lundi , 14 octobre 2019

Les diaspos guinéens sont-ils les plus radins de l’Afrique de l’Ouest ?

Une étude menée par la Banque centrale de la République de Guinée montre que les migrants guinéens envoient moins d’argent au pays que leurs homologues Ghanéens, Libériens et Gambiens dans la seconde zone monétaire ouest-africaine, la ZMAO.

L’étude a été menée en 2013. Intitulée  »Analyse des envois de fonds des migrants guinéens », elle couvre la période 2003 – 2011.

Ses résultats révèlent qu’au cours des huit ans la diaspora guinéenne a transféré 52 millions de dollars US au pays. Avec ce chiffre, la Guinée occupe l’avant dernière place dans l’espace ZMAO, devant la Sierra Leone avec 30 millions de dollars US envoyés au pays. Mais loin derrière le Ghana, 111 millions de dollars, le Liberia, 85 millions de dollars et la Gambie, 72 millions USD.

Selon la Direction Générale des Études et des Statistiques de la BCRG, le géant ouest-africain le Nigeria, sixième pays membre de la ZMAO, a été volontairement omis en raison de « la taille de son économie et du poids des transferts de ses migrants ». L’étude souligne qu’en 2011, les envois de fonds de la diaspora nigériane ont atteint 20,6 milliards de dollars US. Tandis que les Sénégalais et les Togolais dans l’espace UEMOA ont transféré respectivement 1,09 milliards USD et 265 milliards USD entre 2003 et 2011.

Si la Guinée occupe le bas de l’échelle est-ce parce que nos diasporas refusent d’ouvrir grandement leurs porte-monnaies ? Et bien d’après l’étude, la réponse n’est pas forcément oui. D’autres raisons justifient aussi cette position.

D’abord le faible niveau de qualification de la majorité des ressortissants guinéens. L’étude indique qu’en 2006, au moins 56% des médecins formés au Ghana travaillaient à l’étranger. Et que seuls 3% de ses migrants n’auraient pas qualification.

D’autres facteurs réduisent aussi les envois de fonds de nos compatriotes vivant à l’étranger. La politique migratoire moins encourageante et désordonnée de l’Etat et les canaux de transferts souvent informels utilisés par les migrants eux-mêmes, notamment.

S’agissant du dernier point, il a été constaté que si certains font recours aux dispositifs formels comme les banques, un grand nombre de migrants utilisent les sociétés de transferts informels, à défaut de transporter les liasses d’argent sur eux lorsqu’ils voyagent. Ce qui complique la traçabilité de ces fonds.

« La Guinée se classe parmi les pays les plus perdants en raison de la non organisation de ses ressortissants dans la plupart des pays, l’instabilité sociopolitique et le développement des structures informelles de transfert de fonds », argumente le rapport.

Les enquêteurs encouragent les autorités guinéennes à mieux s’impliquer dans l’organisation de la diaspora du pays à travers le monde. Car, soulignent-t-ils, cela pourrait aider les pays africains à s’en passer de l’Aide publique au développement allouée par les pays occidentaux, et qui est de moins en moins importante en raison de crise financière mondiale. « En Guinée, l’aide publique au développement s’élève en moyenne à 234,11 millions USD contre 52 millions USD d’envois de fonds des migrants sur les huit ans de 2003 à 2011 », peut-on lire dans le document.

Dans son rapport, la BCRG recommande un appui à l’organisation des associations de migrants guinéens, l’organisation des forums de la diaspora et la mise à disposition des produits bancaires sur mesure comme solutions pour inverser la tendance.

Par Elie Ougna
+224 622 85 68 59


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