mercredi , 5 octobre 2022

Déclaration du FDP après l’échec du dialogue politique

Le dialogue politique inter-guinéen censé apaiser les tensions, décrisper le climat politique et ramener le consensus pour la tenue d’élections législatives libres, équitables et transparentes, a été clôturé après deux mois de laborieuses tractations. Le rapport final signé de toutes les parties-prenantes, sous l’égide de la Facilitation, a expressément mentionné en pages 8 et 9, les huit points d’accord suivants:

1. Respect de l’autorité de l’Etat ;
2. Libre exercice des activités politiques
3. Libre accès des partis politiques d’opposition aux médias ;
4. Neutralité de l’Administration ;
5. Annulation du travail effectué par le CENI en matière de composition des démembrements et recomposition de ceux-ci ;
6. Amendement de l’article 162 du Code électoral ;
7. Audit du fichier électoral ;
8. Révision des listes électorales conformément à la loi.

Un mois après ces assises, que constatons-nous ?

La situation politique est toujours bloquée. Il n’existe aucun consensus entre les acteurs politiques sur la conduite du processus électoral devant clôturer la transition.
Comme l’a montré le film des événements liés à la manifestation du 17 mars 2012 au Stade de Bonfi, l’opposition n’est toujours pas autorisée à mener ses activités librement comme le prescrit la loi. Contrairement à ce qu’a affirmé le Ministre de l’Administration du territoire, Alassane Condé lors de son interview sur TV5 Monde vendredi 9 mars 2012 à Paris, dans l’émission « Afrique Presse »,  les partis de l’opposition sont toujours empêchés d’exercer leurs activités sur toute l’étendue du territoire.  On ne voit que le RPG et ses satellites. A présent, l’autorité, même par abus de droit, ne prend plus la peine d’interdire formellement la manifestation qui est simplement bloquée par un dispositif sécuritaire monstre que rien ne justifiait. Le même jour, des attaques sont signalées contre le siège du RPG à Hamdallaye.
Contrairement à la lettre adressée par le Ministre chargé de l’Information, l’opposition est toujours interdite d’antennes publiques, radio et télévision. Ainsi, la conférence de presse tenue par le FDP à Conakry le 29 février 2012 n’a pas été retransmise, alors que les interventions de la CENI et d’autres groupes se disant de l’opposition mais liés à la mouvance, ont été abondamment diffusées dès le lendemain.
Le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MATD) devait en principe faire une circulaire aux gouverneurs, préfets, sous-préfets et élus locaux pour leur rappeler les dispositions légale en matière de libre exercice des activités politiques et l’obligation de neutralité de l’Administration. Or, rien ne semble avoir été fait dans ce sens. Bien au contraire, la chasse aux sorcières continue de plus belle dans l’Administration et dans les entreprises du secteur para-étatique pour obliger les citoyens, en violation de la loi, à adhérer au RPG-Arc-en Ciel, sous peine de perdre leur gagne-pain dans un pays où l’emploi privé est insignifiant. De paisibles citoyens sont agressés par les forces de l’ordre pour délit de faciès.
En ce qui concerne les différents points touchant au processus électoral, aucun changement n’a été enregistré par rapport aux pratiques précédentes de manque de transparence et de fuite en avant. Une nouvelle date des élections législatives a été annoncée péremptoirement par la CENI pour le 8 juillet 2012, alors même que toutes les informations disponibles sur l’état d’avancement des travaux, indiquent que cette date n’est pas objectivement tenable, tant les obstacles matériels sont nombreux, si on veut travailler avec un minimum de sérieux.
Une commission technique paritaire devait en principe mettre au point les termes de référence de l’audit du fichier électoral et travailler avec le PNUD afin de sélectionner un expert. Nous avions même désigné un ingénieur informaticien à cet effet pour nous représenter à cette commission, mais il n’a jamais été convoqué. La CENI continue d’annoncer tambour battant que l’audit du fichier sera achevé le 15 mars 2012 au plus tard!  
Quant à la question des démembrements, tout semble indiquer que la CENI, au lieu de se conformer à la conclusion non équivoque du Dialogue qui prescrit l’annulation des travaux antérieurs, veut se livrer à des actions de replâtrage, sans toucher le fond du problème, alors que la loi a été violée. Plutôt que de saisir les partis officiellement par courrier, la CENI continue de diffuser des communiqués radio qui n’engagent qu’elle.  
On ne voit pas dans ces conditions, comment on peut lancer les opérations de révision des listes électorales, alors même que le travail préparatoire en amont est bâclé et non transparent.

Comme beaucoup de Guinéens de bonne foi, nous avions cru en la possibilité de discuter fraternellement, autour d’une table, afin de trouver des solutions correctes aux problèmes de notre société. Mais le constat est clair : toutes les conclusions du Dialogue, sans exception, sont restées lettre-morte. Le Dialogue apparaît ainsi comme une coûteuse messe médiatique à usage externe qui n’avait d’autre objet que celui de faire illusion, sans rien changer à l’essentiel. C’est en vain que nous avions réclamé la signature d’un document officiel contraignant pour toutes les parties.
Au plan politique, nous sommes tombés plus bas qu’avant ces assises. La fracture communautaire ne fait que s’aggraver, au rythme de la persistance du RPG Arc en Ciel à vouloir installer la Guinée dans une  dictature moyenâgeuse basée sur la confiscation du pouvoir par certaines élites d’une région, la manipulation du communautarisme, l’opposition des nationalités et l’exclusion.
Au plan économique, la situation s’aggrave de jour en jour, rendant la vie absolument intenable pour des millions de gens. L’exaspération de la population est à son comble, comme l’ont montré les émeutes de Kindia. La seule réponse du gouvernement à ses carences est d’affirmer que dans quatre mois, tous les problèmes économiques et financiers de la Guinée seront résolus, comme par enchantement, avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays Pauvre et très endetté) de réduction de la dette. Or, contrairement à ce qui est affirmé, le PPTE n’apportera aucune ressource nouvelle. Il ne s’agit que du recyclage en Guinée des règlements de l’énorme dette que notre pays a tout le mal du monde à rembourser. Nous n’avons pas d’exemple en Afrique où l’atteinte de ce point d’achèvement a produit des miracles économiques et sociaux. Face au blocage politique et à la méfiance des bailleurs de fonds, le gouvernement cherchant désespérément de l’argent, s’est lancé dans toutes sortes d’initiatives non conventionnelles, car non transparentes pour s’en procurer et desserrer l’étau dans lequel il s’est enserré. Ainsi, nous avons eu la cession dans les conditions que l’on sait, à Bolloré des opérations du port de Conakry. Il y a eu ensuite le contrat passé avec Rio Tinto avec le paiement de 700 millions de Dollars US sous la forme d’avances sur impôts, c’est-à-dire en consommant les ressources à venir. Nous avons actuellement l’affaire non élucidée de la cession d’une partie des actions de l’Etat guinéen dans la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) à des intérêts tout aussi obscurs. Il faut rappeler que ce type de pratiques condamnées par les usages internationaux sont les mêmes que celles que nous avons toujours dénoncées dans le passé, car elles  relèvent de la terre brûlée. Les entreprises les plus importantes du pays se plaignent d’un harcèlement fiscal confinant au racket, où on leur réclame des montants aussi astronomiques que fantaisistes. La fermeture d’entreprise est devenue l’unique moyen de recouvrement utilisé par l’administration fiscale, au risque de tuer les rares entreprises qui fonctionnent encore.

Il est temps que la Guinée sorte enfin de cette instabilité et prenne le chemin de la renaissance. Un gouvernement qui se respecte se doit d’honorer sa signature. Nous mettons le pouvoir en garde contre le non-respect de la parole donnée. La persistance d’une telle attitude de fermeture ne fera qu’aggraver la situation et accréditer l’idée selon laquelle une médiation externe est indispensable pour résoudre la crise et sortir de cette impasse potentiellement dangereuse.

La dernière élection présidentielle n’était qu’une étape dans la sortie des  systèmes dictatoriaux du passé vers l’Etat de droit. Nous sommes toujours dans une transition qui impose à tous les acteurs politiques un minimum d’esprit de compromis et de retenue, pour surmonter nos difficultés.         
Un consensus politique minimum est la voie royale pour sortir du cercle vicieux de la crise politique et économique dans laquelle se débat désespérément notre pays. Les expédients de toutes sortes et les fuites en avant ne résoudront pas nos problèmes, bien au contraire, ils ne feront que les aggraver, prolongeant inutilement les souffrances de la population. 
Il est grand temps que chez nous, l’histoire ne soit qu’un éternel recommencement.

Fait à Conakry, le  20 mars 2012

Le Comité de Coordination du FDP