vendredi , 22 novembre 2019

Réactions de quelques journalistes à propos de la liberté de la presse en Guinée

A l’occasion de la célébration de la Journée Mondiale de Liberté de la presse ce mardi 3 mai, votre quotidien en ligne Kaloumpresse.com a tendu son micro à certains journalistes guinéens. Leurs constats sur les conditions de l’exercice du métier de journalisme en Guinée.


Sidi Diallo, Secrétaire général  du syndicat  de la presse privée en Guinée :

 »La liberté de la presse est un peu respectée en Guinée, mais avec difficultés.  Vous savez très bien dans quelles conditions nous avons traversé les trois dernières années. Et n’oubliez pas la situation de  nos collègues à  Womey,  notre confère Koula Diallo tué en février dernier, sans oublier la disparition physique de Chérif Diallo. Jusqu’à présent, nous sommes sans nouvelles de lui et cela fait un an maintenant. Certains collègues ont été ou sont actuellement détenus. Tout cela est inquiétant. Je ne peux dire qu’il n’y pas de liberté de presse. Mais s’il y en  a, c’est avec beaucoup de difficultés. L’appel  que je vais lancer aux autorités guinéennes, c’est de vraiment respecter cette loi en dépénalisant effectivement les délits de presse. On ne peut pas continuer de voir nos amis dans les prisons. Je  lance l’appelle aux patrons de presse d’améliorer les conditions de vie et de travail des journalistes. On entend aujourd’hui que trois de nos collègues sont arrêtés. Je ne dirais pas que c’est une raison principale qui les a poussés à le faire. Mais la plupart  d’entre nous n’a pas de situation claire. Donc, il faut que les patrons de presse acceptent  de bien traiter les gens, quitte à diminuer les effectifs et à maintenir les bons journalistes afin d’avoir de bons résultats ».

Hassane Kaba, Directeur  Général de la Maison de la Presse de Guinée :

 »La liberté de la presse est relativement respectée en  République de Guinée. Je dis bien relativement, parce que si, d’un côté, on  peut se réjouir du fait que très peu  de journalistes sont jetés en prison pour ne pas dire  qu’il n’y en a même pas même, s’il y a un procès en cours concernant trois de nos confrères,  je peux dire à l’instant même que et jusqu’à preuve du contraire aucun journalistes à ce jour  n’est privé de sa liberté.  Pour des infractions liées aux  délie de presse, il n’y en a pas et  cela est réjouissant a plus d’un titre. Mais de l’autre côté, en matière de liberté de presse ce n’est pas suffisant. Toute liberté doit être assumée. Et pour qu’elle  soit complètement assumée, c’est les moyens  financiers. Et  tant qu’il y aura des journalistes mal payés ou pas du tout payés en Guinée,  alors qu’ils sont parfois dans les besoins que je qualifierais de besoins primaires, ils sont assez fragiles, exposés. À ce niveau, il y a une grande bataille à mener   et à poursuivre. De l’autre côté, il y a souvent des entraves avec quelques éléments  des forces de sécurité.  Les journalistes sont  parfois pris à partie dans les QG des partis politiques. C’est des choses très malheureusement qui continuent en Guinée.   Dans les pays les plus développés les journalistes respectent la déontologie de  leur métier. Mais en Guinées, tel n’est pas le cas. 
Aux autorités guinéennes, je dirais que nous avons un besoin crucial. Il n’y a même pas de survie pour certains patrons de presse. La subvention de cette année va être un peu diminuée. Je demande  aux autorités de se pencher sur ce sujet-là et de favoriser les conditions propices au développement des médias en République de Guinée. Je demanderais aussi  à nos confères  journalistes, en essayant de se former  davantage, de respecter le code de l’éthique et de la déontologie du métier de journalisme. Si nous acceptons de balayer devant notre propre porte, il  va de soi que la population aura plus confiance en nous. Si vous êtes  des journalistes alimentaires, des journalistes irresponsables, ce n’est pas une bonne image que la société  aura de nous. Nous avons un rôle important à jouer dans la société guinéenne ».

Younoussa Bangoura, journaliste à  Matinguinee.com:

 »La liberté de la presse est respectée à moitié en Guinée dans la mesure où jusqu’à présent, il n’y a pas eu de journaliste qui soit condamné en Guinée. Mais de l’autre côté, les responsables des médias ne prennent pas leur responsabilité parce qu’il n’y a aucune rédaction en Guinée qui peut  dire qu’elle respecte  le traitement de ses journalistes en ce qui concerne le paiement des salaires et l’amélioration des conditions de vie. Dans la recherche de l’information, il y a des risques à  franchir et les journalistes sont totalement exposés à ces risques, alors que les responsables de presse et les associations ne jettent même pas un coût d’œil sur cet état de fait. Donc il reste beaucoup de  choses à faire à  ce sujet. Je lance un appel à  l’endroit des autorités guinéennes. Les associations comme AGUIPEL, AGEPI et d’autres ne jouent pas aussi leur rôle car elles n’attendent que la subvention. Elles ne montent pas de projets de formation pour les journalistes. »


Sémah Katouma Camara, journaliste à la radio Atlantique Fm

« Les journalistes sont parfois menacés, intimidés dans l’exercice de leur métier. Les journalistes sont parfois tués. Le dernier cas en date est l’assassinat de notre confrère Mohamed Koula Diallo qui a  reçu une balle dans son corps alors qu’il exerçait son métier de journalisme. Chose qui  est déplorable. Pour le moment, il n’y a aucun journaliste  en prison pour des motifs liés à l’exercice de son métier. Ce que nous pouvons accepter et féliciter.
Ce que je  peux dire aux autorités guinéennes, c’est de renforcer la sécurité des médias. Un pays sans médias, c’est un pays qui est voué à l’échec. Un pays sans médias, c’est un pays sans informations. Donc les personnes qui doivent informer, ce sont les médias. Ils doivent être sécurisés. Je lance un appel  aux ministres de la Justice, de la Communication. Ces derniers temps d’ailleurs,  les ministres qui viennent à la Communication ne jouent pas leur rôle. Les journalistes sont parfois intimidés et ce sont parfois les associations de presse qui régissent à travers des déclarations.  »

Propos recueillis par Sériane Théa

 

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