vendredi , 24 mai 2019

Sidya déballe tout sur l’arrestation d’Alpha Condé en 98 à Piné

« Je suis allé voir le Président pour lui dire que ce n’est pas un bon dossier »

 

Ça s’appelle le grand déballage.Lors de l’Assemblée générale ordinaire de son parti le samedi 5 décembre, à Matam, en banlieue de Conakry, Sidya Touré a tiré dans tous les sens. De son désormais ancien collègue de l’opposition Cellou Dalein Diallo aux anciens collaborateurs de Lansana Conté qui ont réussi à se trouver une place encore à la présidence de la République. Extraits…

 

« Je vous raconte une histoire. En 1998, il faut reconnaitre que pendant les 3 ans que j’ai fait à la Primature, deux points ont constitué mes  désaccords avec Lansana Conté.


Le premier, c’était le problème de courant. Les gens sont allés lui dire que les groupes ne sont pas bons, c’est de la pourriture. Ce jour, c’était la première fois, depuis que j’étais au gouvernement, que le Président de la République lève le ton sur moi. Parce qu’on lui avait rapporté que ces groupes-là étaient pourris.


Je lui ai dit de voir la copie des contrats qui avaient été signés.  Mais après cela,  nous avions fait venir un cabinet  Anglais de la Lloyd qui était la plus réputée  au monde, dans tout ce qui touche aux litiges et aux assurances. La Guinée a dépensé 100.000 dollars pour qu’il examine les groupes. Après, dans son rapport, il a noté que si nous avons mis 6 millions de dollars pour ces groupes, il est prêt à nous rembourser pour les récupérer.

La deuxième fois c’était en décembre 1998, quand on a arrêté Alpha Condé. Le Président a dit, envoyez le dossier chez le Premier ministre. Ils sont venus me trouver à mon bureau, avec le ministre de la justice, Me Zogbélémou Togba. On m’a dit que Alpha Condé a été arrêté à Piné. J’ai demandé ce qu’il a fait. On m’a dit qu’il voulait sortir, alors qu’il était interdit de sortir. Je leur ai expliqué que le décret interdisait de sortir, mais si un citoyen veut sortir, vous lui interdisez et vous le retournez. Il n’est pas question de le mettre en prison ! On m’a dit non ! Le Président nous a dit de l’arrêter.

J’ai dit alors que je ne touche pas à ce dossier. J’ai donc dit d’aller avec le dossier et que moi-même j’allais rencontrer le Président pour cela.  Le soir je suis allé. J’ai dit au Président, c’est un dossier qui n’est pas bon. Il m’a dit pourquoi ? Je lui ai dit mais une personne qui sort alors qu’un décret l’interdit, on ne le met pas en prison, on le retourne là où il a quitté. Il m’a dit qu’il y a autre chose. Je lui ai dit s’il y a autre chose, on saisit le tribunal, mais si c’est pour la sortie, ça ne marche pas.  Il m’a dit que je ne comprends pas.  Je lui ai dit Président je demande d’abandonner ce dossier pour deux raisons :


Premièrement, la loi n’est pas avec nous dans cette affaire. Donc il faut laisser tomber. Deuxièmement, sur le plan international, nous sommes en 1998, je lui ai dit, pendant ton deuxième mandat, on ne parlera plus que de cela ici. Il m’a dit pourquoi ? Je lui ai expliqué que le monde était comme ça maintenant. On va dire que tu détiens un opposant ici en Guinée, tu ne pourras plus rien faire. En général le Président si vous êtes à deux, il ne criait pas. Il a dit, alors envoie le dossier en Conseil des ministres.

Je vous dis tout ça pour que vous compreniez la sournoiserie de certains guinéens.

Au Conseil des ministres, il y avait 30 ministres. Tous ceux qui parlent maintenant étaient tous là-bas. Lorsque nous avons commencé le débat, le président a annoncé que « le Premier ministre était passé me voir, il ne veut pas qu’on fasse l’arrestation. Mais moi je ne sais pas. Je veux savoir ce que vous vous en pensez ».

Il a commencé à donner la parole de la gauche, alors que j’étais assis à sa droite. Tous ont pris la parole pour dire de l’enfermer, il faut l’envoyer par ci, il faut l’envoyer dans telle prison, il faut, il faut, il faut… Saran Daraba (actuelle secrétaire exécutive de la Mano River et ministre des affaires sociales à l’époque des faits, ndlr) était là. Elle peut témoigner.

Quand on m’a donné la parole, j’ai dit Président ce que je vous ai dit hier, c’est toujours cela. D’abord légalement, on n’a pas raison. Ensuite sur le plan de la communication, ce n’est pas bon pour le gouvernement.

Le Président a ensuite commencé à crier sur moi. « Toi tu es comme-ci, tu es comme cela. D’ailleurs, ceux  qui veulent le garder n’ont qu’à le garder. Moi quand j’aurai besoin de lui qu’on me l’envoie.

Je lui ai dit, mais Président moi je n’ai pas de prison. Je vous dis que ce n’est pas un bon dossier. Ce sont les deux questions qui m’ont opposé au Président pendant les trois ans. Ceux qui étaient dans cette salle et voulaient coûte que coûte qu’on mette Alpha en prison, ce sont ceux-là que tu vois aujourd’hui là-bas comme s’ils avaient toujours été là pour le défendre. »


 

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