vendredi , 12 avril 2024

30 ans après Sékou Touré, peut-on parler de renaissance avec Alpha Condé ? (opinion)

Le 26 mars 1984, le peuple de Guinée fut réveillé au petit matin, par les chansons mortuaires de la Radio Télévision Guinéenne (RTG). Un des fils les plus illustres de la Guinée et de l’Afrique, venait de se coucher définitivement à Cleveland aux USA, le Président Ahmed Sékou Touré.

Trente ans après sa disparition, Ahmed Sékou Touré continue toujours d’être évoqué ici et là par ses détracteurs qui le traitent de dictateur, et par ses admirateurs pour ses œuvres immortelles, tels que l’accession de notre pays à l’indépendance, la création du bien-être pour les populations guinéennes, l’imposition de l’ordre et la discipline, la sauvegarde de nos ressources, la lutte contre l’ethnocentrisme et le rayonnement de notre nation sur le plan international à travers l’image d’une jeunesse révolutionnaire et patriote.

Qu’ont-ils fait de ces acquis du régime du Parti Démocratique de Guinée ?

Le 3 avril 1984 un Comité Militaire de Redressement National (CMRN) dirigé par un certain Colonel Lansana Conté a pris le pouvoir. Au lieu de garder les aspects positifs du régime de Sékou Touré, il instaurera un libéralisme sauvage qui conduira le pays dans un libertinage sans précédent avec toutes ses composantes, notamment, le grand banditisme, les assassinats ciblés, les détournements de fonds, le trafic d’influence et le trafic de drogue. Ainsi détruit-il les acquis du régime du président Ahmed Sékou Touré sur les plans politique, économique, social et culturel.

Rappelons qu’au cours de la première république (1958-1984), la Guinée a vécu sous un régime présidentiel dominé par un système de parti unique d’inspiration socialiste, qui dirigeait l’Etat et régulait l’ensemble de la vie économique, sociale et culturelle.

Tous les responsables du Parti Démocratique de Guinée (PDG) étaient élus. Du Pouvoir Révolutionnaire Local (PRL) au Bureau Politique National (BPN) en passant par les Pouvoirs Révolutionnaires d’Arrondissement (PRA), les sections les mairies et les Bureaux Fédéraux, toutes les décisions étaient prises en plénière lors des réunions hebdomadaires des vendredis. Toute décision prise au niveau local remontait jusqu’au sommet de l’Etat.

Ceci est d’autant plus que le Guinéen, dés son jeune âge était initié aux pratiques démocratiques. Les commissaires de classe et les membres du Conseil d’Administrations dans les écoles, les lycées et les universités étaient élus. Une véritable démocratie populaire comme dans le parti Kermalien de la Turquie au 19e siècle.

Sur le plan sécuritaire, la Guinée de Sékou Touré était un pays de sécurité et un havre de la paix. Il n’y avait ni vandalisme, ni banditisme, encore moins des assassinats ciblés. Une milice patrouillait dans les quartiers nuit et jour pour assurer la sécurité des populations et de leurs biens. La discipline était de rigueur.

Les populations vivaient en parfaite harmonie dans la convivialité. Il était rare à l’époque de trouver une famille malinké où il n’y avait pas un peul, un soussou ou un forestier. Une famille peule sans qu’il n’y ait une autre ethnie. Ceci était valable pour la Forêt et la Basse Côte. D’ailleurs il y a une anecdote qui dit que quand un malinké a de l’argent il pense toujours épouser une femme peule. Aussi le cousinage entre le malinké et le peul n’était-il pas une illustration de l’entente qui existait entre les ethnies pendant le règne du Président Ahmed Sékou Touré.

Sur le plan diplomatique, il suffit de rappeler la première déclaration du CMRN le 3 avril 1984 : « Peuple de Guinée, tu viens de conduire à sa dernière demeure l’un de tes fils les plus prestigieux auquel l’Afrique et le monde ont tenu a rendre un hommage mérité. L’œuvre immortelle d’Ahmed Sékou Touré aura été de conduire notre pays à l’indépendance et de faire rayonner sur le plan international tes nobles idéaux et aspirations… ». Suffisante pour convaincre.

La Guinée de syli Sékou payait ses cotisations dans toutes les organisations internationales où elle était membre. Elle y assumait de hautes responsabilités comme la vice-présidence de l’Organisation du conseil islamique (OCI).

Ecouté et respecté, le président Ahmed Sékou Touré était toujours sollicité dans la résolution des conflits internationaux : Mali-Burkina, Iran-Irak, Sahara Occidental-Maroc, OCI-Egypte, etc.
Pour la défense de la patrie, l’armée nationale qui a été créée après la proclamation de l’indépendance du 2 octobre 1958 était l’expression achevée du patriotisme et du nationalisme des dirigeants et des premiers soldats. Des vaillants dignes fils qui avaient fait du respect des ordres de l’obéissance aveugle un sacerdoce.

Après sa création, l’armée s’illustrera dans le maintien de la légalité constitutionnelle et s’impliquera dans le secteur de la vie socioéconomique. Elle s’organisera pour affirmer sa vocation nationale et africaine, notamment dans la défense de l’intégrité territoriale et la décolonisation totale du continent noir.

Dès 1960, elle s’est déployée en Afrique, répondant non seulement à l’appel des peuples en lutte pour l’indépendance mais aussi au panafricanisme d’Ahmed Sékou Touré qui a déclaré que « la Guinée ne sera jamais libre tant qu’une partie de l’Afrique sera sous domination coloniale ».

L’engagement à défendre la patrie s’est démontré lors de l’agression du 22 novembre 1970. Ce jour, c’est avec bravoure que les forces armées guinéennes ont défendu la souveraineté nationale en infligeant une cuisante défaite aux mercenaires guinéens et étrangers à la solde des portugais qui étaient venus agresser notre chère patrie.

A cette vocation de facilitateur, de défenseur de la patrie, s’est ajoutée une autre dimension qui a particularisé l’armée guinéenne, celle qui a permis de mettre la fleur au canon pour s’investir dans les programmes nationaux de développement. Nous retenons encore l’image des soldats dans les champs de riz, dans les Fermes Agro-pastorales (FAPA) et dans la construction des routes et des pistes ainsi que des ouvrages de franchissements à travers les génies militaires (rurales et bâtiments) sous la première République.

Aussi, ce sont nos soldats qui s’installeront aux commandes des aéronefs de la jeune compagnie « Air Guinée » pour sillonner l’Afrique et le monde entier, et même initier certains militaires des pays de la sous-région. Une armée à la fois d’élite et de métier.

Le Général Sékouba Konaté, l’ancien président de la transition guinéenne confiait que les militaires de la première république étaient des vrais soldats et le président Ahmed Sékou Touré les mettait dans des conditions qui leur permettaient d’être au service de la nation avec dévouement et détermination. Il se rappelle à son jeune âge que le Président Ahmed Sékou Touré a offert des Renault 25 à certains chefs militaires lors d’une de leurs missions à Bruxelles pour les encourager.

Malgré que la politique économique appliquée à l’époque sous le modèle socialiste a été qualifiée d’échec, il y avait à l’époque le plein emploi, l’inflation était maitrisée, le pays était moins endetté, les ressources de l’Etat permettaient de payer les fonctionnaires, les frais d’importation étaient couverts sans recourir à la planche à billet ou à l’endettement. Pl us de 300 usines opérationnelles permettaient d’absorber la main d’œuvre.

En plus du salaire des fonctionnaires, ils recevaient les ravitaillements et étaient hébergés dans les bâtiments de l’Etat avec option d’achat pour les empêcher ainsi de détourner les deniers publics.

S’agissant de la jeunesse, il faut dire que c’était la vitrine de la Guinée dans toutes les rencontres sportives et culturelles.

Des exemples qui sont légions : Le Hafia Football club de Conakry triple détenteur de la coupe d’Afrique des clubs champions, ancêtre de la champion’s league, le Horoya Athlétique club détenteur de la coupe des vainqueurs de coupe qui est appelée aujourd’hui la coupe de la CAF, le Syli national finaliste de la coupe d’Afrique des nations en 1976 en Ethiopie…

Les ballets africains, le ballet Djoliba et les orchestres ont fait leur preuve en Afrique et dans le monde : la médaille d’argent de la Guinée aux jeux africains de Lagos, le disque d’or de Kouyaté Sory Kandia aux Etats-Unis, la prestation du Bembeya Jazz National au festival d’Alger. La Guinée d’Ahmed Sékou Touré était représentée dans toutes les rencontres sportives et culturelles sur le continent voire souvent dans le monde.

Ceci était le fruit de la politique sportive et culturelle appliquée dans le pays. Les compétitions sportives et culturelles étaient organisées dans tous les établissements scolaires. C’est pourquoi en Guinée, comme aux Etats-Unis, les sportifs de haut niveau étaient soient des universitaires ou des diplômés des écoles et des instituts.

C’est au regard de tous ces acquis que le Professeur Alpha Condé au lendemain de son investiture a déclaré qu’il prendra la Guinée là où Sékou Touré l’a laissée. Ces mots ont aujourd’hui tout leur pesant d’or, car depuis l’arrivée d’Alpha Condé à Sékhoutouréya le 7 novembre 2010, le gouvernement est entrain de relever plusieurs défis que lui a imposé la deuxième république par sa mauvaise gouvernance et surtout par son refus de sauvegarder les acquis du régime de Sékou Touré.

Des acquis qui commencent à être restaurés grâce au processus de changement engagé par le Prof. Alpha Condé pour la renaissance de l’Etat guinéen dans toutes ses dimensions.
Une renaissance que le peuple attendait depuis la disparition du père de indépendance guinéenne, le Président Ahmed Sékou Touré.

Bangaly Condé « Malbanga »

 

(In Mediaguinee)