mercredi , 5 octobre 2022

DECLARATION N°3 FRONT D’UNION POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES (FDP) – UN AN DE POUVOIR CIVIL EN GUINEE – QUEL BILAN ?

A l’occasion des Cent jours du Président Alpha Condé au pouvoir, en avril 2011, nous avions fait une déclaration pour esquisser les grandes tendances qui se dégageaient des premiers pas du nouveau gouvernement.

A l’époque, tenant compte du lourd héritage légué par plus de cinquante ans de dictatures et de mauvaise gestion de la chose publique, de crimes politiques et économiques de toutes sortes, nous avions estimé que le recul n’était pas suffisant pour dresser un bilan objectif de l’action du RPG et de ses alliés. A présent, nous avons un an d’exercice permettant au mouvement d’opposition que nous sommes, de faire une première évaluation des résultats obtenus.

1. Situation politique

La situation politique est caractérisée par le vide constitutionnel qui persiste, en l’absence d’une assemblée de députés démocratiquement élue. Il n’y a toujours aucun contrepouvoir sérieux et efficace, face à l’omnipotence du président de la république qui exerce dans les faits, un pouvoir absolu, à l’opposé du partage des responsabilités qui est de règle dans le système démocratique auquel aspire le peuple de Guinée. Le blocage persiste au niveau de la CENI qui, jusqu’à une période récente, travaillait seule, en vase clos. Complètement décrédibilisée à l’issue du deuxième tour des élections présidentielles, ayant perdu la confiance de la majorité des acteurs politiques, cette institution doit subir une profonde restructuration, si on veut sortir du blocage actuel.
Les choix politiques exclusifs et ethnicistes du pouvoir ont infligé de sévères dommages au tissu communautaire, arrivé un moment au bord de la rupture. Le népotisme érigé en méthode de gouvernement a consacré dans les faits, les velléités de retour au système honni du Parti-Etat totalitaire.
Depuis peu, le Président de la République a pris l’initiative de relancer un dialogue politique qui n’est qu’à ses débuts. Son aboutissement heureux est une condition sine-qua none de la sortie de la crise actuelle. Nous y apporterons notre pierre, convaincus que la persistance de l’impasse politique actuelle ne profitera pas aux forces de démocratie et de progrès dans notre pays. Pour cela, nous avons toujours préconisé un dialogue franc, dans le respect mutuel, la recherche du compromis utile, pour une démocratie apaisée.

2.Economie

Les initiatives économiques du gouvernement se sont limitées aux mines et accessoirement à l’agriculture. Nous n’avons vu en place aucune politique conséquente d’industrialisation du pays. Le peu d’industries existantes se meurent, mettant à la rue des milliers de familles. L’environnement politique, infrastructurel, économique et juridique de notre pays est toujours aussi peu attrayant pour l’investissement. Pire, on constate que la politique économique du nouveau pouvoir est fortement teintée du «Tout par l’Etat ». C’est cette politique étatiste qui a fait faillite dans les années soixante et soixante dix et qui avait amené par contrecoup l’ultra-libéralisme du régime du Général Lansana Conté. En matière de commercialisation des produits agricoles par exemple, on en revient à la politique du Parti-Etat qui transforme chaque région en un ilot économique, sans contact avec le reste du pays. Le marché intérieur n’existe plus. Des produits comme le riz, qui sont en excédent ici sont en pénurie par là. Or, avec un Etat faible, une administration pléthorique, inefficace et corrompue comme le reconnaît le Président de la République, vouloir faire de l’Etat un agent économique majeur, ne peut conduire qu’à l’échec, une nouvelle fois. On se souvient encore du système injuste des «bons d’achat » qui passaient de main à la main pour acquérir des denrées et qui étaient le moteur de la corruption sous le règne du Parti-Etat. Nous n’avons jamais préconisé le recours à un libéralisme pur et dur qui, en Afrique est souvent compris comme la liberté de s’enrichir à n’importe quel prix. Pour nous, l’Etat moderne doit jouer un rôle d’incitation, d’orientation, de régulation, de soutien et de contrôle des forces du marchés, afin de garantir le respect des règles du jeu et protéger les plus faibles contre la cupidité des plus forts. Le secteur privé devrait être le moteur de la création des emplois. C’st le gisement d’emplois le plus sûr et le plus productif. 

3. Situation sociale

Jusqu’à présent, la politique gouvernementale ne s’est traduite par aucune amélioration des conditions misérables d’existence des populations. Les promesses de fourniture d’eau et d’électricité, de soins de qualité, de logements sociaux, etc., restent des vœux pieux. Malgré l’action gouvernementale dans l’agriculture, les prix des produits alimentaires restent hors de portée des consommateurs, entraînant une famine endémique dans le pays. Depuis un an, nous avons plutôt assisté à une aggravation de la misère, avec la poussée continue de l’inflation, alors que les revenus sont très faibles ou inexistants. Le chômage, particulièrement chez les jeunes ne connaît aucune décrue, au contraire! Le système éducatif est toujours comparable à une énorme usine de fabrique de chômeurs. Des milliers de jeunes et moins jeunes reprennent le chemin de l’exil, car ils n’entrevoient aucun espoir d’amélioration de leur sort sur place, dans un avenir prévisible. La grande inquiétude des jeunes pour leur avenir est que pour l’instant, la priorité des nouvelles autorités, c’est plutôt l’emploi des membres et sympathisants du parti au pouvoir ou ceux originaires de la même région que le Président, les autres étant considérés comme des «saboteurs ». Tous ces faits ont été dénoncés par les syndicats.

3. Gouvernance

Malgré les bonnes intentions affichées par le Président, nous sommes toujours loin de la moralisation des comportements, s’agissant du bien public. L’impunité est de règle. Même quand le Chef de l’Etat dénonce des détournements, il ne se passe rien. Les vieilles pratiques prédatrices des marchés de gré à gré de surfacturation, continuent. Le budget 2012 de l’Etat présenté au CNT est consacré en très grande partie au financement du train de vie de l’Etat (frais de personnel, missions, carburant et autres frais de fonctionnement ou dépenses de souveraineté), au lieu des investissements sociaux qui devraient être la priorité. Les audits maintes fois agités depuis plusieurs années, ne semblent destinés qu’à tenir en respect des opposants au pouvoir en place. Dans le domaine des mines, les compagnies étrangères opérant en Guinée refusent obstinément de se plier à la règle internationale de «Publier ce que vous payez». La concession du port de Conakry à BOLLORE (au lieu de GETMA) n’a pas fait le bonheur des opérateurs économiques. Au contraire, ceux-ci se plaignent de la lenteur excessive du traitement du fret maritime et le renchérissement des coûts. L’exigence de transparence totale de la politique économique et financière du gouvernement reste un objectif qui est loin d’être atteint.

NOS PROPOSITIONS

Il faut finaliser le plus rapidement possible la transition en tenant des élections législatives aux normes démocratiques. A cet effet, il convient de remettre le processus électoral sur les rails, sur la base du consensus entre tous les acteurs politiques : partis politiques, CENI, CNT, Gouvernement. La CENI doit être restructurée afin de respecter son caractère paritaire, consensuel et  indépendant (Majorité-Autres partis-Mouvement social-Administration).
La révision des listes électorales doit se faire dans la transparence et le respect des droits des citoyens, sans distinction de résidence, en Guinée comme à l’étranger. La date des élections doit être fixée de façon consensuelle, après s’être assuré que tous les électeurs ont reçu leurs cartes.
Tous les acteurs politiques de premier plan comme le FDP doivent être réintégrés dans les démembrements de la CENI et dans les CARLE.

Le dialogue politique inclusif doit continuer afin de garantir la tenue d’élections libres, équitables, crédibles et apaisées.

Fait à Conakry le 22 décembre 2011

Le Comité de Coordination du FDP