faut comptent  pour avoir les résultats souhaités. Donc redynamisons le Sport et ramenons le sport de la rue à l’école. En sport on ne rêve pas et on ne donne pas les résultats issus de spéculation.

Kaloumpresse.com : On connaissait madame Domani Doré très active dans les ONG. Peut-on s’attendre à ce même dynamisme à la tête du ministère des sports ?

Je l’espère, avec le concours de tous. La détermination ne nous manquera pas. Le nouveau souffle  que le Professeur Alpha Condé a impulsé à son gouvernement en intégrant des jeunes est une opportunité à saisir.

Kaloumpresse.com: Maintenant que vous avez eu les prises de contact, quels sont vos perspectives ?

Le suivi. Je crois que c’est dans ce suivi que  la Guinée peut se développer. Ailleurs, on commence bien et ne suit pas le reste. Ça ne marchera pas avec moi. Dans mon département nous irons jusqu’au bout.

Kaloumpresse.com : Votre dernier message ?

Il est aussi celui du début. Un jeune qui perd son franc parlé, qui ne s’engage pas dans des activités à même d’élargir son champ de vision, a peu de chance de saisir la formidable opportunité qui nous est aujourd’hui offerte : celle d’avoir un département en entier consacré, au développement du sport. Continuons de nous donner la main pour que nos espaces de jeux ne soient pas vendu à des spéculateurs immobiliers véreux qui font semblant d’aimer par ailleurs la jeunesse guinéenne. Que des jeunes se retrouvent autour des nombreuses disciplines sportives qui sont à leur portée, autour des rares terrains de football qui se rétrécissent à vue d’œil ; qu’ils prenne attache de la façon la plus disciplinée, la plus respectable, la plus digne, la plus respectable, avec  les élus locaux, dès qu’ils constatent qu’une portion de leurs domaines est entrain de partir. Nous sommes là pour protéger vaille que vaille les espaces publics, avec bien évidemment la priorité aux aires de sport. Moins nous développons les ports pour tous, plus les jeunes versent dans les violences gratuites, dans l’intolérance, dans les épreuves de déploiement d’énergie sous l’effet de la drogue, dans la cruauté hallucinatoire à l’endroit des plus faibles physiquement…Prenons-en conscience.
Que les filles cessent de demeurer recroquevillées dans leurs coins alors que les disciplines sportives restent pratiquement masculines, inégalitaires. Quant les grandes vacances s’annoncent, des parents qui prétendent avoir fait de grandes études les envoient se faire exciser pendant que les garçons sont encouragés à pratiquer les sports qui feront fierté de la famille. Mes chères sœurs, levez vous, venez vers votre ministère des sports en entretenant une chaine de solidarité entre filles sportives de Koundara et de Yomou, de Mandiana et de Boké. Commencez si vous le préférez, par les sports collectifs afin de vous soutenir mutuellement, de rassurer les parents incrédules, contre les forces rétrogrades qui jurent en savoir plus sur ce qui est bien pour votre épanouissement.
J’invite les fédérations sportives à organiser des journées « portes ouvertes » et autres programmes de formations des jeunes pour encourager les filles timides à faire le premier pas. Le chantier est vaste. Je suis là pour jouer ma partition. Totalement, honnêtement, de tout cœur, de toutes mes forces.

Propos recueillis par Sériane Théa

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