dimanche , 5 avril 2020

Dopage : la Russie est exclue des Jeux olympiques pendant quatre ans

Le pays ne pourra pas participer aux Jeux de 2020 au Japon ni à ceux de 2022 en Chine.


L’Agence mondiale antidopage (AMA) a décidé lundi d’exclure la Russie des Jeux olympiques pendant quatre ans comme sanction pour la falsification des données de contrôles remises à l’agence.

La nouvelle a été confirmée par un porte-parole de l’AMA à l’issue du comité exécutif réuni à Lausanne.

La liste complète des recommandations [de sanctions du Comité de révision de la conformité] a été approuvée à l’unanimité des 12 membres du comité exécutif, a-t-il précisé.

Le Comité de révision de la conformité recommandait notamment l’exclusion du drapeau russe des JO et de tout championnat du monde pendant quatre ans, avec la possible présence d’athlètes russes sous drapeau « neutre ».

Cela signifie que les athlètes russes, s’ils veulent participer aux Jeux olympiques ou paralympiques ou à tout autre événement majeur figurant dans les recommandations, devront démontrer qu’ils ne sont pas impliqués dans les programmes de dopage décrits par les rapports McLaren ou que leurs échantillons n’ont pas été falsifiés, a expliqué le porte-parole.

De plus, aucun représentant du gouvernement russe ne peut siéger désormais au bureau ou dans tout comité d’un signataire du Code mondial antidopage, donc de toute fédération sportive internationale.

Il est à confirmer si cette sanction s’applique au président russe Vladimir Poutine, président honoraire de la Fédération internationale de judo (IJF), titre honorifique, mais très symbolique.

Les sanctions s’accompagnent d’une déclaration de non-conformité au Code mondial antidopage de l’Agence russe antidopage (RUSADA).

Aucune chance en appel


La décision de l’AMA peut être contestée dans un délai de 21 jours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), par la RUSADA ou par le Comité olympique russe (ROC) ou par toute fédération internationale qui serait concernée.

L’appel serait en principe suspensif et les sanctions ne seraient applicables qu’une fois confirmées par le TAS.

Le patron de la RUSADA Iouri Ganous a réagi, lundi, à l’annonce de la décision de l’AMA.

« Cette exclusion est une tragédie pour les athlètes honnêtes, et il n’y a aucune chance de gagner [en appel] devant un tribunal », a dit M. Ganous.

« Les athlètes propres voient leurs droits être limités », a-t-il précisé.

Il dénonce depuis des semaines les manipulations de données orchestrées selon lui par de hauts responsables russes pour couvrir des athlètes dopés.

Le Kremlin réagit

« Toutes ces décisions se répètent contre des sportifs qui ont déjà été punis […], ce qui fait penser à la poursuite d’une hystérie antirusse devenue chronique », a déclaré Medvedev, cité par les agences russes.

Il a dit souhaiter que les « instances sportives compétentes » russes fassent appel de la décision de l’AMA, même s’il est « clair qu’il y a de sérieux problèmes de dopage au sein de notre monde sportif ».

Les fédérations sportives russes pensent aux athlètes
Les patrons de plusieurs fédérations russes se sont dits prêts, lundi, à envoyer des représentants aux Jeux de 2020, sous drapeau neutre.

« Il faut aller aux JO quelle que soit la situation », a déclaré le président de la Fédération russe de natation, Vladimir Salnikov, cité par l’agence Ria Novosti.

« Bien sûr qu’on préfère que nos athlètes participent sous drapeau russe et entendent l’hymne de leur pays. Mais les circonstances peuvent être autres, […] personne n’a le droit de priver les athlètes honnêtes de leurs rêves », a-t-il ajouté.

Même approche du président des fédérations de water-polo, du plongeon et de la natation artistique, Alexeï Vlassenko.

« Si [participer sous drapeau neutre] est la seule possibilité, il faut y aller et gagner. Nos athlètes propres, j’en suis sûr, démontreront qu’ils sont forts, même dans ces circonstances », a dit M. Vlassenko.

Le patron de la Fédération de handball, Sergueï Chichkarev, a lui aussi dit que les équipes russes participeront à la compétition même si le drapeau russe ne flotte pas pendant les Jeux de 2020.

Parmi les autres mesures approuvées lundi par l’AMA, figure l’interdiction pendant quatre ans d’attribuer l’organisation de compétitions internationales (JO et championnats du monde).

Cette suspension est la conséquence de la falsification de données de contrôles antidopage fournies par la Russie à l’Agence mondiale antidopage au début de l’année.

Les experts informatiques mandatés par l’AMA ont découvert que « des centaines » de résultats suspects avaient été effacés de ces données, pour certains entre décembre 2018 et janvier 2019, juste avant leur remise.

Le lanceur d’alerte Rodtchenkov est content
L’ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou Grigori Rodtchenkov, en fuite aux États-Unis, s’est réjoui des sanctions infligées par l’AMA à la Russie.

« Cela faisait longtemps que j’attendais la décision d’aujourd’hui, qui reconnaît que la Russie ne se conforme pas au Code mondial antidopage », a-t-il écrit dans un communiqué, ajoutant qu’« enfin, les fraudes, les mensonges et les falsifications de proportion inimaginable ont été punis ».

Ce lanceur d’alerte s’était fait connaître du grand public en 2016 en révélant que les JO d’hiver de Sotchi en 2014 avaient été le théâtre d’une triche systématique en faveur des Russes, arrivés en tête au tableau des médailles.

Il avait notamment dénoncé un système de dopage d’État dans son pays, conduisant à un scandale sans précédent dans le sport international.

Grigori Rodtchenkov vit maintenant en exil aux États-Unis.

« Mais on peut faire encore plus », a-t-il jugé dans son communiqué transmis à l’AFP lundi, appelant à des « punitions rétroactives ».

« Les résultats des JO de Londres et de Sotchi doivent être réanalysés et réexaminés selon les nouvelles connaissances que nous avons dorénavant », a-t-il ajouté.

« Les athlètes dopés ne font pas ça seuls. Des docteurs, des entraîneurs et des agents leur fournissent des substances dopantes, les conseillent et les protègent. Dans le système russe de dopage d’État, il y a une défense des tricheurs organisée par l’État », a-t-il encore déclaré.

AFP

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