dimanche , 21 octobre 2018

Guinée : les circuits troubles des devises de la Banque centrale

Les autorités guinéennes ont mis au jour un système de placement des réserves en dollars de la Banque centrale à des fins privées. Enquête.

Avant de s’envoler pour Pékin où il devait assister, les 3 et 4 septembre, au Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), Alpha Condé a laissé éclater sa colère à la lecture d’un rapport de ses services sur la gestion des réserves en dollars de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG).

Rédigé par le colonel Moussa Tiégboro Camara, patron de la répression des crimes économiques et du grand banditisme, ce document confidentiel, dont La Lettre du Continent a pris connaissance, met directement en cause la haute hiérarchie de la Banque centrale ainsi que la société Managed Security Services-Sarl (MSS-Sarl), chargée de convoyer vers Dubaï les devises en dollars de la Guinée pour le compte de la BCRG.

Le rapport évoque l’existence d’un circuit parallèle qui permettait à certains de placer les dollars de la BCRG sur des comptes privés, où ils généraient des intérêts significatifs. L’argent ainsi dégagé était utilisé pendant plusieurs mois pour alimenter des investissements privés, notamment dans le commerce de l’or, avant d’être reversé, en totalité ou en partie, sur les comptes officiels de la BCRG. MSS-Sarl a ainsi investi plusieurs millions $ dans une mine d’or à Mandiana. Le passif de ces opérations s’élève pour l’Etat à près de 20 millions $ (17,3 millions €), non restitués à la BCRG par les convoyeurs de fonds et leurs complices.

Selon nos sources, Alpha Condé a demandé à Moussa Tiégboro Camara de démanteler l’ensemble du réseau tout en ordonnant une enquête administrative. Celle-ci a d’ores et déjà été confiée au ministre d’Etat chargé des affaires présidentielles, Mohamed Diané. Créé le 14 mars 2013 à Conakry, MSS-Sarl est détenu à 90% par un homme d’affaires mauritanien, Yacoub Abdallahi Sidya, qui a quitté précipitamment la Guinée, mi-août, ainsi que par le commerçant guinéen Amadou Dioum (7%) et un étudiant de 24 ans, Namory Condé (3%), qui n’est autre que le fils de l’actuel ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, le général Boureima Condé.

La Lettre du Continent

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