vendredi , 19 avril 2019
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Tribune// Foutez-nous la paix avec Ibrahima Traoré !

Félicitations à notre Sily national pour s’être qualifié hier face à la Namibie. Il y encore des inquiétudes à avoir quand on sait que les adversaires qui arrivent seront d’un autre calibre que cette équipe namibienne, certes volontaire et parfois inspirée, mais loin des ténors du football continental.

 

Au-delà du résultat, pratiquement acquis depuis le match aller, ce qui a retenu l’attention de nombreux téléspectateurs sera le commentaire de la journaliste sportive Gnoumanssé Daffé accompagnée par l’ex-international, Salam Sow.

A partir du moment où le résultat a été acquis, ils se sont projetés vers l’avenir en effectuant un véritable plaidoyer pour le retour de Ibrahima Traoré en équipe national. Comme beaucoup d’autres journalistes ou supporters, c’était à la limite de l’imploration.

Pendant combien de temps encore, les Guinéens vont-ils supplier sa Majesté Ibrahima Traoré 1er de venir honorer le maillot national ?

Lorsqu’on analyse les raisons qu’il invoque pour justifier son refus de répondre à la sélection on reste confus. En voici quelques-unes :

4 février 2015 sur africatopsports.com (reprenant une de ses interview sur le site centpourcentfoot) [1] : «Tu revois toujours les mêmes choses quand tu arrives en sélection, et à un moment donné tu ne peux pas les accepter tout le temps. Il y a un grand écart entre le niveau du football en club et celui en sélection. Par exemple quand tu galères à l’aéroport et que vous êtes obligés de trainer vos affaires vous-mêmes, alors que je sais qu’en Guinée, il y’a des jeunes qui seraient prêts à tout pour devenir intendant sans demander … C’est une décision que j’avais d’abord soumis à ma famille, à certains coéquipiers depuis quelques temps. Mon envie de faire ce break est personnel ».

10 juin 2015 sur guineenews.org [2]: « Si j’ai pris cette décision, c’est parce que je ne me sens pas à l’aise en sélection ou plutôt je ne me sens plus à l’aise depuis un certain temps …. Je sais que les gens sont déçus mais je n’arrive pas à faire semblant. Je ne peux pas m’épanouir quelque part où je ne suis pas à l’aise. C’est aussi simple que ça »

Bref, Ibrahima Traoré reproche (officiellement) à notre équipe nationale sa désorganisation. Rien de plus. Rien de différent que ce qui prévalait lorsque les héros de notre football jouaient et qui prévaut toujours dans d’autres sélections où les plus grandes stars continuent de venir en sélection.

Ce joueur, aussi talentueux qu’il soit, est-il supérieur à Titi Camara, Dian Bobo Baldé, Salam Sow, Kaba Diawara, Pascal Feindouno ?

A l’époque où ceux-ci jouaient pour notre pays, les conditions dans lesquelles se faisaient la sélection des joueurs, leurs voyages, la préparation des matchs et les matchs eux-mêmes étaient cent fois pires qu’à l’époque actuelle. Certains d’entre eux payaient même leur billet d’avion de leur propre poche !

Ceux qui fréquentent l’équipe nationale le savent. Dian Bobo Baldé a aimé le maillot national de façon fusionnelle alors même qu’il n’est pas né en Guinée ni n’y a grandit et qu’il ne connaissait pratiquement pas ce pays avant sa sélection. Combien de fois ne l’a t’on pas vu pleurer lorsque l’hymne national retentissait ? Combien de fois les Titi Camara et autres Kaba Diawara n’ont-ils pas porté à bout de bras cette équipe sans rien attendre en retour ?

Pareil dans les autres pays. Le Cameroun est réputé pour son manque d’organisation et la pagaille qui règne avant chaque compétition. Malgré quelques litiges, les grands de ce pays (Samuel Eto’o en tête) répondent toujours présents.

En 1986, à quelques jours de la coupe d’Afrique de 1986 en Egypte, Jules Bocandé a délibérément occasionné un carton rouge contre lui (en insultant l’arbitre lors d’un match du championnat de France) afin d’être suspendu et pouvoir rejoindre la sélection sénégalaise en Egypte. A l’époque, la FIFA n’avait pas encore imposé la priorité à accorder aux équipes nationales et le PSG (club de Jules Bocandé) ne voulait pas le laisser partir.

Entre nous, Ibrahima Traoré a quoi de plus que ces stars planétaires ? Il est vrai qu’au pays des aveugles les borgnes sont rois mais notre pays et sa sélection méritent mieux qu’être suspendus aux caprices d’un joueur de football.

C’est son droit le plus absolu de refuser de jouer pour son pays. Notre devoir, supporters, dirigeants, journalistes, c’est de respecter notre sélection et les autres joueurs qui, eux, répondent à l’appel national.

Plus, notre intelligence c’est de déceler le vrai du faux dans les justifications de Ibrahima Traoré.

Son honneur aurait été de dire clairement qu’il privilégie son club par rapport à l’équipe nationale. Il le dévoile lorsqu’il avoue : « Je suis toujours venu malgré les menaces de mon club » (12 juin 2015 sur africatopsports.com) [3]. C’est effectivement son droit le plus absolu de vouloir préserver sa place dans son club. Mais qu’il ait le courage de l’assumer pleinement pour nous éviter des débats inutiles sur les causes de son absence.

Cette position de Ibrahima Traoré met encore plus en relief le patriotisme des autres internationaux guinéens, moins talentueux que lui, et qui, malgré qu’ils aient encore tout à prouver dans leur club, acceptent de venir jouer pour la Guinée.

La Fédération Guinéenne de Football est très conciliante avec lui car elle pourrait, conformément aux nouveaux règlements internationaux, l’empêcher de jouer avec son club lorsqu’il refuse la sélection. Traoré pourrait au moins lui reconnaître cela.

Les problèmes de l’équipe nationale existent et existeront encore. Des efforts ont été faits et doivent encore être faits pour lui donner une organisation à la hauteur de ses ambitions. Ceux qui peuvent s’en accommoder sont les bienvenus. On doit pouvoir se passer de ceux qui ne peuvent pas.

Alors Mesdames et Messieurs les journalistes, foutez-nous la paix avec Ibrahima Traoré ! Occupez-vous des vrais problèmes de l’équipe nationale et du football guinéen et laissez la diva gérer sa carrière. On lui souhaite bonne chance dans son club. Si j’étais Fernandez, j’exigerais de lui qu’il fasse une demande écrite avant de le sélectionner à nouveau. En tout état de cause, à supposer qu’il revienne un jour (ce qu’il fera dès que sa carrière internationale en aura besoin), il ne devrait plus jamais porter le brassard de capitaine.

Mahmoud Camara

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[1] http://www.africatopsports.com/2015/02/04/can-2015-guinee-ibrahima-traore-denonce-le-manque-dorganisation-au-sein-de-la-selection/

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