jeudi , 20 janvier 2022
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Alexandre Cécé Loua, Ambassadeur de la Guinée en Inde : « Notre coopération à très bien démarré avec l’Inde »

Nommé ambassadeur de la République de Guinée auprès de la République fédérale de l’Inde, en Février 2012, Alexandre Cécé Loua s’atèle à relever un défi majeur : convaincre ce pays émergent d’investir en Guinée. Pour cet ancien ministre des Affaires étrangères, la mission n’est pas impossible. « Ma feuille d’audience est très chargée. (…)Il faut croire en la coopération avec l’Inde. Des petits gestes que nous posons produisent des grands effets.  Les perspectives sont  meilleures et prometteuses », affirme-t-il lorsqu’on lui pose la question sur l’avenir de la coopération guinéo-indienne. Interview exclusive de notre envoyé spécial à New Delhi.


Kaloumpresse.com : La 9è édition du Conclave Inde-Afrique vient de se tenir ici en Inde. Quelles sont vos attentes en tant que diplomate africain ?


S.E Alexandre Cécé Loua : Oui, c’est vrai. New Delhi a abrité du 17 au 19 mars, la 9è édition du Conclave Inde-Afrique,  sur le projet de partenariat. Cette édition est annuelle. Et pour la première fois, la République de Guinée a participé à cette rencontre économique entre l’Inde et le continent africain avec une délégation gouvernementale de très haut niveau. En tant qu’Ambassadeur guinéen et africain, nos attentes sont grandes et elles sont fondées. Grandes dans ce sans que, presque tous les pays africains étaient représentés au niveau du public comme du privé, et beaucoup de projets de développement ont été présentés.  Cela répond à une grande décision prise par l’Inde, il y a quelque années  de s’impliquer dans le processus de développement des pays africains, en apportant une aide financière et en apportant le savoir faire  de la  technologie indienne.

Kaloumpresse.com : Quels sont les projets exposés par la Guinée à cette rencontre ?

En ce qui concerne notre pays, en participant à ce conclave, notre délégation était venue avec beaucoup de projets. Presque 53 projets ont été présentés. Vous verrez dans le livre conçu par la confédération indienne qu’on appel  CIII (Confederation of Indian Industry) . Dans ce livre intitulé ‘’Projects opportunities’’ ou  ‘’Opportunités de projets’’ ; notre pays a présenté 53 projets qui touchent tous les secteurs d’activités (l’agriculture, énergie, télécommunication, l’industrie,  les travaux publics, la manufacture, la pharmacie, la médecine etc…). Tous ces secteurs ont fait l’objet de grandes réflexions et le gouvernement, tout comme la chambre de commerce  ont présenté des projets qui sont répertoriés ici. Cela constitue déjà pour moi, un bréviaire dans la conduite des relations bilatérales avec l’Inde.  Nous pouvons déjà nous féliciter d’autant qu’au cours de ce Conclave,  un mémorandum d’attente a été signé entre notre gouvernement représenté par le ministre de l’Agriculture et une entité Indienne qu’on appelle WAPCOS. C’est une agence indienne  qui conduit les études de faisabilités pour un financement par le gouvernement Indien.

De ce point de vue, en Novembre dernier, nous avons reçu de notre ministre de l’Economie des Finances, une requête de financement à hauteur de 70 millions de dollars pour le projet d’irrigation dans les régions de Boké, Faranah, Boffa Siguiri. Donc 60.000 hectares de terre vont être irrigués pour les fins de la riziculture. Ce projet a été évalué du côté Guinéen à hauteur de 70 millions de dollars. La requête de prêt a été présentée au mois de Novembre 2012 au gouvernement Indien et nous avons négocié avec WAPCOS  pour conduire les études de faisabilité. A l’issue de cela, le gouvernement Indien va accorder le prêt à travers la Banque Export-Import de l’Inde qu’on appel «AGEMEC».

Donc c’est un projet qui est déjà très bien partie  et bientôt WAPCOS va déployer ses experts à Conakry pour aller sur ces différents sites et concevoir le projet conséquemment. Ces rapports vont être présentés dans 3 à 4 mois et peut-être que l’évaluation sera supérieure à ce qui a été proposé. Tout dépendra des études de faisabilité qui vont déterminer le coût réel du projet.

Autre chose, une entité qu’on appelle ANGELIC  International, une grande compagnie indienne  qui a déjà travaillé en Guinée dans le domaine de l’électricité dans la ville de Labé,  nous a proposés un mémorandum d’attente dans le domaine de l’irrigation,  de l’eau, l’énergie et dans bien d’autres domaines de développement. Ce mémorandum va être signé et ANGELIC international et la Guinée vont entrer en partenariat pour la construction des barrages hydroélectriques et des infrastructures.

De ce point de vue, notre coopération à très bien démarré. En arrivant ici, mon programme était comment faire bénéficier à mon pays de l’expérience  indienne, ce pays qui est devenu aujourd’hui un pays émergeant. Il y a des conditions de développement qui peuvent être adaptées à notre pays. Cela n’est pas au détriment de nos partenaires traditionnels que sont les pays occidentaux et aussi d’autres pays de l’ancien bloc de l’Est. Mais l’Inde a une technologie qui s’adapte aux conditions de développement de notre pays.

Kaloumpresse.com : Comment faites-vous pour convaincre les Indiens d’investir en Guinée ?

C’est un challenge et ça, ce sont les couloirs de la diplomatie.  Vous savez et je le dis toujours, la diplomatie traditionnelle n’est plus tellement de mise. Donc, elle a subit une mutation dans ce sens que toutes les représentations diplomatiques mettent le développement économique au centre de leurs programmes. Retenez que nous sommes présents physiquement en Inde, il y a juste un an. Je suis arrivé ici exactement le 14 avril 2012 et j’ai présenté mes lettres de créance, le 24 avril, en tant que le premier ambassadeur résident de Guinée en Inde. Cela nécessite beaucoup de contacts. Il y avait déjà des contacts préliminaires qui avaient été pris avant que je ne sois là. Donc, je me suis engagé dans cette direction. De plus en plus, nous avons fait connaître la Guinée en célébrant le 54è anniversaire de l’indépendance ici. Nous avons élaboré beaucoup de brochures sur notre pays et vendu sa bonne image. Je pense qu’à partir de là, on a commencé à connaître davantage la Guinée.


Kaloumpresse.com : Donc la Guinée n’était pas connue avant votre arrivée ?

Pas parce qu’on ne la connaissait pas, mais  dans certains détails liés à son potentiel économique, la Guinée était presqu’inconnue. Aujourd’hui, les gens ont commencé à connaître notre pays et commencent à s’y intéresser.

Kaloumpresse.com : Existe-t-il une communauté guinéenne en Inde, si oui dans quels secteurs évolue-t-elle ?

La communauté guinéenne en Inde n’est pas très importante en terme de nombre. Elle est essentiellement constituée d’étudiants qui sont arrivés aux frais de leurs parents. Il y en a à Bangalore et à New Delhi. C’est maintenant que je commence à les découvrir. Quelques Guinéens résident à Mumbai qui est le milieu économique et ils viennent pour des affaires d’un à 2 mois et repartent. En terme de communauté, je ne dis pas qu’elle n’existe pas. Partout où il y a 2 ou 3 guinéens, cela constitue déjà une communauté. Mais du point de vue de l’effectif, elle n’est pas très importante.

Kaloumpresse.com : Existe-t-il de manière spécifique une coopération entre l’Inde et la Guinée dans le domaine de l’éducation ?

Non, il y en n’a pas! Je viens de le dire tantôt, maintenant il va y en avoir. Parce que très bientôt nous allons signer un accord  qui va instituer un  cadre général de coopération, par conséquent une commission  mixte de coopération entre les deux pays.  Cela va couvrir tous des domaines y compris l’éducation. Déjà, sur le plan de l’éducation il y avait une sorte de coopération qui a permis à beaucoup de stagiaires guinéens de venir ici. De 2008 à maintenant nous avons bénéficié presque de 60 bourses de stage en raison de 12 par an. Ce programme a été très bien utilisé à presque 95%. Beaucoup de fonctionnaires arrivent ici pour 2 à 3 semaines, 1 à 2 mois. Cela est géré par le ministère des Affaires étrangères. Maintenant, il y a deux mois, nous sommes rentrés en contact avec des autorités indiennes pour qu’on nous accorde des bourses d’études universitaires et post-universitaires.  Nous venons de recevoir une réponse très positive. Le nombre qui a été accordé est très limité, mais c’est déjà un bon départ.

Kaloumpresse.com : Combien  ?

Non! Pour le moment on ne peut pas connaître le nombre. Mais le principe  est déjà accordé.

Kaloumpresse.com : Comment la Guinée est perçue dans ce pays en profonde mutation ?

Oui, l’Inde est un pays en mutation. En quelques décennies, il est passé de pays pauvre en pays émergeant. L’Inde est une puissance du point de vue  de la démographie et de potentialités. En terme géographique, on peut le comparer notre pays à un  des Etats de l’Union indienne. Mais ce n’est pas tellement ça qui est important. Ce qui est important, c’est le fait que nous soyons physiquement présents. Les actions que nous avons déployées   sur le terrain ont d’avantage contribué  à faire connaitre la Guinée. C’est ça le premier résultat. Pendant les 4 ou 5 ans qui suivent  l’installation d’une ambassade dans un pays, elle doit se déployer à faire connaitre son pays. C’est ce que  nous sommes en train de faire.  Et je pense que les perceptions sont très bonnes et prometteuses. Et pratiquement depuis ce conclave et la publication des brochures, de plus en plus ma feuille d’audience est très chargée. Aujourd’hui, nombreux sont les Indiens  qui vont en Guinée. Un des résultats positifs concrets est que l’ancienne clinique internationale de Gbéssia va disparaitre au profit d’un hôpital  de référence qu’on va appeler ‘’Indo-African hospital’’ qui est une œuvre de Dr Kumar, que j’ai rencontré 2 mois après mon arrivée ici et qui a accepté  d’aller travailler en Guinée.  Donc, les hommes de bonne volonté en Guinée, avec l’appui ferme du président de la République, Pr Alpha Condé et le gouvernement,  ce monsieur est en train de faire quelque chose qui va sauver  notre pays sur le plan sanitaire. Et sur le plan économique les évacuations vont être réduites. Aujourd’hui, nombreux sont les Guinéens qui viennent se soigner en Inde, parce que sur le plan de la médecine, ils sont en avantage.

 

Kaloumpresse.com : Comment voyez-vous l’avenir de la coopération entre les deux pays?


Il faut croire en la coopération avec l’Inde.  Des petits gestes que nous posons produisent des grands effets.  L’essentielle, c’est la gestion de ces différentes intentions au niveau du gouvernement et du privé. J’invite le secteur privé guinéen aussi  à s’intéresser à l’Inde. Il le fait mais de façon très informelle. Tout le monde est dirigé sur l’Europe et la Chine. C’est normal, mais je leur dit de venir voir en Inde.  Nous allons organiser une foire indienne à Conakry. L’Inde va venir démontrer  ses produits. On les connait déjà, mais on va les toucher et à partir de là nous allons faire la différence. Pour le moment notre pays la Guinée est très bien connu ici. Les perspectives sont  meilleures et prometteuses.

Interview réalisée par Sidiki Mara à New Delhi
Envoyé spécial de Kaloumpresse.com