mardi , 19 novembre 2019

Affaire Ousmane Gaoual: Flagrant… délire ? (Par Saliou Samb)

Habitué à la provocation et aux excès – il n’est malheureusement pas le seul dans cet exercice ! -, le député de l’UFDG, Ousmane Gaoual Diallo, a largement monopolisé les médias ces derniers jours, volant la vedette aux ténors de la scène politique guinéenne.

 

A l’index, sa saillie hallucinante du 30 Juillet, à l’occasion de l’assemblée générale ordinaire du principal parti d’opposition en Guinée, où le meilleur ami du boss de Tané corporation s’est (encore) laissé aller. Et c’est le moins que l’on puisse dire.

Dans la bataille juridique qui a suivi l’interpellation d’Ousmane Gaoual, chacun, se fondant sur l’interprétation des textes de loi de la part des juristes qui se sont relayés dans la presse, y est allé de sa voix. Pour les uns, la procédure devant aboutir à l’interpellation du député de l’UFDG n’a non seulement pas été respectée, mais le flagrant délit invoqué par le procureur pour justifier la mise au frais de trublion est tout simplement bancal.

Pour d’autres, qui rejettent les arguments des défenseurs d’Ousmane Gaoual, non seulement la procédure de flagrance est régulière mais, selon eux, l’immunité parlementaire n’intervient que pour un député agissant strictement dans l’exercice de ses fonctions.

Conduit devant un juge, Ousmane Gaoual après 3 jours de garde à vue, va tranquillement humer l’air de la liberté en attendant son procès prévu le 10 Août. Une « grande victoire » pour l’opposition a estimé la majorité de la presse mais les choses ne sont aussi simples… Quelle que soit l’issue du procès, il semble que l’UFDG a joué une excellente carte en communiquant bien avant le camp présidentiel sur le délit « d’outrage » ou « offense » au chef de l’Etat, étouffant ainsi dans l’œuf les vraies infractions commises par le conseiller politique de Cellou Dalein Diallo.

Un banal délit d’opinion assimilé à un crime de lèse-majesté, courant dans un contexte démocratique, est beaucoup plus facile à défendre ; Ousmane Gaoual présenté habilement comme un « prisonnier politique » dont la liberté d’expression voudrait être étouffée par le président guinéen, cela donnait peu de marge au tribunal.

Par contre, en dépit des parallèles désastreux que les « spécialistes du droit » (pour emprunter la formule ironique du ministre de la justice) ont tenté de rafistoler, l’appel et l’incitation au meurtre, la mise en danger de la vie d’autrui, les menaces de mort, etc. ne sont pas des infractions collées couramment à des enfants de chœur.

« Dès maintenant, il faut qu’on localise les parents de Bantama Sow, de Malick Sakhon, de Hady Barry et tous ces pyromanes. Qu’on cherche leurs familles à Conakry parce que si un enfant est blessé, il faut qu’ils le paient dans leur propre chair (…) Il faut que Bantama Sow sache qu’on ira jusqu’à Bantama, son village à Mamou, pour chercher ses parents s’il provoque la violence dans ce pays.

Quand on va enterrer nos morts, qu’il aille aussi à Mamou enterrer ses parents » ; Ousmane Gaoual  a tenu textuellement ces propos en les assaisonnant de mots comme « guerre civile », « carnage » et « génocide ». Le délire total ! En tout état de cause, la sortie maladroite du responsable de l’UFDG ne sera pas sans conséquence.

Au mieux, elle rappellera les principes éthiques aux politiciens qui refusent obstinément de peser leurs mots ; cela pourrait contribuer à calmer les esprits surchauffés. Au pire, elle provoquera des conséquences regrettables qui pourraient cette fois-ci conduire son auteur directement au gnouf. Et pour un bon bout de temps…


Par Saliou SAMB

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