mercredi , 26 juin 2019

SENEGAL: « wakh wakhète », le « cas » Macky (?)

Le Référendum tant attendu au Sénégal est maintenant fixé au 20 mars prochain. Dans l’esprit du citoyen lambda, cette consultation était prévue, essentiellement, pour que le peuple se prononce sur la réduction ou non de la mandature présidentielle, de sept(7) à cinq(5) ans.


Sur fond de la fameuse promesse faite par le Président Sall, de se l’appliquer. Mais, selon le Conseil Contitutionnel, cette réduction ne devrait pas être rétroactive. Ce qui porte un grand coup à l’espoir que les sénégalais nourrissaient par rapport à ce prochain référendum.

Il y a quelques mois, beaucoup de sénégalais auraient parié la tête de leur taaw (pour les grandes personnes) ou juré « par la ceinture de leur… » (pour les plus jeunes), que le Président Sall allait respecter sa « décision » de réduire le mandat présidentiel au Sénégal et se l’appliquer. Le « OUI » l’aurait alors emporté très massivement, sans aucun doute.


Aujourd’hui, il semble en être tout autrement pour certains, d’aucuns allant jusqu’à taxer l’actuel Président de la République de parjure, comme on le fît à son prédécesseur et non moins  « père politique ». Mais si parjure il y a, ici, n’en sommes-nous pas complices quelque-part? Volontairement ou involontairement? Ne sommes-nous pas, tous, responsables de ce qui nous arrive actuellement?


Les rares sorties du Président Sall, sur le sujet, ont été invariables et presque aussi rassurantes les unes que les autres. L’on est même tenté de dire que ceux qui n’ont pas cru à sa sincérité, chercheraient plutôt à nous faire prendre le Président Sall pour un cynique. Car, peut-on être plus cynique, pour un Président de la République, que d’aller crier sous les toits du monde entier (pour ainsi dire), sa décision de respecter une promesse faite à son peuple, alors qu’on n’aurait aucune intention de la respecter? Quand on sait que le respect de la parole donnée revêt un caractère sacré chez nous, le cynisme est, alors, à son comble. Soyons, donc, un peu plus raisonnables.

Le candidat qu’était monsieur Macky Sall, à l’élection présidentielle de février/mars 2012, savait-il, déjà, lorsqu’il tenait ses propos, que la Constitution ne lui permettrait pas d’appliquer la réduction, à son mandat en cours? Nous osons croire, au risque de nous tromper peut-être, que la réponse à cette question est: non. Rien que cela est grave, diront certains, puisque révélateur d’une certaine négligeance de sa part, qui lui fait ignorer un aspect important de  notre Constitution.

Aspect qui, pourtant, le concernait directement, en tant que candidat à la Présidentielle. Ce qui est plus grave encore, pour d’autres, c’est d’avoir tenu en halèine et en otage tout un peuple, pour lui servir, aprés quatre longues années d’attente et de suspens, une autre … »décision ». Celle du Conseil Constitutionnel, institution juridique qu’il s’est fait le devoir de consulter « pour avis », et qui vient noyer nos espoirs dans la confusion, en nous rappelant que dans une République, le Droit (peut) prime(r) sur la Morale.

Mais qu’avons-nous fait, nous autres citoyens, nous autres surtout, qui nous réclamons d’une certaine intellectualité (ou d’un certain intellectualisme), durant ces quatre ans, pour que les choses ne prennent pas la tournure actuelle? Que nos éminents juristes (les constitutionalistes notamment), ont-ils fait, en ces quatre ans, pour éclairer notre lanterne, ceux-là dont la compétence, pour la plupart d’entre eux, ne souffre d’aucune contestation? Ni dans ce pays-là, ni ailleurs?


C’est à croire que notre cher Président a hypnotisé tout le monde et administré à ses concitoyens une forte dose d’anesthésiant, pour que nous lui laissions le si beau rôle de « maître du jeu ». Autant il avait tout le temps, en quatre ans, d’étudier la réalisabilité ou non de son noble souhait, et/ou de créer les conditions de sa concrétisation, autant nous autres, citoyens, nous autres intellectuels surtout, avions, en quatre ans, tout le temps d’éplucher, page par page, la Constitution de ce pays et tout ce affairant à la chose, et éventuellement porter le débat à temps et plus efficacement sur la place publique. Mea culpa, pour ma part. Nous aurions, alors, « agi la situation » comme disait mon professeur de philosophie (non pas « agir SUR la situation »), au lieu de subir la situation.

« L’homme est une bouteille noire », dit un proverbe chinois. L’on ne saurait, donc, connaître son contenu, a priori. Aussi, l’on ne pourrait savoir d’une personne, que ce qu’elle voudrait bien que nous sachions d’elle. Ainsi, ne saurions-nous ne pas reconnaître au Président Sall sa sincérité sur cette question de la réduction du mandat présidentiel et de sa rétroactivité, malgré la décevante tournure qu’ont pris les choses.

Surtout qu’il n’a encore posé aucun acte qui pourrait constituer un précédent allant dans le sens du déni. Certes, le souvenir d’un certain débat sur la rétroactivité ou non de la loi sur la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux (au temps du PDS) serait un argument favorable, quelque-part, pour ceux qui ont une autre lecture de la situation, et pour qui, le Président Sall aurait, par ailleurs, fait du « wakh wakhète ».

Que celà leur soit concédé. Mais si tel était le cas, l’actuel Président de la République a bien de qui tenir. Si l’acte que vient de poser le Président Sall était un crime, l’on serait tenté de dire qu’il est plus que parfait. Celui qui séjourne pendant longtemps avec les poissons, finit par apprendre comment ils se dévorent entre eux. Tout le monde devrait se rendre à l’évidence, en tout cas,  qu’il y a des évènements que le peuple sénégalais a décidé de ne pas vivre deux fois, depuis un certain 23 juin. La foi en nous-même, le peuple, et notre détermination en celà, restent encore intactes et inébranlables.

Celui qui prétend vouloir rétablir et consolider les acquis démocratiques de ce pays, qui prétend défendre les valeurs républicaines, devrait-il être le premier à les fouler du pied? Assurément pas. Or, c’est à celà que certains concitoyens semblent pousser le Président Sall. Le mieux kay, à notre humble avis, serait d’oeuvrer, à partir d’aujourd’hui, à l’adaptation de notre fameuse Constitution aux aspirations de notre peuple et à nos valeurs morales, qui ne sont pas toujours celles d’une République, comme le révèle à souhait la présente situation.

Heureusement que, même si son application n’est pas rétroactive, la mandature du Président de la République va, désormais, être « bloquée » à cinq(5) ans au Sénégal. Il y a donc celà de gagné quand à ce point 6, du texte référendaire proposé. Heureusement, aussi, que le texte soumis au peuple sénégalais ne se réduit pas seulement à cette simple mais non moins importante question de la réduction du mandat présidentiel. Les quatorze autres points ont aussi leur importance et le tout mérite que le « OUI » l’emporte au soir du 20 mars 2016. Sinon nous aurions raté ce grand rendez-vous de l’histoire à l’honneur du peuple sénégalais.


Pape O.B.H. Diouf

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