mardi , 11 décembre 2018

El Chapo, parrain mondial de la drogue trahi par son goût du cinéma

Une rencontre avec des producteurs aurait mené la Marine mexicaine à la cachette de Chapo Guzmán, arrêté vendredi, six mois après une incroyable évasion.

L’homme aux trois arrestations et aux deux évasions. Dans cet énoncé, aux allures de titre de film, la presse mexicaine a condensé deux décennies de règne de Joaquín «El Chapo» Guzmán. Arrêté dans son Etat natal du Sinaloa (nord), vendredi à l’aube, le chef du cartel du même nom a vu sa dernière cavale tourner court lorsque les éléments de la Marine mexicaine l’ont cueilli, sale et débraillé, dans l’hôtel où il venait de se réfugier, au bord d’une route à la sortie du port de Los Mochis.

En honneur à l’un de ses nombreux surnoms, le «seigneur des tunnels» sortait justement d’un tunnel, comme l’ont détaillé les autorités mexicaines: Chapo (le «petit») aurait emprunté le réseau des égouts pour abandonner la maison de Los Mochis où il s’était réfugié il y a un mois. Pisté à travers le Sinaloa par la Marine et les services de renseignement américains, il avait été repéré dans cette demeure après avoir maintenu des entretiens avec ses avocats et des professionnels du cinéma dans le but de planifier un film sur sa vie. Non content d’être la source d’inspiration de milliers de chansons à sa gloire, les célèbres narcocorridos, le baron vaniteux n’en finit pas d’écrire le scénario de sa propre légende.

Par les égouts

Vendredi à l’aube, alors qu’un affrontement éclatait entre les militaires et la garde rapprochée du narcotrafiquant, au cours duquel cinq de ses hommes ont péri, Guzmán se sauvait donc par les canalisations. Une fois revenu à la surface au terme de sa dernière aventure souterraine, le baron de la drogue, toujours en veine cinématographique, aurait volé une voiture, accompagné de son plus fidèle lieutenant, Orso Iván Gastélum «El Cholo», avant de se réfugier dans l’hôtel d’où il fut délogé.

Un tunnel, déjà, lui avait permis de s’extirper de sa cellule de la prison fédérale de «sécurité maximale» de l’Altiplano, en juillet dernier: un camouflet long de 1,5 kilomètre pour le gouvernement d’Enrique Peña Nieto, qui avait promis de le recapturer. Le président s’est donc fendu d’un message jubilatoire sur Twitter vendredi pour annoncer le respect de cet engagement: «Mission accomplie. Nous le tenons. Je veux informer les Mexicains que Joaquín Guzmán Loera a été arrêté.» La traque avait mobilisé toutes les forces de sécurité de l’Etat, militaires et policiers confondus, durant plus de cinq mois. Il fallait laver l’affront.

Complicités de haut niveau

Peña Nieto jouait sa crédibilité dans cette chasse à l’homme. L’évasion de l’Altiplano n’avait pu être menée à terme sans la participation de certains hauts responsables pénitentiaires. Une purge eut lieu, sans atténuer pour autant l’évidence de la corruption: trop de complicités à un trop haut niveau. Les Mexicains, de l’expert en sécurité à l’homme de la rue, en ont gardé un goût de suspicion: «ils l’ont laissé partir», disent-ils, pour expliquer que le prisonnier le plus surveillé du pays ait pu se payer un tunnel sophistiqué arrivant droit dans la douche de sa cellule.

 

liberation.fr


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