dimanche , 26 septembre 2021

Conakry: les immeubles et le sous-sol inquiètent les Géophysiciens

A Conakry tout comme dans ses périphéries, les immeubles, parfois avec souterrain, poussent comme des champignons ; les forages fleurissent. Ils sont construits sur des terrains méconnus des constructeurs. Les géotechniciens s’inquiètent

Si avant l’indépendance, les premières études géophysiques du sous-sol guinéen faisaient croire à une ‘’stabilité’’ du point de vue sismique, à partir de 1983 (date du tremblement du terre de Koubia dans Gaoual ) la pensée est tout autre : « Après le tremblement de 1983 à Koubia, il y a eu beaucoup d’autres notamment à Conakry, à Forécariah pour ne citer que ceux-ci. Il y a aussi d’autres parfois qui ne sont sensibles qu’à travers des appareils spéciaux qui peuvent les détecter. Donc la stabilité dont on parle est une stabilité relative… » explique Mohamed Dia, Directeur de l’Office National des Géo services.

Ce changement de statut aurait du amener des constructeurs à solliciter d’abord des études appropriées auprès des spécialistes avant de se lancer dans les constructions. Ce qui ne les a jamais préoccupés : « Il y a peu de constructeurs qui nous consultent.La plupart des sociétés et autres entreprises de construction font leurs travaux sans nous consulter. Malheureusement, la direction de l’Office National de Géo Services n’a pas les prérogatives qui lui permettraient de réprimer ou d’empêcher ce laisser aller. C’est le Ministère de l’Habitat qui a la légitimité de le faire. »

Tenant compte du fait que la Guinée est sur un territoire dont les mouvements tectoniques sont arrêtés contrairement à d’autres zones de la planète au Japon, aux Etats-Unis où ces mouvements sont en évolution, certains spécialistes, très optimistes, ne craignent pas des conséquences désastreuses pour la Guinée s’il y a des tremblements.

Au-delà de cet optimisme, le Directeur de l’Office, voulait, lui, être prudent sur la question: « On ne peut le dire de façon d’emblée mais c’est que nous(les Guinéens : NDLR) sommes à l’abri de grands dommages comme les autres pays de moindres résistances…»

Si les entreprises de constructions, explique M Dia, continuent à construire sans consulter les spécialistes: « Cela peut avoir des répercussions dans le futur. En plus, ceux qui construisent font bouffer beaucoup d’argent aux propriétaires. Si l’on ne connais pas le terrain sur lequel on est en train de bâtir, on s’expose à des aléas. On peut construire partout mais chaque type de sol correspond à un modèle de fondation appropriée. Même si ton sol est bon, les gens peuvent se retrouver dans l’alternative d’un mauvais choix, soit du modèle de fondation soit de la qualité des matériaux. Le sol peut s’averer inapte et très mauvais alors qu’on le croit très bon. Il y a aussi les dépenses. Là où l’on doit dépenser cent millions, on payera jusqu’à trois cents millions»


Conakry, un bassin rempli

A Conakry, les sols sont hétérogènes. Il est facile, selon les spécialistes, de constater même sur 20 mètres ces variations qui sont d’ordre géologique et qui peuvent dépendre des conditions de formation ou de dépôt.

Dans ce vaste bassin qui a été rempli, doit-on, dans ces conditions, construire des immeubles et des souterrains?

« Il ne faut pas que des constructeurs s’hasardent, même si les forces de l’Etat ne les arrêtent pas, à construire sans faire des études et de ne pas s’amuser avec, parce que c’est dans leur intérêt d’abord et celui des citoyens ensuite. On peut faire des sous-sols à Conakry. Cela dépend de l’utilisation qu’on veut en faire et des réalités du sol. Il y a des endroits où le niveau d’eau est élevé. Donc c’est humide, on ne peut pas interposer certains types de produits encore mois en faire des habitations. Par contre, on peut faire de ces lieux des parkings… »

L’Etat doit aider les services de l’Urbanisme et l’Habitat chargés de ces inspections à avoir des équipements permettant de suivre, de surveiller et d’empêcher les gens de construire n’importe comment et n’importe où. La loi est claire et elle dit de consulter les services compétents avant toutes constructions.