jeudi , 13 août 2020

Kankan : Nanfo Diaby, la prière de trop

Nanfo Diaby (centre de la photo ci-dessus), du nom du prédicateur musulman qui avait créé la polémique l’an dernier en officiant la prière dans la langue maternelle Maninka, a été arrêté jeudi dernier dans sa ville natale de Kankan, selon plusieurs sources.


C’est en compagnie d’un de ses amis que le  »récalcitrant » pour ainsi dire a été mis aux arrêts et conduit vers une destination inconnue.

Mais que reproche-t-on au promoteur de Nko, un système d’écriture qui valorise la culture et la langue Maninka?

L’an dernier, Diaby avait créé la polémique durant le ramadan en faisant la prière musulmane dans sa langue maternelle Maninka, l’un des deux plus grands groupe ethnique du pays avec le Pular..

Plutôt que de dire  »Allahou akbar » en arabe, lui préférait à cela  »Allah lékabon » qui en arabe comme en Maninka veut dire  »Seul Dieu est grand ».

A ce qui pourrait être considéré comme un crime de lèse majesté dans cette partie de la savane guinéenne, le quinquagénaire s’est vu tout de suite rappeler à l’ordre.

Le secrétariat régional de la Ligue islamique s’était même fendu d’un communiqué pour condamner avec force ce qu’il pouvait, à la limite, comparer à un blasphème.

La mosquée dans laquelle il faisait ses prières a été littéralement fermée et il recevait une interdiction formelle de diriger la prière musulmane.

En présence du clergé musulman et des sages de la contrée, Nanfo s’était défendu en expliquant qu’il acceptait d’arrêter de diriger la prière en Maninka dans les mosquées publiques, cependant il continuerait de la diriger chez lui à la maison.

Mieux, il avait mis au defi n’importe quel savant musulman de lui montrer un seul verset du coran où il est écrit qu’on ne doit prier dans aucune autre langue que l’arabe. A ce jour, il semble que personne n’ait encore été capable de lui relever ce défi.

Pour lui, l’islam est descendu chez les arabes mais aucun texte sacré ne dit clairement que Dieu est arabe.

Dans son argumentaire, Nanfo explique qu’il est en parfaite intelligence avec Dieu qui l’entend et exauce ses vœux depuis plus de dix ans qu’il prie dans sa langue.

 »Si je suis dans l’égarement, alors laissez Dieu me punir, cela ne devrait préoccuper personne d’autre que moi », disait-il.

S’il est vrai qu’il ne dirige plus les prières publiques, mais les rangs de ses fidèles ne font que grossir depuis qu’Il les fait chez lui à la maison.

Et c’est justement de là que les ennuis du religieux ne font que croître.

Il faut rappeler que l’an dernier, Nanfo Diaby avait reçu le soutien des cercles intellectuels et celui non des moindres du célèbre écrivain guinéen, le prix Renaudot Thierno Monènembo.

Alpha Camara

 

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