dimanche , 18 novembre 2018

Dialogue : Opposition et mouvance ne se trompent pas au sujet du Général Bouréma Condé

La personnalité consensuelle désignée vendredi 23 septembre 2016 pourrait aider à changer la donne, rendre acceptables les desiderata de l’opposition et permettre l’application des recommandations issues des dialogues précédents.

 

Mais c’est si le président Condé, qui a facilité la reprise du dialogue, ne saisissait pas encore l’occasion pour gagner du temps et remettre la tenue des élections aux calendes grecques.

Le 5e dialogue politique inter guinéen ouvert jeudi 22 septembre 2016 au Palais du peuple de Conakry a quatre points à l’ordre du jour.

Premièrement, le calendrier et les modalités de mise en œuvre des dispositions convenues lors des précédents dialogues, notamment celles prévues
dans l’Accord du 20 août 2015.

Cette thématique constitue le noeud gordien des concertations à cause de ses liens aux élections communales et locales, l’indemnisation des victimes
de pillage des manifestations politiques et l’assainissement du fichier électoral.

Deuxièmement, la mise en place de l’organe chargé de suivi de l’application des recommandations du présent dialogue.

Pour les autres points, à savoir la libération de toutes les personnes arrêtées et détenues pendant les manifestations politiques, et la mise en place
de la Haute cour de justice, les acteurs sont d’accord. Le consensus a prévalu lors de la seconde journée.


La première victoire de la mouvance

 

Parmi les conditions de sa participation au cadre de concertation, l’opposition avait exigé que la présidence du cadre ne soit pas assurée par un proche
de la mouvance présidentielle, mais par une personnalité neutre et consensuelle. Cette exigence vole en éclats. Une stratégie ou un arrangement?
Durant la seconde journée l’opposition a misé elle aussi sur le ministre général Bouréma Condé proposé par la mouvance présidentielle. Est-ce parce qu’il a été un fidèle collaborateur du régime Conté auquel l’actuel chef de l’opposition doit sa nomination au poste de Premier ministre?

Dans tous les cas, le choix du général Bouréma Condé a l’agrément de toutes les parties. A l’unanimité, il est désigné pour s’installer au sommet du
présidium.

Même si cela est considéré par nombre d’observateurs comme une victoire des manœuvriers d’Alpha Condé qui ont saisi là une belle occasion de marquer des points sans difficulté. Voire tenir le volant du véhicule et rouler à un rythme qui ne permet pas d’arriver à temps voulu par l’opposition au point de départ de la course électorale.

Le président du groupe parlementaire Rpg Arc-en-ciel Amadou Damaro Camara s’en félicite, en ces termes. «Nos amis de l’opposition ont gentiment
accepté le choix du ministre Bouréma Condé pour présider le dialogue».

Quelle mouche a piqué la délégation de l’opposition pour lâcher prise si vite ? Le ministre Bouréma Condé est-il digne de confiance?

Pour Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition, ce choix se justifie d’une part, par la qualité des débats ayant caractérisé le début du
dialogue. De l’autre, par le fait que le président du cadre du dialogue n’interagit pas dans les discours des uns et des autres et dans leurs interventions
respectives.

«De toute façon, les positions qui sont exprimées sont discutées dans un cadre, pour le moment en tout cas totalement apaisé et démocratique. Donc, nous nous sommes dit que ce cadre est convenable et que ce n’est pas la peine pour le moment de bouleverser le présidium et d’amener une autre personne alors qu’on a déjà une première. Nous continuons à faire confiance au ministre de l’Administration du territoire en espérant que ce
cadre équitable puisse continuer et permettre à chaque partie de s’exprimer librement ».

En justifiant ainsi le choix, Aboubacar Sylla et les siens mettent la mouvance et le gouvernement devant leurs responsabilités. Ils n’oublient
pas que le choix du général Bouréma Condé n’a nécessité aucun engagement. Évidemment, on ne vient pas autour de la table avec une idée arrêtée.

Pour harmoniser les positions et faire évoluer les pourparlers, faire des concessions s’impose à chaque partie prenante.

Les critiques estiment qu’il serait inadmissible, si c’est le cas, de concéder sa position sans aucune contrepartie du camp adverse. Cela s’apparenterait
à un manque de discernement et ou de maturité.

Là, les représentants de l’opposition auraient tout simplement dû demander des garanties au lieu d’affirmer leur confiance à un ministre comme général Bouréma Condé qui, on le sait, est capable de verser des larmes avec un seul oeil pour susciter la compassion et gagner ainsi la sympathie de
l’adversaire avant de le tacler.

Récuser le ministre de la Justice Me Cheick Sako pour tomber dans les bras de celui de l’Administration du territoire, général Bouréma Condé est le
résultat d’une pire folie, commentent certains analystes. Mais en pareil cas, quel choix judicieux pouvaient faire les cinq représentants de l’opposition
entre la peste et le choléra, étant donné que Sako, récusé et accusé de fourberie, reste malgré tout plus crédible aux yeux de l’opinion et moins
démagogue que son successeur au présidum?

A l’analyse, les cinq de l’opposition étaient dans le même état psychologique que leurs homologues de la mouvance présidentielle. En fait, l’histoire est têtue. Sous le régime Conté, le général Bouréma Condé, à l’époque préfet, et membre influent de l’administration territoriale, s’était illustré comme la bête noire des Rpgistes qu’il martyrisait à volonté.

Si certains de ses anciennes victimes ont pris sur eux le choix de le désigner, les cinq de l’opposition sachant que leur champion est aussi un ancien
membre du régime Conté, ont certainement trouvé bon de jouer la carte Bouréma Condé et se préparer à faire face aux conséquences – heureuses ou malheureuses – qui en découleraient.

Le nœud gordien

Signe important. Au moment où les acteurs politiques se retrouvent au Palais du peuple pour dialoguer et défricher la voie qui mène aux élections, la Ceni est déjà loin, très loin, dans la course. Elle a même pris de l’avance en fixant la tenue des élections découplées le 18 décembre 2016.

Le consensus prévaut pendant les journées du dialogue au Palais du peuple. Tout avance bien, mais les problèmes créés par la Ceni pourraient tout
remettre en cause. La raison? L’opposition avait exigé l’arrêt des activités de la Ceni. Le temps pour les acteurs de la classe politique de se retrouver
dans un cadre de dialogue propice pour définir ensemble le calendrier et les modalités du scrutin à organiser. Mais à cette allure, rien n’indique que
la date et le choix d’élections découplées fixés par la Ceni soient réversibles.

Même si c’était le cas, le processus électoral est pratiquement chamboulé pour cette année. Puisque l’arrêt momentané des activités liées au
processus électoral pourrait éventuellement servir de prétexte à la Ceni pour exiger le report à nouveau des élections sans aucune possibilité
qu’elles aient lieu avant la fin du premier trimestre 2017.

Face à la situation, les acteurs politiques sont comme placés sur une pente glissante. Il leur est difficile de remonter sans trébucher et par ricochet cautionner le report presqu’inéluctable des élections locales.

Reste que seul Alpha Condé peut donner une chance à la tenue de élections avant la fin de l’année. Car, il est le seul capable de faire demander à la
Ceni de bien vouloir stopper son machin et d’attendre le feu vert du cadre du dialogue en cours.

Le fera-t-il, lui qui entretient encore un flou artistique autour d’un éventuel mandat à vie ? On verra bien !

In Le Populaire

 

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