jeudi , 4 juin 2020

SÉNÉGAL/POST-REFERENDUM: Pour que le référendum n’aura pas été un gâchis

Le Sénégal vient de tourner la page de son dernier referendum. Initialement prévu, dans l’esprit du citoyen « ordinaire », pour que les sénégalais se prononcent sur le souhait du Chef de l’État de réduire le mandat présidentiel de sept(7) à cinq(5) ans, ce rendez-vous du peuple avec l’histoire a vu deux(2) camps battre campagne, l’un pour le « NON »,  l’autre pour le « OUI ». Il a été émaillé de quelques « bizarreries » et le « OUI » l’a remporté, finalement.

Près d’un mois après la fameuse consultation, les acteurs de la scène politique sénégalaise continuent de nous gratifier d’une « prolongation » dont on pourrait bien se passer.

Le résultat du referendum allait, sans l’ombre d’un doute, être bien meilleur pour les partisans du « OUI » si le Président de la République avait maintenu le cap en respectant sa promesse. Nous l’avons dit dans une contribution antérieure à l’évènement. Aujourd’hui, on est tenté de dire qu’avec 62,7% des voies exprimées, le « Oui » est passé presque « in extremis ».

LA raison à cela, parmi d’autres raisons, serait l’attitude du Président Sall qui, après avoir consulté le Conseil Constitutionnel à propos de la réduction du mandat présidentiel, avait choisi de suivre la « décision » rendue par ladite Institution, décision selon laquelle cette réduction ne devrait pas concerner le mandat en cours. Notre cher Président venait, ainsi, de remettre en question une promesse vieille de quatre ans, faite au peuple sénégalais et répétée presque partout dans le monde.

Une certaine fertilité d’esprit amènerait à penser, aujourd’hui, que le Président Sall voulait ménager la chèvre et le chou (ou couper la poire en deux, c’est selon). Quoi qu’il en soit, le voilà, en tout cas, qui sert à ceux-là de ses « colistiers » défavorables à la réduction de ses mandats à lui, au moins un de sept(7) ans. Ce délicat choix du Droit au détriment de la Parole donnée/Parole d’honneur avait frustré plus d’un. À chacun son code d’honneur, pourrait-on dire. Cela avait alors fait naître deux(2) groupes.

Aussi cosmopolite l’un que l’autre. Le « front du OUI » et le « front du NON », comme d’aucuns eurent vite fait de les appeler, avaient donc battu campagne pour convaincre leurs concitoyens à les rejoindre dans leurs différentes positions.

Certes, « la beauté d’un tapis provient de la diversité de ses couleurs », comme disait le sage Ahmadou Hampaté Bâ, mais cette campagne pour le « OUI » ou pour le « NON » a mis à nue, également, la persistance de certaines vilaines pratiques qu’on croyait révolues. Les manœuvres d’intimidation, l’achat de conscience, l’intox, la désinformation…, autant de pratiques qu’on constatait pour les dénoncer, lors des joutes électorales « classiques ». Qu’elles soient présidentielles, législatives ou locales.

C’est à croire, d’ailleurs, que certains acteurs s’étaient trompés de rendez-vous. Parce que les uns et les autres n’ont pas su (ou n’ont pas voulu) faire la différence entre le « vote électoral » et le « vote référendaire ». Il est arrivé, en effet, que des responsables politiques s’en soient pris au Pouvoir en place (au Président de la République, particulièrement) ou à l’Opposition, selon qu’ils fussent partisans de l’un ou de l’autre camp. Elaguant ainsi le sujet, ou le reléguant au second plan.

Mais le Président Sall, lui-même, n’avait-il pas donné le ton, avec ce chant de gloire bien connu des sénégalais, entonné dès l’entame de la campagne, et devenu son cri de guerre pour la circonstance: « on a beau détester Untel, cultivateur, cela n’empêche pas la pluie d’arroser son champ ».

Et au soir du 20 mars, chacune des deux parties revendiquait, déjà, la victoire. Le « front du NON » pour avoir tenu en échec l’adversaire du jour, l’ayant privé d’une victoire à la hauteur de ses grands moyens déployés. Le « front du OUI »  pour avoir réussi à faire passer son « OUI » contre vents et marais.
Quid du faible taux de participation ? (pour ne pas dire du fort taux d’abstention).

Cela aurait indubitablement un lien (hormis ce que d’aucuns n’ont pas hésité à prendre pour un dédit) avec la grande surprise du citoyen lambda qui s’est vu proposer une liste d’une quinzaine de points portant sur la « réforme des institutions », lui qui s’attendait à devoir répondre à la seule et unique question sur la réduction du mandat présidentiel. Une liste dont beaucoup de sénégalais n’ont pas eu le temps de s’imprégner du contenu à défaut de se l’approprier, encore que certains n’y auraient pas compris grand-chose. Il ne s’agissait, donc, plus de se prononcer uniquement sur la durée du mandat présidentiel, mais plutôt sur les « quelques réformes institutionnelles » proposées.

Maintenant que le referendum est passé, l’heure ne devrait plus être à la récupération politique, ni à un triomphalisme mal placé, encore moins aux menaces de représailles comme certains ont très vite fait d’en manifester l’intention. Mais près d’un mois après ce referendum, il est aisé de constater que certains continuent encore de tenir des propos, méprisants parfois, dont on pourrait bien faire l’économie, surtout si c’est uniquement pour donner la réplique à ceux qui semblent taper sur le sillon après le passage du reptile.

Comment peut-on donner une fessée à un enfant et vouloir l’empêcher de pleurer? Nous invitons les uns et les autres à plus d’humilité (c’est à l’arbre de l’humilité que germe le fruit de la sagesse, dit-on), à défaut de pouvoir vraiment tourner la page, comme beaucoup l’ont déjà fait.

Ce qui reste à faire kay, c’est plutôt tirer de l’événement et de ce qui a précédé, les enseignements qu’il faut (« ku yeewu tey, danuko naxoon démb », n’est-ce pas?), et faire en sorte que les retombées de tout cela soient profitables au Sénégal et aux sénégalais. Pour que ce referendum n’aura pas été un énorme gâchis. Nous en appelons au sens de la responsabilité des uns et des autres, pour un Sénégal meilleur, pour un sénégalais meilleur.

Pape O.B.H. Diouf                                                           avril 2016

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