mercredi , 19 décembre 2018
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SÉNÉGAL / Réduction du Mandat Présidentiel : Le syndrome du « wakh wakhète »

Sa promesse électotorale de réduire le mandat présidentiel a été pour quelque chose dans l’accession de Monsieur Macky Sall à la Magistrature Suprême du Sénégal, selon bon nombre de ses concitoyens. L’élection présidentielle de 2012 a également été marquée par l’attitude du Président sortant, qui, après avoir clamé haut et fort qu’il ne pouvait pas y participer, a opéré un revirement spectaculaire en (im)posant sa candidature.

Un fait qui n’a pas son précédent dans la riche histoire politique de ce pays. Le Président Abdoulaye Wade ne pouvait pas prévoir les dégâts collatéraux que causerait son dédit, ce fameux « wakh wakhète ».
C’est suite à une énième révision de la Constitution du Sénégal en 2011, dont il a été l’initiateur dès son accession à la Magistrature suprême, et au lendemain de sa réélection à la tête du pays, à l’occasion, notamment, d’une conférence de presse tenue le 1er mars 2011, que le prédécesseur immédiat du Président Sall déclarait : « J’ai bloqué le nombre de mandats à deux (faisant allusion à la modification de l’Article 27 dans la Constitution du 22 janvier 2011). Je ne peux pas me représenter [à la présidentielle de 2012]. J’ai donc décidé que je ne me représenterai pas ».
Puis, poussé par on ne sait quel esprit malveillant à revenir sur sa décision, le Président Wade soutiendra, mordicus, n’avoir jamais tenu de tels propos. Même après que lui fut opposé la contradiction par des enregistrements audio et vidéo pour lui rafraichir la mémoire. Agacé par ses nombreux contradicteurs, il décida alors d’en finir une bonne fois pour toute avec tout ce beau monde en lançant son fameux « ma wakhone, wakhète ». (« Si c’est bien moi qui ai dit cela, alors je tiens à me dédire »). Voilà la petite histoire concernant le « Wade Wakh Wakhète ». Il n’y a rien qui est ici dit, qui ne soit connu de tous les sénégalais.
Mais le Président Wade ne pouvait pas se douter que son dédit allait heurter ses concitoyens si fortement que certains ne s’en remettraient presque plus jamais. D’autant que beaucoup d’autorités, dans ce pays, avaient déjà pris la fâcheuse habitude de « clignoter à droite pour tourner à gauche ». Au sens propre, comme au sens figuré. Cette pirouette de notre cher ancien Président venait, donc, achever d’installer la méfiance des sénégalais vis-à-vis de leurs dirigeants, des politiciens en particulier, quant au contenu de leurs discours. S’ajoutèrent à cela, ces « promesses [qui] n’engagent que ceux qui y croient », toujours faites et jamais tenues.
Toutes choses, donc, qui ont contribué à aggraver la fracture entre gouvernants et gouvernés, décrédibilisant les premiers au point que leur parole, désormais, avait moins de valeur que le plus petit sou troué, aux yeux des seconds. Dorénavant, politicien égale marchand d’illusions, politicien égale bonimenteur, pour le sénégalais lambda. Le Président Sall n’a pas été épargné par cet inconfortable climat de méfiance, de doute, de suspicion…
En effet, depuis qu’il a pris sur lui l’engagement de réduire son mandat de sept (7) à cinq (5) ans, n’a-t-il pas été interpellé (à tous les coins de rue, serions-nous tenté de dire), en tout cas à toutes les occasions possibles, pour l’inviter à se prononcer plus clairement, plus nettement et, peut-être définitivement sur la question ? Le fait de « maintenir le suspens », en quelque sorte, n’avait-il pas ajouté à la confusion ? Et en font-elles moins, ces voies qui s’élèvent dans son propre camp pour ramer à contre courant de leur mentor ?
Soit dit en passant : ces gens-là sont moins heureux dans leur posture, comparés à leurs prédécesseurs sous le « régime » du Président Wade, qui étaient favorables à un troisième mandat pour ce denier. Ceux-là avaient au moins brandi un argument d’une certaine taille, l’Article 104 de la Constitution de 2011, pour étayer leur inacceptable thèse. Quant aux partisans du Président Sall, à moins qu’ils ne transforment le raisonnement en inepties, ils n’ont pas le moindre argumentaire valablement opposable à la ferme volonté de leur mentor de respecter sa parole.
Le Président Macky Sall a donc confirmé, récemment, devant l’Association de la Presse Etrangère accréditée au Sénégal, qu’il va tenir la promesse faite à ses concitoyens de réduire le mandat présidentiel à cinq (5) ans. Sa préférence de la voie référendaire à l’alternative du vote à l’Assemblée Nationale, serait quelque-part, révélatrice de sa bonne foi. Aurait-il choisi cette dernière option que des manœuvres seraient opérées, sans nul doute, dans la perspective de créer une majorité mécanique à l’Hémicycle. et cela n’aurait pas été impossible. Il suffit d’interroger l’histoire pour s’en convaincre.
L’option stratégique du Président Sall pour le Référendum n’est-elle pas, aussi, une façon de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui seraient effectivement tentés d’aller à l’encontre de sa volonté de respecter sa parole ? Quoi qu’il en soit, chacun est libre d’exprimer sa position sur la question. « L’honnêteté ne consiste pas à être ce que les autres veulent qu’on soit, mais à être ce qu’on veut être, soi même », disait Henry Troyat. Quant aux esprits qui restent encore dubitatifs, c’est qu’ils seraient atteints, plus profondément que les autres, par le syndrome du « Wade wakh wakhète ».
Le respect de la parole donnée revêt un caractère quasi sacré dans une société comme la nôtre. La noblesse d’une personne se mesure par son aptitude à faire ce qu’elle dit lorsqu’elle donne sa parole. C’est en cela qu’on reconnait l’homme honnête, l’homme honorable, l’homme digne. Heureusement qu’il en existe encore dans ce pays. Heureusement, aussi, qu’il existe encore, au Sénégal, des hommes politiques assez responsables, qui savent ce qu’est l’art de bien gérer la cité et qui, pour certains d’entre eux, sont passés maîtres en la matière. Au grand bonheur du Sénégal. Au grand bonheur des honnêtes citoyens sénégalais.

Pape O.B.H. Diouf avril 2015

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