jeudi , 22 avril 2021

« Nabayagate » : l’accusée blanchie par le gouvernement sans enquête préalable

L’information diffusée par la presse a provoqué une onde de choc jeudi dans le landerneau administration en Guinée. Ce jour, le monde apprend que la ministre de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Zenab Dramé, serait trempée dans de gros scandales financiers présumés portant sur plus de 200 milliards de francs guinéens (20 millions d’euros). Une somme faramineuse qui aurait disparu de manière mystérieuse des caisses de l’Etat pendant son passage aux ministères de l’Agriculture et de la Santé comme DAF, puis à l’Enseignement technique comme ministre. 

Le pot aux roses aurait été découvert par le président de la République, selon Guinee7.com, grâce à la mauvaise gestion d’un fonds de plus d’un million d’euros de l’Agence française de développement (AFD) destiné à la lutte contre le Coronavirus et qui aurait pris une destination moins…technique. 

La révélation de cette série de scandales rocambolesques présumés a poussé la principale concernée, Zenab Dramé, connue sous le nom Zenab Nabaya, habituellement loquace et aux verbes faciles, à se remettre au jugement divin. 

« J’insiste, je n’ai rien à me reprocher ni à cacher. Le moment venu, la vérité sera connue de tous et Dieu rendra justice », s’est-elle défendue sur Facebook.

« A la veille du remaniement ministériel qui aiguise les pires appétits et nourrit des tensions mortelles  entre d’innombrables “ministrables”, je sais que jusque sous mes pieds, une course est engagée pour ma succession, semble-t-il, ouverte. Je ne m’en préoccupe pas. Mais, mon honneur et ma réputation de femme, si. Au prix de ma vie, je les défendrai. Il y a le procès des hommes et le tribunal de Dieu », a-t-elle ajouté. 

Mais l’argument de la jeune ministre dont la nomination était une prime à la politique de rajeunissement et de féminisation de l’administration publique passe difficilement. 

Une solidarité gouvernementale suicidaire 

Sous d’autres cieux, le gouvernement ou d’autres services mieux indiqués se seraient saisis d’un tel dossier pour ouvrir des investigations, situer les responsabilités et dans le cas échéant, blanchir les accusés. Tout ça au terme d’un travail fait avec professionnalisme et minutie.

En Guinée, dans un contexte marqué par le début d’un troisième mandat placé sous le signe de la lutte contre l’impunité et le détournement de deniers publics, une telle démarche aurait rassuré l’opinion internationale et les guinéens qui se sont investis pour accorder un troisième mandat (de trop) à Alpha Condé. 

Mais au lieu de cela, le gouvernement Kassory a préféré organiser une riposte bancale et aux conséquences périlleuses.

En Conseil des ministres, placé sous la président du Chef de l’Etat lui-même, le gouvernement a battu en brèche les révélations, les qualifiant « d’informations diffamatoires ». 

« Le Conseil a déploré la diffusion par certains médias d’informations diffamatoires sur un membre du Gouvernement autour d’un détournement qui porterait sur des montants faramineux sans en apporter la moindre preuve. Le Conseil  encourage la HAC à veiller à l’application des règles d’éthique et de déontologie ainsi qu’au respect des dispositions pertinentes de la Loi sur la liberté de la Presse », a-t-il écrit.  

Pourquoi une telle sortie hasardeuse et précipitée du gouvernement ? Le scandale qu’il convient de baptiser « Nabayagate » peut-il avoir d’importantes ramifications au point de faire couler d’autres ministres et affaiblir le régime ?  L’avenir nous édifiera. 

En attendant, cette solidarité gouvernementale affichée à l’endroit de la ministre Zenab Dramé, sans investigation préalable aucune, dans une affaire qui pourrait avoir de ramifications, vient compromettre, dangereusement, tout espoir de voir Alpha Condé d’engager une lutte sans merci contre la corruption durant son troisième mandat. 

Mamady Fofana

 

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