mercredi , 20 mars 2019

Malaise politico-diplomatique à Conakry après le discours choc de l’ambassadeur russe

Les éloges peu diplomatiques de l’ambassadeur de Russie en Guinée, Alexandre Bregadze, mercredi, à l’endroit du président guinéen Alpha Condé ont provoqué le courroux de l’opposition et suscité un malaise dans le milieu diplomatique. Décryptage. 

Pour ses vœux du nouvel An au locataire du Palais Sèkhoutoureyah, le plus ancien des ambassadeurs accrédités en Guinée, Alexandre Bregadze, est allé plus fort. 

Utilisant les qualificatifs les plus élogieux et moins conformistes, le représentant de Moscou en Guinée a d’abord salué la bonne dynamique de l’économie guinéenne depuis l’arrivé de Condé au pouvoir. Croissance économique forte, PIB en progression, production énergétique en hausse, Bregadze a pratiquement tressé des couronnes à Alpha Condé et dressé le bilan de ses huit années de gestion à la place du gouvernement guinéens.

« Connaissez-vous beaucoup de pays en Afrique qui font mieux ? Vous connaissez beaucoup de présidents en Afrique qui font mieux ? », a-t-il lancé à l’endroit d’un auditoire visiblement stupéfait et qui, pour la circonstance, rappelons-le, était composé d’ambassadeurs, de représentants d’institutions internationales, présidents des institutions nationales.

Appelant l’assistance à être « objectif » et « réaliste », il a dit être témoin d’une grande réussite de la Guinée et de son président.

Seulement, tous ces éloges pouvaient être moins gênants si et seulement si l’ambassadeur de Russie Alexandre Bregadze n’avait pas affiché son penchant en faveur de la révision de la constitution.

Dans un langage clair, précis et concis, il a lâché, telle une bombe la démarche à suivre.

« Malheureusement, « le principe d’alternance » qui domine beaucoup de Constitutions dans le monde (mais pas toutes, heureusement) impose la mentalité de revanche : « c’est notre tour !». « Maintenant c’est nous qui devons diriger le pays ! ». Mais pourquoi si, en général tout va bien et la perspective est bonne ? Mais parce que c’est tout simplement notre tour ! Et on va s’imposer même par la force, par la violence, par la provocation, par le mensonge. C’est ça la philosophie qui inspire certaines personnalités pour exécuter dans la lettre certains articles de certaines Constitutions. Mais les Constitutions ne sont pas ni dogmes, ni Bibles, ni Corans. Les Constitutions s’adaptent à la réalité, mais pas les réalités qui s’adaptent aux Constitutions. Même chez les chrétiens il y a le Nouveau Testament et l’Ancien Testament ».

En clair, pour l’œil  de Moscou, les guinéens peuvent faire de la constitution actuelle qui empêche Alpha Condé de briguer un troisième mandat leur Ancien Testament. Et le troquer contre un Nouveau Testament à écrire.

Les propos du diplomate ont provoqué un malaise dans les milieux feutrés des diplomates basés dans la capitale guinéenne.

Pour certains ambassadeurs qui parlent moins fort que le russe, Doyen des ambassadeurs en Guinée, ce dernier s’est exprimé au nom de son pays et pas au nom de la communauté diplomatique.

Sur l’échiquier politique guinéen, l’onde de choc a été violent à tel point que l’opposition vite pris l’ambassadeur pour un apôtre du diable. Celui-là même par qui le projet présumé de révision constitutionnelle va prospérer en Guinée.

Le tirs ont été groupés. Le vice-président de l’UFDG, Fodé Oussou Fofana, a vite qualifié les propos de « non-évènements ».

Le président du Bloc libéral a lui, préféré montré au diplomate son rôle qui consiste à défendre les intérêts de son pays en Guinée. « L’ambassadeur doit faire preuve de retenue. Mais le comportement que nous constatons de la part de l’ambassadeur de Russie, c’est regarder nos textes constitutionnels avec mépris peut-être au nom des intérêt inavoués », a dit Faya Millimouno. 

Le chef de file de l’opposition a déploré à son tour une ingérence « indécente » dans les affaires intérieures de la Guinée, avant d’accuser le diplomate de s’être porté « défenseur du troisième mandat ».

L’opposition dans son ensemble a manifesté le souhait de voir le corps diplomatique dans son ensemble condamner la sortie de l’ambassadeur russe. 

« Lui-même peut-être qu’il n’est pas suffisamment réfléchi », a fulminé Cellou Dalein Diallo en faisant allusion à Alexandre Bregadze. « Nous demandons aux autres ambassadeurs de prendre position par rapport à cela. Nous allons essayer de saisir le gouvernement russe sur cette déclaration qui est contraire aux traditions du gouvernement russe dans ses relations avec les pays africains et particulièrement avec la Guinée », a-t-il conclu. 

 

Par Mamady Fofana

 

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