samedi , 18 août 2018

RDC: foule immense pour le retour de Bemba au plus fort des incertitudes électorales

Une foule immense et hostile au pouvoir a salué mercredi le retour à Kinshasa de l’ex-chef de guerre et ex-vice-président Jean-Pierre Bemba, qui veut s’inviter dès jeudi dans la course à la succession du président Joseph Kabila en République démocratique du Congo.

De l’aéroport au centre-ville, des dizaines de milliers de personnes ont accueilli M. Bemba, 55 ans, pour son retour après onze ans d’absence dont dix derrière les barreaux d’une prison de la Cour pénale internationale (CPI). Quelques gaz lacrymogènes ont été tirés par la police vers l’aéroport.

Il s’agit du rassemblement le plus important en RDC depuis deux ans et le retour d’un autre opposant, Etienne Tshisekedi, en juillet 2016.

Toute manifestation était interdite depuis les journées meurtrières de septembre et décembre 2016, où les forces de sécurité avaient tiré sur des manifestants qui demandaient le départ du président Kabila à la fin de son dernier mandat fin 2016.

« Kabila oyebele (ndlr: méfie-toi), le mandat a pris fin », « Adieu Kabila », « Bemba rase lui cette barbe blanche…: tout au long du trajet, les manifestants venus de la « cité » n’ont pas fait mystère de leurs préférences politiques, à en juger par les slogans et chants entendus par deux journalistes de l’AFP.

« Le dernier épisode de la série Kabila se joue aujourd’hui. Le film est à sa fin », a lancé une infirmière, Angélique.

M. Bemba revient en RDC une semaine avant la date-butoir pour le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre et qui doit organiser le départ du président Kabila.

Le chef de l’Etat, qui ne peut plus se représenter, affirme qu’il respectera la Constitution, mais il n’a toujours pas désigné de « dauphin » au sein de sa majorité présidentielle.
Pour cette élection à un tour, M. Bemba fait jeu égal avec les deux autres ténors de l’opposition, Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi, selon les intentions de vote d’un sondage présenté mardi par les universitaires du Groupe des experts du Congo. Il plaide pour une « candidature unique » de l’opposition.

M. Bemba a pu tester sa propre popularité à Kinshasa avant son autre retour prévu samedi dans son fief de l’Equateur (nord-ouest) où il a régné les armes à la main lors du chaos des années 1998-2003 dans l’ex-Zaïre.

La manifestation de mercredi n’était ni formellement interdite par les autorités ni tout à fait autorisée comme le souhaitait les partisans de M. Bemba.

– « Pas de débordements » –

Le Mouvement de libération du Congo de M. Bemba a d’ailleurs dénoncé un « déni de droit » et même « la maltraitance que subit le sénateur Jean-Pierre Bemba ».

En cause: le rythme du cortège. La police a tiré quelques gaz lacrymogènes et demandé au convoi d’accélérer en sortant de l’aéroport pour éviter des célébrations qui s’étirent dans la durée.

« J’espère juste qu’il n’y aura pas de débordements et que tout se passera le mieux possible. J’espère qu’il n’y aura pas de provocations non plus », avait déclaré M. Bemba au journal belge Le Soir juste avant son départ de Bruxelles.

En début d’après-midi, M. Bemba se trouvait au siège de son parti le Mouvement de Libération du Congo (MLC) où est passé le chef de la police de Kinshasa Sylvano Kasongo.

Un dernier détail restait à régler: son point de chute finale à « Kin ». Les autorités ne souhaitent pas que l’ex vice-président s’installe dans une résidence familiale toute proche de la résidence officielle du chef de l’Etat, d’après le MLC.
Depuis, le rival malheureux du président Kabila aux élections de 2006 a passé dix ans dans les prisons de la CPI, condamné en juin 2016 à une peine de 18 ans pour des exactions de sa milice en Centrafrique en 2002-2003.

Son acquittement-surprise en juin avait provoqué la joie de ses fidèles dans l’ouest de la RDC et une certaine mansuétude des « Katangais » du pouvoir, qui ont facilité son retour au pays.

Après son dépôt de candidature, M. Bemba compte se rendre samedi dans son fief familial de Gemena (nord-ouest) sur la tombe de son père, un homme d’affaires qui a fait fortune à l’époque du maréchal Mobutu. C’est d’ailleurs là-bas, dans la province de l’ex-Equateur, qu’il aurait voulu commencer son test de popularité pour son retour au pays – mais il en a été empêché par les autorités.

AFP

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