dimanche , 24 mars 2019

Jusqu’à preuve du contraire, un bon gouvernement : le prochain ! (Par Abdoulaye Top Sylla)

Après avoir sorti de son chapeau de magicien Saïd Fofana il y a cinq ans, Alpha Condé surprend à nouveau en installant un certain Mamady Youla à la Primature.

 

Bien joué ? Les avis sont (presque) unanimes.

Pas de surprise du côté des encenseurs de l’hôte de Sékhoutouréya. Ils ne font pas exprès, ils disent toujours la même chose. C’est tout naturellement donc qu’ils se sont exclamés : « bravo l’artiste » !

Également, des leaders de l’opposition tels que Cellou Dalein de l’UFDG et Faya Millimono du BL, ainsi que le néo-transhumant Sidya Touré ont émis des avis favorables. Avec, il est vrai, la sempiternelle réserve dont on nous rebat les oreilles chaque fois qu’un nouveau Premier ministre arrive : « si on lui laisse les mains libres … ». Sauf que jusque là ils les ont tous eues bien ligotées, avec en prime des œillères et une muselière.

Youla fera-t-il exception ?

Les obstacles qui se dressent devant lui sont nombreux. L’on peut d’ores et déjà identifier le premier : Alpha Condé lui-même ! Avant la formation de l’attelage gouvernemental, pendant que le promu était censé faire un travail de consultation (à la vue des noms qui composent l’équipe on sait qu’il n’en est rien), son patron juge opportun de créer un poste de « haut représentant du chef de l’Etat » et de le confier au président de l’UFR Sidya Touré. Celui-là même auquel certains prêtaient le rêve de ré-atterrir à la Primature après avoir cherché en vain à se hisser à la tête du pays.

Si en principe cette fonction de Sidya, qui ferait d’abord penser à un lot de consolation, ne devrait en rien gêner Mamady Youla, l’empressement avec lequel cela a été fait suscite des interrogations. Personne ne sait à quoi va ressembler la tâche de l’ancien Premier ministre. A commencer par le principal concerné qui dit attendre d’en discuter avec celui dont il est le « haut représentant ». Si l’affaire tournait au vinaigre ou, au mieux, le natif de Kolon se retrouvait dans un rôle de porte-bouilloire de « aladji professeur », on imagine déjà les ricanements de ses anciens alliés de l’opposition dite républicaine. Cellou Dalein et Cie ne manqueraient pas alors l’occasion de s’approprier ces propos d’un homme politique français pour les appliquer à leur ancien compagnon : « il ne faut pas avoir une certaine taille pour faire la politique, mais il faut avoir une certaine hauteur » …

Le gouvernement dit de compétence annoncé par Alpha Condé est maintenant aux manettes. Dans un casting diversement apprécié où se côtoient des rescapés de l’équipe précédente et des promus aux dents longues. C’est au pied du mur que l’on jugera le maçon et, en l’occurrence, celui qui l’aura choisi n’aura plus cette excuse : « je ne connaissais pas les cadres guinéens … ».

Quant à ceux qui quittent le gouvernement, et qui ne sont pas pour certains moins méritants que les ministres confirmés, c’est une autre épreuve qui commence.

Un ministre est entouré. On devance ses moindres désirs. On le dispense des moindres corvées. On l’exalte à ses propres yeux. Quand on le débarque du gouvernement, le silence, du jour au lendemain, succède au brouhaha flatteur. Ceux qui se suspendaient en grappes sur son passage se détournent de lui. Peu d’entre eux échapperont au sentiment poignant d’une solitude qui ressemble à une déchéance.

En attendant la suite des événements, comme peut-être l’arrivée massive d’anciens membres du gouvernement à la Présidence en tant que conseillers, pour une frange de ses compatriotes la symphonie servie par le président Condé a un goût d’inachevé.

Rien d’étonnant. Chez le Guinéen, le bon gouvernement c’est toujours le prochain.

Jusqu’à preuve du contraire …

Par Top Sylla

 

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