samedi , 4 décembre 2021
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Interview de Hadja Fatoumata Sall, Présidente de la CONAG-DCF

Que fait la Coalition Nationale de Guinée pour le Droit et la Citoyenneté des Femmes (CONAG-DCF)? Pourquoi les partis politiques n’ont pas respecté le quota de 30% de femmes sur leurs listes? Les Guinéens doivent-ils craindre de nouvelles violences électorales ? Autant de questions que nous avons posées à la présidente de cette ONG Hadja Fatoumata Sall. Interview exclusive.

Kaloum Presse : Bonjour madame la présidente. Présentez l’ONG CONAG-DCF. Quels sont ses objectifs ?

Hadja Fatoumata Sall : La CONAG-DCF est une organisation de défense des droits des femmes qui s’investit dans plusieurs domaines. La lutte pour l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, entre filles et garçons.  Elle s’investit également dans la lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes, la promotion des filles et des femmes dans l’exercice de leur citoyenneté afin de favoriser le leadership féminin.

Depuis quand existe-elle ?

La CONAG-DCF existe depuis 2008. Mais avant, il y avait plusieurs organisations qui poursuivaient les mêmes objectifs. Ces ONG travaillaient dans plusieurs domaines. A un moment donné, nous avons décidé de nous mettre en réseau pour faciliter notre intervention et l’appui  de nos partenaires. C’est ainsi qu’à partir de 2008, la CONAG-DCF à été  créée en tant qu’organisateur  statuaire. Elle compte de nos jours 12 organisations. Nous travaillons en synergie et le principale partenaire qui a favorisé la création de notre ONG la CONAG-DCF est le CCI, de la Coopération Canadienne, qui s’investit en Afrique et dans les autres pays du monde pour favoriser l’émergence de la gent féminine.

En Août dernier vous avez pris part à une journée d’échange entre les ONG féminines sur l’égalité entre les femmes et les hommes pour un développement durable dans l’espace CEDEAO. Quelles étaient vos motivations en organisant cette mobilisation ?

C’est l’un des objectifs majeurs  que nous poursuivons à savoir l’égalité des droits entre filles et garçons, hommes et femmes. Notre souhait aujourd’hui est qu’il y ait parité entre filles et garçons, hommes et femmes dans le domaine de l’emploi, aux postes de prise de décision, et à l’élection de l’Assemblée nationale. C’est notre vision. Mais lorsque nous faisons la plaidoirie pour réaliser cette parité, nous nous rendons compte que l’égalité des droits pose toujours problème. Il y a pour le moment des obstacles  qui se dressent à la mise en place à cette réalité.

Que faut-il à votre avis pour arriver à cette parité ?

Il faut absolument adopter une loi en la matière. Et c’est lorsqu’il y a cette  loi qu’on peut  s’investir à lutter pour son application. C’est ce qui nous as  motivé à faire cette mobilisation pour sensibiliser tout le monde, surtout les femmes, pour leur implication afin de l’adoption de cette loi par les chefs d’Etats de la CEDEAO. Il faudrait amener les décideurs  à adhérer à la cause et que les projets de loi qui ont été  déjà déposés à la CEDEAO soient examinés par les chefs de l’Etats et les pays membres de l’espace CEDEAO d’ici 2015, afin que cette loi soit appliquée dans toute sa rigueur dans l’escape communautaire.

Au cours de cette journée la CONAG-DCF  a appelé le gouvernement guinéen à adopter le projet de protocole sur l’égalité entre les femmes et les hommes pour un développement durable  dans la zone CEDEAO. Avez-vous été entendues ?

Nous avons l’espoir d’avoir été  entendues. Nous n’avons pas la prétention d’être entendues le premier jour. Ce  projet de protocole a suivi un processus. Depuis 2008 on travaille sur ce projet. Cela prend du temps, mais à chaque étape du processus, il faut faire des actions. Si vous voulez, dans l’espace CEDEAO plusieurs organisations comme la CONAG-DCF  sont entièrement engagées dans  le même sens. Nous avons élaboré ce projet de protocole, nous avons travaillé en synergie avec des Sénégalaises, Maliennes, Nigérienne, Burkinabés etc.
Vous savez, le même type de loi existe en Afrique Australe et elle a réglé beaucoup de problèmes des femmes de  l’Afrique Australe. Donc si cela a été réalisé en Afrique Australe pourquoi pas en Afrique de l’Ouest ? La plaidoirie qui est en train d’être faite à plusieurs étapes est en train de gagner plusieurs personnes qui ont déjà  adhéré. C’est pour quoi nous invitons les autres femmes, chacune dans son domaine, à persévérer pour faire adhérer.

Donc la campagne de sensibilisation à l’endroit des autorités continue jusqu’à l’obtention de gain de cause ?

Oui ! Nous sommes obligées. Les partenaires Canadiens ont beaucoup appuyées notre ONG depuis sa création. C’est un processus qui suit son cours et plusieurs étapes sont déjà franchies. Nous avons le projet de protocole qui est déjà  déposé à la Cellule genre à la CEDEAO. Cela veut dire qu’on travaille dessus. Nous n’allons pas croiser les bras tant que ce protocole n’est pas adopté.

La CONAG-DCF a interpellé l’année dernière le ministre des Droits de l’homme sur les violences faites aux femmes en Guinée. L’ONG a demandé la promulgation du Code civil guinéen. Que s’est-il passé à la suite de cet appel ?

C’est un appel que nous avons lancé parce que le Ministre des Droits de l’Homme  est vraiment ouvert à notre collaboration. Il nous a même rendu visite à la CONAG-DCF et il a vu que nous sommes en train de faire beaucoup de choses allant dans le sens de la mission de son département. Donc il y a une franche collaboration entre le ministre des Droits de l’Homme et la CONAG-DCF. Qui dit  droit  de l’Homme parle aussi du droit de la femme. Il y a beaucoup de femmes qui sont victimes des violences et nous estimons que ces violences doivent cesser. Il faut qu’ont respecte  les femmes, il faut qu’on arrête  de les violer, de les frapper, de les jeter au dehors et de porter atteinte à leur dignité.

Vous avez même participé à l’élaboration de ce nouveau Code civil

Tout à fait. Nous avons contribué à l’élaboration d’un nouveau Code civil, parce que  l’ancien Code comporte beaucoup de points qui défavorisent le respect des droits des femmes. Ce nouveau Code sur le quel nous avons travaillé avec la ministre des Affaires sociales, de la promotion féminine et de l’Enfance mérite d’être adopté. L’ancien est caduc et n’est  pas en faveur des femmes. C’est pourquoi nous allons également nous battre pour qu’il soit promulgué.

La Guinée est en période électorale. Les femmes sont utilisées pour des fins de campagne pendent que la plupart des formations politiques ne respectent pas le quota de 30% de femmes sur leurs listes. Quel commentaire faites-vous à ce sujet ?

Effectivement dans toutes les formations politiques les femmes jouent un rôle important. Ce sont elles qui font la campagne. Ce sont elle qui portent les leaders à leur poste de responsabilité. C’est pour dire que la femme joue un rôle important dans la mobilisation des militants des partis politiques.

Mais ce qui se passe quand il s’agit de faire la liste des candidats à l’élection est qu’au lieu de favoriser les femmes en les mettant en bonne position pour  favoriser leur élection, elles sont souvent victimes de marginalisation.

Pourquoi ?

Cela s’explique par le fait que les femmes sont  toujours marginalisées à cause des obstacles socio-culturels qui se drainent devant elles. Quand nous avons commencé les plaidoiries à leur faveur auprès des états-majors des partis politiques, certains leaders nous ont dit que les  femmes intellectuelles ne  militent pas au sein des partis politiques. Ils nous ont également que celles qui militent au sein  des partis politiques ne savent pas lire et écrire, mais animent bien  les partis politiques alors que les partis ont besoin de compétences. Pour les leaders, c’est ce handicap qui joue souvent en défaveur des femmes. Mais ce que nous avons lancé comme appel aux femmes est qu’en plus de la mobilisation des partis, il faut qu’elles acceptent de se former. Il faut qu’elles négocient fort pour qu’elles puissent bien se positionner dans les partis politiques. Il ne faut pas  qu’elles  se laissent faire. Si elles sont de bonnes militantes, elles sont  compétentes. Elles doivent exiger  leur bon positionnement  sur  les  listes de candidatures. C’est ce qui va favoriser leurs élections. Si aujourd’hui on n’a pas  le quota des 30%, c’est une des raisons fondamentales auxquelles les femmes sont confrontées.Mais ce qu’il faut dire à ce sujet est que même si les femmes n’ont pas le  quota de 30%, elles doivent faire preuve de solidarité pour que toutes celles qui sont sur les listes soient élues. Ils faut faire leur campagne, voter massivement pour elles afin de les porter à l’Assemblée nationale.

Le pari semble difficile d’autant que les femmes elles-mêmes sont divisées par la politique. Comment avez-vous mené les plaidoiries ?

Nous avons mené des plaidoiries dans les états-majors des partis politiques. A la CONAG-DCF ici nous avons rassemblé les femmes des partis politiques pour qu’ensemble, nous puissions se rendre vers les partis politiques pour faire des plaidoiries. Nous avons eu la capacité  de réunir des femmes en dépit de leurs sensibilités politiques.

Plusieurs observateurs craignent l’irruption de la violence en cette période de campagne électorale en dépit d’un début de campagne civilisée. Quel appel lancez-vous à l’endroit de vos compatriotes pour une élection apaisée ?

Il est de coutume qu’en  Guinée, chaque fois qu’il y a des campagnes ou manifestations de rues, que ces évènements soient émaillés  de violences. Mais je pense que cette  fois-ci, il y a eu  beaucoup de sensibilisations et dans ce domaine les femmes ont joué leur rôle. La CONAG-DCF  a fait assez de sensibilisation et nous avons espoir que les jeunes qui sont manipulés ont déjà compris que la démocratie ne signifie pas jet des pierres ni de la guerre.
La démocratie est un  combat d’idées, de programmes. Ils doivent chercher à convaincre l’électorat en présentant des programmes cohérents.
Nous pensons que les jeunes ont compris par ce qu’on les  voit faire campagne ensemble dans certains quartiers sans aucun affrontement. C’est déjà  un indice que les élections ne seront pas émaillées de violences.

Un dernier message à l’endroit des femmes peut-être ?

Je  lance un appel aux femmes de sortir et d’aller votez massivement le jour du vote. Les femmes constituent 52% de la population guinéenne. Si elles votent,  c’est sûr que les candidats qu’elles auraient choisi seront élus et le nombre de femmes augmentera par  rapport à la dernière législature.


Interview réalisée par Sériane Théa et Zézé Enéma Guilavogui
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