mardi , 22 octobre 2019

Niger : l’opposition se retire de la présidentielle

Coup de théâtre au Niger où l’opposition, très critique sur le premier tour de la présidentielle, a annoncé mardi son retrait du scrutin avant le second tour prévu le 20 mars, laissant le chef d’Etat sortant Mahamadou Issoufou dans une situation embarrassante.

 

M. Issoufou (64 ans), qui brigue un deuxième quinquennat, avait obtenu 48,43% des suffrages lors du 1er tour le 21 février devant l’opposant Hama Amadou (66 ans) qui a obtenu 17,73% des voix, emprisonné depuis le 14 novembre dans le cadre d’une affaire controversée de trafic d’enfants.

La Cour de cassation de Niamey doit se prononcer sur la tenue ou non du procès le 23 mars, soit trois jours après le scrutin, alors que M. Amadou a mené la campagne du premier tour de la présidentielle depuis sa cellule, sans pouvoir s’adresser publiquement à ses partisans.

Dénonçant un coup de force du président Issoufou pour se maintenir au pouvoir, l’opposition réunie au sein de la COPA 2016 (Coalition pour l’alternance politique au Niger) a provoqué mardi soir un séisme politique et annoncé son retrait du « processus électoral en cours ».

Elle a également demandé « à ses représentants de se retirer de la Céni (Commission électorale nationale indépendante) », a ajouté l’opposant Seïni Oumarou, arrivé 3e du scrutin, déclarant s’exprimer au nom de l’opposition.

La COPA avait déjà menacé de ne pas reconnaître le résultat du 1er tour, accusant le pouvoir de « fraude ». Le pouvoir, quant à lui, a soutenu que les élections avaient été « libres et transparentes ».

L’opposition a énuméré plusieurs griefs pour justifier cette politique de la chaise vide pour le second tour. Elle a souligné que la proclamation officielle des résultats du 1er tour n’a pas eu lieu et que la campagne du second tour a été écourtée de « 21 à 10 jours en violation de la Constitution » tout en dénonçant « l’iniquité de traitement entre les deux candidats ».

Hama Amadou est « injustement privé de sa liberté en violation des standards internationaux d’élections libres, équitables et démocratiques », selon la COPA qui « tient le président Issoufou et la Cour constitutionnelle pour seuls responsables de la dégradation de la situation socio-politique au Niger ».

– second tour maintenu-

Aucun responsable de la Céni, qui est maître d’oeuvre des élections, n’était joignable dans l’immédiat mais le pouvoir a assuré qu’un second tour du scrutin aura bel et bien lieu malgré le retrait de l’opposition.

« Il y aura des élections. Le processus suit son cours », a déclaré à l’AFP le ministre nigérien de l’Intérieur Hassoumi Massaoudou, niant tout « embarras » du régime.

« Il n’y aucun embarras. A vrai dire, cela ne nous surprend pas. Les principaux candidats significatifs se sont ralliés à M. Issoufou. Voyant leur défaite, ils (les opposants) se sont retirés pour ne pas être battus. Ce ne sont pas des démocrates », a estimé le ministre, évoquant les ralliements au président Issoufou de son ex-directeur de cabinet adjoint, Ibrahim Yacouba (4,34% des suffrages) ainsi que deux autres candidats ayant dépassé les 2%.

En faisant des projections arithmétiques et en comptant sur des reports parfaits des scores du 1er tour, le président Issoufou l’emporterait largement au 2e tour.

« Ils se retirent parce qu’ils ne peuvent pas gagner. C’est désolant. En 2004, nous on a été au 2e tour en sachant que nous allions perdre (Mamadou Tandja avait alors battu Issoufou) mais eux ne sont intéressés que par la victoire. Pour eux, les règles n’existent que quand ils gagnent », a ajouté le ministre.

Plus de 7,5 millions d’électeurs s’étaient rendus aux urnes lors du premier tour dans ce pays sahélien de 18 millions d’habitants, parmi les plus pauvres de la planète et vivant sous la menace des groupes jihadistes.

La campagne électorale pour le 1er tour du scrutin a été marquée par des violences entre partisans du président et opposants qui contestent la régularité du fichier électoral. Elle a été précédée de l’arrestation de personnalités et de l’annonce d’un putsch raté par le pouvoir.

Le président Issoufou avait alors espéré une victoire dès le 1er tour, assurant s’appuyer sur un bilan « réussi », une sécurité retrouvée et un programme « copié par l’opposition ». Celle-ci avait dénoncé la mauvaise gouvernance et souligné l’incapacité à enrayer la pauvreté dans le pays, classé parmi les derniers de la classe à l’indice de développement humain.

 

AFP

 

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