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CENI : Les sacrifices, les relations avec des marabouts n’auraient pas suffi à sécuriser

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Deux événements viennent de secouer la Commission électorale nationale indépendante (CENI) la semaine dernière. Le premier est le décès du Commissaire Alpha Yéro Condé dont les obsèques dignes de son rang ont été organisées lundi 3 juillet 2017.

Au-delà de ses qualités de grand communiquant et d’expert électoral largement louées par plusieurs témoignages, je retiens de l’homme son humeur joviale, toujours rieur et taquin.  Une petite anecdote illustre bien ce caractère : un matin, Yéro Condé fait un tour à la bibliothèque de son institution, il y trouve deux personnes en conversation, le bibliothécaire et le secrétaire général. Il leur dit bonjour, puis ajoute : « Voilà bien deux pièces muséales qui ornent la bibliothèque », allusion aux âges avancés des deux personnes. C’est le bibliothécaire qui lui répond dans le même langage humoristique : « Bienvenue à la troisième pièce muséale, prenez place ». C’était donc cela Alpha Yéro, un pince-sans-rire génial.
Le second événement est la destitution par ses collègues Commissaires de Bakary Fofana jusque-là président de la CENI. En fait cette révolution de palais couvait depuis deux mois, elle ne visait pas au départ le débarquement du président, mais vu l’entêtement de ce dernier à refuser toute collaboration et tout règlement à l’amiable, les Commissaires n’avaient le choix que de passer à la vitesse supérieure survenue mardi 4 juillet 2017 par un vote massif réglementaire pour un remaniement partiel du bureau de la CENI dans le poste de la présidence. Sur 19 Commissaires présents, 18 accordent leurs voix à maître Amadou Salifou Kébé, contre 1 voix pour Bakary. Les résultats sont manifestement sans appel.

Il faut rappeler que Bakary a commencé à bouder sans raison les assemblées plénières de la CENI depuis début mai 2017, suite à quoi ses collègues lui ont adressé une lettre-pétition énumérant plusieurs griefs dont entre autres : le disfonctionnement des structures de la CENI, la méfiance des acteurs politiques, la concentration entre les mains du seul président de toutes les prérogatives de l’assemblée plénière, la gestion opaque des ressources de la CENI.

L’orgueil plat et insensé de l’homme l’empêchera de reconnaître les griefs énumérés, et de faire amande honorable. Alors ce qui devait arriver est arrivé, sa mise à l’écart du fauteuil présidentiel, ce qui représente à ses yeux une humiliation qu’il n’est pas prêt d’accepter. Il s’agite, va de déclaration en déclaration avec des arguments farfelus qui font que nombre d’observateurs doutent de son niveau de formation ou de sa moralité. Le personnel de la CENI et le grand public attendent plutôt, avec impatience, la fin de l’événement qui sera consacrée par la passation de service.

Aux dires de ses détracteurs, les multiples sacrifices ou dons de Bakary en relation avec des marabouts, charlatans et autres bonimenteurs n’auraient pas suffi à le sécuriser contre ses adversaires. Est-il encore en mesure de clamer comme dans la plupart de ses discours : « Cela ne me fait ni chaud, ni froid ?»

O. TIERO (Le Démocrate)