samedi , 22 janvier 2022
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Jusqu’à preuve du contraire … Si ce n’est toi, c’est donc ton frère !

« On gagne toujours à taire ce que l’on n’est pas obligé de dire », nous enseigne un penseur chinois. En entendant relater des propos du ministre des Transports sur l’une de nos radios ‘’mille collines’’ (en miniature pour le moment), l’on se dit qu’une telle sagesse devrait inspirer le vieux Tidiane Traoré.

En tentant de justifier la décision de la Sotragui de retirer ses bus (ne serait-ce que de façon provisoire) de l’axe Hamdallaye – Bambéto – Cosa – Enco 5, l’idée n’a pad dû l‘effleurer. A la question de savoir si cela ne ressemblait pas à une sanction à l’encontre de l’ensemble des citoyens de la zone, alors que la casse de quelques véhicules de la société observée ces derniers temps n’est que le fait de certains individus, il tranchera net, à l’image du loup de la fable : ‘’si ce ne sont pas eux qui ont cassé les bus, c’est leur frère ou leur cousin, en tout cas leur parent’’ !

Si dans ‘’Le loup et l’agneau’’ de Jean de La Fontaine (ou plutôt du Grec Esope, ce personnage peu connu que le célèbre fabuliste français aurait plagié), « la loi du plus fort est toujours la meilleure », dans notre jungle à nous les choses semblent moins évidentes. Ou plus exactement l’on ne sait pas entre notre Léviathan – Etat et les lobbies ethno-politiques appelés ‘’coordinations régionales’’, ou encore ‘’associations des sages’’ de telle ou telle communauté, qui est le plus fort pour imposer sa loi.

La première des choses à faire quand on est au fond du trou, c’est d’arrêter de creuser, dit-on. En arrivant à Sékhoutouréya, le président Condé a clamé qu’il a hérité d’un pays et non d’un Etat, une façon comme une autre de dire que ce dernier était au bord de la déliquescence. Aujourd’hui tout le semble déplorer la mollesse de ce même Etat qui n’aurait pas la poigne nécessaire pour instaurer l’ordre. Mais, curieusement, avec une unanimité rare en Guinée (un pays qui ressemble plutôt à une famille … de crabes où les coups de pince fratricides ne manquent pas), l’on s’attaque à ses fondements alors que l’Etat guinéen a déjà du mal à se tenir debout.

Si jusque là la création d’un parti (surtout quand il se réclame de l’opposition), constituait la meilleure immunité face à d’éventuelles poursuites judiciaires, ou n’importe quelle convocation par la police ou la gendarmerie, quelles qu’en soient les raisons, maintenant l’on n’a nullement besoin d’une étiquette politique. Votre communauté (où des groupuscules prétendant la représenter) se charge de votre protection. Surtout si votre compte en banque est bien garni et que vous trainez, depuis que vous étiez aux affaires (ministère ou direction juteuse), une réputation d’homme généreux. Dans le climat d’injustice, d’abus, de repli tribal, de faiblesse de l’Etat qui caractérise le pays, tout citoyen, surtout quand il est célèbre et riche, qui a maille à partir avec les autorités est perçu par les siens (sa communauté) comme un agneau que les décideurs du moment voudraient dévorer en usant de prétextes fallacieux. Un raisonnement allant à contrario de celui du loup de la fable.

Ainsi, l’on a vu dans des cas comme ceux de Baïdy Aribot, Telliano et autres Mathurin Bangoura, les ‘’parents’’ menacer : ‘’touche pas à mon frère’’, sinon …

La meilleure – ou la pire, c’est selon -, l’une des coordinations de la Basse Guinée ou de la Côte (et non ‘’Basse Côte’’ comme s’il y avait une haute ou moyenne côte), dans une déclaration commune avec celle des ‘’Haal Pular’’, vient d’inscrire parmi les ‘’victimes’’ du pouvoir en place un certain Ibrahima Sory Touré. Ce dernier n’est ni leader politique ni manifestant, mais l’un des directeurs de la société BSGR arrêté dans une affaire de … pot de vin ! Il a suffi qu’il soit Soussou.

En attendant le retour du colonel Claude Pivi devant les juges dans l’affaire du massacre du stade du 28 septembre où il ne se trouvait pas, prévu ce jeudi, certainement que ses ‘’frères’’ aussi n’auront plus qu’un choix : hurler avec les loups pour essayer de voler au secours d’un des leurs.

Si au moins un de ces jours on arrivait, en Guinée, à substituer à la sentence de La Fontaine celle-là : « la loi du meilleur est toujours la plus forte ».

Jusqu’à preuve du contraire …

Top Sylla (Le Nimba)