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« Il y avait une opacité dans la gestion…»

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Dans cet entretien accordé à notre reporter avant la décision de la Cour constitutionnelle confiant la présidence par intérim de la CENI à Kader Aziz Camara, le directeur du Département Formation et Accréditation de la CENI est revenu sur les raisons de la destitution de Bakary Fofana. Selon Jacques Gbonimy, l'État doit prendre ses responsabilités pour que la passation de services entre Bakary Fofana et Me Salifou Kébé se fasse.


L'Indépendant :
la CENI est traversée par une crise, un bicéphalisme. Me Salifou Kébé et Bakary Fofana, chacun de son côté, se réclame être le président légitime de l'institution. Dites-nous, qu'est ce qui se passe à la CENI ?

Jacques Gbonimy : bon ! Nous avons fait une élection le 4 Juillet dernier qui a connu une participation massive des commissaires. Sur les 23 en activités, 19 ont été présents dans la salle. Sur les 19, 18 ont voté pour Me Amadou Salifou Kébé. Donc, pour nous, ce n'est pas un bicéphalisme. Il s'agit peut-être quelque part que l'État prenne ses responsabilités pour que la passation se fasse. C'est une affaire interne à la CENI qui a été réglée à l'interne par les commissaires. On ne comprend pas pourquoi jusqu'ici les choses traînent. On pouvait parler de bicéphalisme, si Bakary pouvait convoquer même le bureau pour faire des réunions à plus forte raison convoquer la plénière. Mais aujourd'hui, il ne peut pas faire les deux choses. Et le pouvoir à la CENI c'est ça, puisque les décisions se prennent en plénière. Le bureau fait des propositions à la plénière, c'est elle qui valide et le bureau exécute. Si maintenant, Bakary s'assoie seul, il ne veut pas céder le bureau, il ne veut pas céder le véhicule, nous pensons qu'il n'y a pas de bicéphalisme à la CENI. On attend plutôt que l'État prenne la décision de faire une passation pour aller aux choses sérieuses, aux objectifs qui sont devant nous, qui sont les élections locales.

Quelles sont les raisons de la destitution de Bakary Fofana ?


Les décisions de la plénière n'étaient pas appliquées. Il y avait une opacité dans la gestion des moyens matériels et financiers. Je crois que c'est l'un des principaux points parce qu'on a demandé à ce qu'il y ait un outil de transparence qui est le comité de gestion et M. Bakary a dit non, ni le code électoral ni la loi qui crée la CENI ne parle de comité de gestion. On a vu que dans notre règlement intérieur, il y a une cellule de suivi des moyens matériels et financiers. C'est un outil de transparence que nous avons décidé de mettre en place depuis 2012, mais qui n'a jamais vu son application. On a dit d'accord, on ne crée pas un comité, mais on crée une cellule de suivi des moyens matériels et financiers dans laquelle, on verse le contenu du comité, puisque c'est le même contenu. Et c'est ce qu'il n'a pas voulu. C'est ce qui a amené la réaction des commissaires en faisant cette lettre de pétition, de motion défiance pour convoquer cette plénière élective.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que les commissaires sont manipulés à partir de la présidence ?

Ceux qui le disent sont des ignorants. Je ne sais pas comment on peut être manipulés. On a fait une lettre de pétition dans laquelle, on a relevé tous les dysfonctionnements que la CENI a connus. Et les difficultés actuelles que nous avons connues il y a quelques mois à partir de nos démembrements qui ne sont pas payés depuis 6 mois, de même que les assistants techniques qui sont auprès de ces démembrements et qui sont des employés de la CENI qui ne sont pas payés au même titre que ces démembrements. Ce sont des problèmes réels. Comment on peut être manipulé puisqu'on dit, il n'y a pas d'argent dans les comptes de l'Institution. On a voulu savoir s'il n'y a pas réellement d'argent parce qu'on ne connaît pas ce qui est dans le compte bancaire. Donc, c'est par ignorance que les gens disent que nous sommes manipulés. Ce sont des problèmes réels qu'on a soulevés. Ce ne sont pas des choses montées de toute pièce. Ceux qui pensent ainsi, ce sont vraiment des ignorants, ils ne savent pas ce qui se passe.

La passation de service qui était programmée ce 7 Août, a été reportée à la dernière minute. Est-ce qu'on peut savoir le motif de ce report ?


Je ne suis pas dans le secret de l'autorité administrative. Mais nous pensons qu'après tout ce qu'on a fait, le Ministère de l'Administration devait prendre la responsabilité pour venir faire la passation. Mais retenez que c'est aussi un ministère de l'État. Il faut qu'il reçoive l'ordre de l'autorité supérieure. Donc, je pense que cet ordre-là, n'est pas donné au Ministère de l'Administration du Territoire pour venir faire la passation. De toutes les façons, on est en train de prendre des dispositions, pour pouvoir produire le chronogramme dans les meilleurs délais pour aller aux élections. Mais il faut retenir que tant que la passation n'est pas faite, on n'est pas informés de la gestion passée et même de l'actif de la CENI. Donc, la passation est nécessaire entre le président sortant et l'actuel qui est Me Salifou Kébé.

A vous entendre, tant que la passation n'est pas faite, vous êtes dans un blocus ?

Bloqué par endroit. On peut mener des activités, on peut monter des projets, on peut faire le projet de chronogramme, mais si le président n'a pas la signature à la banque et autres, on ne sera pas actif comme on doit l'être. C'est pourquoi, il faut que nous sachions quelles sont les possibilités de la CENI maintenant. Je crois qu'il revient au Gouvernement de donner les moyens à la CENI pour aller faire ce travail, produire un chronogramme et faire tout ce qu'il y a à faire comme activités d'urgence pour aller vite aux élections locales.

Est-ce que techniquement, c'est possible d'organiser les élections avant la fin de l'année 2017 ?

C'est le chronogramme qui le dira. On vient d'avoir le code électoral qui était un élément de blocus pour nous. Parce qu'avec la combinaison des élections communales et des élections de quartiers et de districts, on avait besoin de ce code, pour voir comment on va marcher. C'est le cadre juridique, le support principal de tout ce que nous avons à faire en terme de chronogramme, en terme de planification puisque le chronogramme se fait sur la base des délais. Et ces délais, sont généralement des délais légaux. C'est le code électoral qui peut nous donner ça. Maintenant que nous avons le code, il suffit de nous mettre en plein droit de nos pouvoirs et mettre les moyens à disposition pour aller au travail.

Certains sollicitent le couplage de ces élections à celles des législatives. Est-ce que la CENI a la capacité de les coupler ?

Ça, ce n'est pas à l'ordre du jour de la CENI. Si nous devons produire un chronogramme, ce sont les élections locales qui sont concernées. Nous allons produire un chronogramme pour les élections locales, pas pour les législatives qui sont encore loin de nous. Le couplage si ça a lieu, ça ne sera qu'une décision politique qui va peut-être s'imposer à nous. Mais pour le moment, ce n'est pas à l'ordre du jour.

Est-ce que le budget de ces élections est prévu dans la loi de finance 2017 ?


En fait, il y a un des éminents députés, le président du groupe parlementaire de la mouvance qui a dit que non, ce n'est pas mis dans les opérations parce que la date n'était pas encore fixée, mais que c'est prévu dans les dépenses communes. Donc, on suppose que l'argent des élections locales existe avec le ministère des Finances et quand le chronogramme va sortir, alors les moyens vont être mis à la disposition de la CENI. Et puisque nous avons décidé de gérer maintenant les fonds de l'État et des partenaires dans la transparence avec la mise en place d'une Cellule de suivi des moyens matériels et financiers, j'invite l'État à nous faire confiance et les partenaires aussi à nous soutenir parce que leurs moyens ne vont pas être dilapidés comme on l'a vécu par le passé.

Pourquoi la CENI ne participait pas aux travaux du comité de suivi des accords du 12 Octobre 2016 ?

Tout ça, c'est le résultat de la mauvaise gouvernance à la CENI. On est en train de parler des accords. Ce sont les accords qui ont demandé de mettre en place un comité de suivi. Pourquoi la CENI refuse d'aller là-bas. C'est ce dernier temps que le vice-président est allé nous représenter au moment où le Ministre de l'Administration qui se plaignait tout le temps était maintenant fatigué. Mais on va revoir toute cette situation pour que la CENI soit encore mieux représentée. On ne doit pas bouder ce comité-là.

Un commissaire de la CENI annonce son retour dans l'arène politique dès après la fin du mandat des commissaires en 2019. Est-ce que c'est le cas chez vous ?

Celui qui veut le faire, s'est déjà annoncé sur certaines radios. Mais bon, puisqu'il est d'abord à la CENI, l'avenir dira si ce qu'il a dit c'est vrai ou faux. Quant à ma personne, je n'ai rien à dire pour ce moment. Nous sommes à la CENI jusqu'en 2019 selon ce que la loi prévoit. On ne sait pas ce qui doit arriver en 2019. Donc, je suis libre de retourner en politique ou de continuer à aller sur le plan technique dans les institutions parce que mon expérience me permet de travailler dans les institutions internationales. Ce sont des alternatives qui peuvent s'offrir à nous. C'est pourquoi fermer la CENI aujourd'hui ou demain, ce n'est pas un souci pour moi.

Votre message à l'endroit des autorités ?


L'autorité ne doit pas regarder le fruit en train de pourrir et continuer à rester inactive. Il revient au pouvoir exécutif d'aller au secours des institutions quand il y a des problèmes. Nous avons fait une élection légale conformément aux textes qui nous régissent. Je crois que le résultat n'est pas contestable parce que la loi nous le permet.

Il s'agit pour l'autorité de prendre ses responsabilités maintenant pour asseoir l'autorité de la CENI. Je crois que le Chef de l'État a la volonté d'aller aux élections, mais il a aussi le devoir de régler le problème à la CENI et de mettre les moyens à la disposition de l'Institution électorale pour aller à ces élections qui ont traîné depuis 11 ou 12 ans maintenant. Le peuple de Guinée a aujourd'hui besoin d'aller à ces élections. Nous avons aussi les moyens techniques, il faut mettre à notre disposition les moyens financiers pour réaliser ces élections locales.

Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo

Source : L'Indépendant