vendredi , 16 novembre 2018

Et si Alpha Condé se mettait une pression…inutile ?

Le président Alpha Condé a réitéré samedi 21 novembre sa volonté de nommer un gouvernement composé de technocrates, capables de sortir le pays de l’ornière. Fin octobre déjà, il avait avancé ces mêmes idées, tout en jurant, qu’il va dribbler ceux qui se livrent déjà à des sacrifices bizarres pour tomber dans sa grâce. Des propos redondants qui frisent une promesse de campagne dont il peut aisément se passer.

 

Samedi, au cours de l’assemblée générale ordinaire du RPG-Arc-en-ciel à son siège à Gbessia, le président nouvellement réélu a de nouveau prévenu. Il ne va travailler qu’avec des ministres compétents. Des ministres gestionnaires et non des politiques, affirme-t-il.

Selon lui, il ne va plus faire les mêmes erreurs qu’en 2010, lorsque par la force des alliances à visée électoraliste, il a dû nommer des alliés « bandits » et « menteurs » comme ministres.

En ce qui concerne son entourage, celui-ci en a eu pour son compte. Pour lui ceux qui ont mouillé le maillot pour sa réélection se sont mués aujourd’hui en clans. « Il y a trop de clans, laissez-les s’agiter entre eux », a-t-il lancé à ses militants. Et de poursuivre en ces termes : « Les clans, je les connais. Mais je ne serai prisonnier de personne. Je formerai un Gouvernement en âme et conscience pour faire avancer la Guinée. Les hommes politiques ils feront la politique, la gestion ça sera les gestionnaires. Je ne dois mon élection à personne, je le dois au peuple de Guinée ».

Ces sorties quelque peu populistes et tout à fait inutiles constituent des pressions supplémentaires pour Alpha Condé lui-même, pour deux raisons principales.

Primo, il ne sert à rien de mettre la puce à l’oreille des collaborateurs « politiques » et « incapables » dont on veut se débarrasser. Ce qui les mettrait sur le qui-vive et leur permettrait d’activer les réseaux tous azimuts capables de leur apporter des soutiens de poids. Autre aspect non moins important, c’est que prévenir que les politiques n’auront pas de place dans la future équipe gouvernementale, c’est faire douter des alliés dont le rôle a été déterminant  aux lendemains de l’élection présidentielle, évitant au pays des contestations post-électorales aux conséquences imprévisibles. Surtout que certains anciens alliés le reprochent de ne jamais respecter ses engagements politiques.

Secundo, ces sorties donnent aux guinéens l’espoir que sa gouvernance sera dorénavant différente. Cet espoir avait déjà été nourrit par les guinéens en 2010. Avant qu’il ne déroule le tapis rouge de Sèkhoutoureyah sous les pieds des barons de l’ancien régime dont certains sont décriés au sein de l’opinion. Des gens qu’il avait lui aussi fustigé pendant la campagne électorale, en tant qu’opposant.

Le président doit se taire et monter la stratégie de son second quinquennat. Il doit surprendre les guinéens après son investiture. D’ailleurs il a été réélu parce que les guinéens jugent bons et prometteurs les chantiers ouverts pendant les cinq dernières années. Mais il est important de rappeler que ceux-ci lui ont accordé un second mandat en espérant qu’il rectifie le tir, côté collaborateurs. C’est un contrat non-écrit. Et ce n’est qu’au lendemain de la nomination du gouvernement que nous saurons s’il a su tirer les leçons du passé. Et s’il a effectivement été libre dans ses choix.

Par Mamady Fofana

 

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