jeudi , 24 septembre 2020

«IBK», président contesté devenu symbole de l’impuissance de l’État malien

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, qui a démissionné dans la nuit de mardi à mercredi après une révolte militaire, est devenu le symbole de l’impuissance de l’État dans un pays déchiré par les attaques djihadistes et les violences communautaires.

«IBK», 75 ans, au pouvoir depuis 2013, a été arrêté mardi par des soldats mutinés qui ont fraternisé avec des manifestants après avoir pris le contrôle du camp militaire de Kati, près de Bamako. C’est l’aboutissement d’une crise déclenchée en juin avec l’éclosion d’une contestation lancée par une coalition hétéroclite de chefs religieux, d’hommes politiques et de membres de la société civile. Le «Mouvement du 5 juin» (M5-RFP), en réclamant le départ du président Keïta, exprimait l’exaspération nourrie par les milliers de victimes ces dernières années des attaques djihadistes et des violences intercommunautaires, par le spectacle de l’impuissance de l’État, la crise des services publics et de l’école et la perception d’une corruption répandue. Mais aussi par une crise économique aggravée par l’impact de la pandémie de Covid-19.

Le week-end du 10 juillet, une manifestation avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers, les plus graves à Bamako depuis le coup d’État de 2012.

Une jeunesse dans les écoles françaises

Le chef de l’État essuyait jusqu’ici sans trop de dommages les critiques d’une opposition divisée, fort du soutien de la communauté internationale, et notamment de la France, ex-puissance coloniale, qui s’appuie sur lui dans la lutte contre les djihadistes. Face à la contestation, «IBK» avait assuré que sa main était «toujours tendue» et, sous la médiation de la Cédéao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest), avait accepté l’idée de former un gouvernement d’union nationale. Un virage délicat pour ce natif de Koutiala (sud), qui a gardé de sa fréquentation de prestigieux établissements français dans sa jeunesse non seulement un phrasé châtié, mais aussi une conception centralisatrice du pouvoir. «Il est pour un pouvoir fort, centralisé, c’est sûr», affirme un ancien compagnon de route.
Mais les dirigeants de la contestation ont décliné les gestes d’ouverture du chef de l’État et les appels de la Cédéao, en réitérant leur «demande de démission du président Ibrahim Boubacar Keïta et (de) son régime». Une crise qui a pris un tour d’autant plus personnel pour «IBK» que les contestataires ont continuellement désigné à la vindicte son fils Karim, présenté comme un noceur, qui a démissionné mi-juillet de l’importante présidence de la commission parlementaire de la Défense.

Élu en 2013 après l’intervention internationale contre les djihadistes
Ibrahim Boubacar Keïta a connu une ascension fulgurante sous Alpha Oumar Konaré, premier président (1992-2002) de l’ère démocratique du Mali. Premier ministre de 1994 à 2000, Keïta, qui se réclame de la gauche, mate alors sans états d’âme une crise scolaire et des grèves qui paralysent le Mali, et ferraille contre l’opposition. De cette période, il gardera une image de fermeté. Il se présente à l’élection présidentielle de 2002 mais n’arrive qu’en troisième position. Amadou Toumani Touré, dit «ATT», un militaire en retraite, l’emporte au second tour et se fait réélire dès le premier tour en 2007, devant «IBK». À l’élection présidentielle de 2013, après l’intervention internationale lancée à l’initiative de la France contre les djihadistes, Ibrahim Boubacar Keïta, considéré comme un recours, tient sa revanche en accédant au palais de Koulouba, le siège de la présidence malienne. Il sera réélu en 2018 face à Soumaïla Cissé, leader de l’opposition détenu par de présumés jihadistes depuis mars dernier.

AFP

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