mercredi , 24 octobre 2018

Présidentielle 2015: Un trouble-fête dénommé Dadis

La décision de Moussa Dadis Camara, l’ancien patron du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement), d’aller à l’assaut du Sékhoutouréya – n’y voyez pas un jeu de mot svp – était tout à fait prévisible. Par petites touches, l’ancien putschiste a sorti sa tête du bois tout en s’assurant que ce que le sous lieutenant Aboubacar Toumba Diakité voulait transformer en charpie est resté bien fixée à son cou. Heureusement d’ailleurs !

 

Je note que Dadis a donné de la voix en pleine crise politique, à moins de six mois de la date fixée pour la présidentielle de cette année. Pour un pourfendeur de Nicholas Machiavel, le timing est tout simplement diabolique…

Comme s’il était conseillé par une mystérieuse voix intérieure, Dadis, dont le goût pour le pouvoir est un secret de polichinelle, a d’abord « démissionné » de la Grande muette. Ensuite, ce fut la marche des femmes de son fief de N’zérékoré, malgré l’interdiction officielle ; un événement inédit qui aura plus marqué par la demande insistante du retour du fils du terroir que par – habile manœuvre – les « prières » prononcées en faveur de l’actuel locataire de Sékhoutouréya. Ce cap passé, intervint la déclaration de candidature, marquée par une phrase dont le sens peut être sujet à toutes les interprétations. « Je pense qu’il (Alpha Condé) est démocrate et il l’est parce qu’il a eu le pouvoir au cours des élections présidentielles passées de 2010. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une interdiction pour ma rentrée dans mon pays natal » (sic !), a déclaré le rusé animateur des « Dadis show ».

Ces faits plantés, qu’on ne s’y trompe pas : le capitaine Moussa Dadis Camara jouit d’une popularité incontestable en Guinée forestière, et même au-delà, si on se fie aux événements récents et aux commentaires de Monsieur tout-le-monde. Certes aussi, et c’est le revers de la médaille pour le « benjamin » de la scène politique guinéenne, ils sont nombreux ceux qui, à la fois méprisants et condescendants, ne le prennent pas trop au sérieux.

A mon sens, ce serait une grave erreur d’éviter le débat au sujet de cet ex-officier de l’armée guinéenne, célèbre il est vrai pour ses coups de sang, son côté volubile et son caractère imprévisible. Car Dadis a prouvé qu’il est un homme d’action dont le parcours révèle une qualité indéniable quand on est à la recherche du pouvoir : l’opportunisme politique. L’ancien numéro 1 du CNDD était l’un des rares à se préparer à saisir les rênes du pays après la disparition du Général Lansana Conté ; il est aujourd’hui, par une simple déclaration de candidature à la présidentielle, en train de brouiller les cartes de l’échiquier politique en Guinée.

Le phénomène risque d’aller au-delà de tous les petits calculs politiciens. Dadis sait, mieux que quiconque, qu’en politique, la force de l’adversaire n’est importante que quand on ne dispose pas de capacité de nuisance.

L’ex-capitaine va tenter de gagner et, à défaut, monnayera chèrement son soutien. D’autant plus que sa qualité d’ancien chef d’Etat et de chef militaire pourrait l’aider dans l’image qu’il veut projeter aux Guinéens ! Bref, Dadis, malgré le boulet que représente pour lui les conséquences du massacre et des viols perpétrés le 28 septembre 2009 (encore qu’il n’a pas encore été inculpé !), ne sera pas facile à manœuvrer quand il posera un pied en Guinée. A cet instant là, pouvoir comme opposition devront craindre ce trouble-fête bien atypique qui voudra bien se positionner comme faiseur de roi, en espérant que le nouveau venu ne fera pas sien ce cynique conseil de Machiavel : « un ennemi (ou un adversaire, c’est selon), on l’embrasse pour mieux l’étrangler ».

Saliou SAMB

 

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