samedi , 14 décembre 2019

Burundi : les réseaux sociaux inaccessibles sur portables, le bras de fer continue

Les autorités burundaises, qui tentent d’enrayer les protestations contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, ont coupé l’accès aux réseaux sociaux via les téléphones portables mercredi dans la capitale Bujumbura, théâtre depuis dimanche de manifestations parfois violentes.

Twitter, Facebook et WhatsApp notamment étaient inaccessibles via les réseaux de téléphonie mobile 3G.Ils restaient accessibles sur l’internet fixe.

Un cadre d’une entreprise de télécoms a confirmé à l’AFP que l’Agence de régulation et de contrôle des télécoms (ARCT) avait adressé une lettre aux opérateurs, assortie d’une liste de sites à suspendre, « notamment WhatsApp, Twitter, Facebook, Tango mais pas internet » en général.

L’ARCT n’a apparemment pas donné de raisons mais, depuis dimanche, les autorités burundaises interdisent les manifestations qu’elles assimilent à des tentatives de « soulèvement ».

Et face à la détermination des opposants à un troisième mandat du président, bien décidés à braver l’interdiction, le gouvernement a déjà pris d’autres mesures, comme de couper la très populaire radio indépendante RPA, accusée de relayer les appels à descendre dans la rue.

Il a aussi arrêté des centaines de personnes, dont une figure de la société civile, ensuite libérée, et lancé un mandat d’arrêt contre le principal organisateur du mouvement anti-troisième mandat, Vital Nshimirimana.

– Heurts sporadiques –

Depuis dimanche, des heurts – pour l’heure toujours sporadiques et localisés – opposent la police à des jeunes de quartiers périphériques de la capitale que les forces de l’ordre empêchent de se rassembler dans le centre de Bujumbura et d’y faire une démonstration de force.

Les violences ont jusqu’ici fait cinq morts.

Les manifestations ont été déclenchées par la désignation sans surprise, samedi, de M. Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, par son parti, le Cndd-FDD, pour être son candidat à la présidentielle du 26 juin.

Signe que chaque partie campe encore sur ses positions, l’une des figures de la société civile en pointe dans la lutte contre un troisième mandat, Pierre Claver Mbonimpa, a estimé mardi soir que la seule façon de faire cesser les manifestations étaient que le chef de l’Etat renonce à se présenter.

« Il faut que le président annonce qu’il abandonne le troisième mandat » auquel il postule, « la population est déterminée », a-t-il déclaré dans un entretien à l’AFP à son domicile de Bujumbura. »C’est la seule solution pour que ce mouvement s’arrête ».

Ce défenseur renommé des droits de l’homme au Burundi s’exprimait quelques heures après avoir été libéré par les services de renseignements, qui l’avaient arrêté la veille et retenu près de 30 heures.

Plus tôt mardi, le conseiller en communication de M. Nkurunziza, Willy Nyamitwe, avait lui martelé qu’il était « hors de question » pour le camp présidentiel de « reculer » face à la contestation.

Lundi, l’arrestation de M. Mbonimpa et la fermeture de la RPA avaient suscité un nouvel accès de colère des manifestants.

La police parvient malgré tout pour l’heure à contenir le mouvement, même si mardi, un renforcement de la présence policière n’a pas empêché de nouveaux affrontements, pierres contre lacrymogènes et grenades assourdissantes.

Selon des témoins, des membres de la Ligue de jeunesse du Cndd-FDD, les Imbonerakure, ont porté main forte à la police pour empêcher des manifestants de dresser une barricade dans un quartier du sud de Bujumbura.

La société civile et l’opposition burundaises qualifient d’inconstitutionnelle une candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat, la loi fondamentale du Burundi limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.

Mais le camp présidentiel assure que son premier mandat (2005-2010), en tant que premier président post-transition élu par le Parlement et non au suffrage direct, tombe sous le coup d’une disposition particulière.

Depuis des mois, la communauté internationale met en garde contre une nouvelle candidature de Pierre Nkurunziza, de peur qu’elle ne débouche sur de nouvelles violences à grande échelle.

L’histoire post-coloniale du petit pays d’Afrique des Grands Lacs a déjà été marquée par des conflits et massacres interethniques.Le Burundi se remet encore à peine d’une longue guerre civile, qui a fait près de 300.000 morts entre 1993 et 2006.

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