samedi , 23 mars 2019

EBOLA/CAN-2015, Jusqu’où ira la CAF ?

Le Maroc vient de perdre le bras de fer qui l’opposait à la Confédération Africaine de Football (CAF) et concernant l’organisation de la 30ième édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN-2015). Une victoire qui est sans gloire pour l’instance dirigeante du football continental, quand on sait que l’argument-massue avancé par le Royaume Maghrébin est de taille : ce dernier a tout juste demandé un report de quelques mois, le temps d’apprécier l’évolution d’Ebola qui est, effectivement, une véritable menace pour toute l’Afrique.

Or, au moment même où la CAF délibérait sur l’affaire, le nombre de morts se multipliait en Guinée-Conakry, en Sierra Léone le nombre de cas augmentait, au Libéria des villageois étaient laissés à leur sort, enterrant leurs morts sans la moindre protection.
Le couperet est tombé. Net. Le Maroc est privé de sa CAN et son équipe, disqualifiée de facto. La CAF est, ainsi, allée jusqu’au bout de sa logique « assassine ». La voilà, maintenant, confrontée à un double défit : celui d’organiser et de réussir SA FÊTE à la date prévue, et celui, énorme, d’assurer la sécurité « médicale » de tous les participants à cette fameuse édition, dont les populations du prochain pays hôte. Quant au Maroc, il a, certainement, subi le moindre mal. Les autorités de ce pays ont tenu, coûte que coûte, à éviter de faire courir à leur population le risque de voir Ebola chez eux. La situation au Mali semblerait les conforter dans cette position. Le pays de IBK vient, en effet, d’enregistrer sa 2ième victime d’Ebola, une infirmière à la fleur de l’âge, dont la contamination est liée à un cas importé.
C’est dire qu’Ebola reste une menace dont il faudrait tenir compte pendant quelques temps encore. D’aucuns disent que des malades atteints d’Ebola arrivent maintenant à s’en remettre. Mais n’est-il pas certain qu’on meurt encore plus d’Ebola qu’on en guérit ? L’actualité quotidienne ne finit pas, en tout cas, de nous en convaincre, même si la presse des pays qui se croient moins concernés fait de moins en moins état de l’évolution de ce mal ravageur. Ebola concerne, directement, trois pays sur la cinquantaine d’Etats que compte notre continent. Certes, mais personne ne doute qu’il ne cesse d’étendre ses tentacules au-delà des frontières de ces pays. La priorité des priorités, on ne le dira jamais assez, c’est d’arrêter cette prolifération, et cela passe par une assistance accrue à ces pays touchés.
Le patron de la CAF, M. Hayatou himself, a dit qu’il n’[était] pas question de reporter quoi que ce soit : « il y va de la crédibilité de la Confédération [Africaine de Football] ». Quitte à déménager les compétitions hors du continent ? Quid de la question financière ? « Nous allons heurter nos sponsors et nos partenaires », dixit le boss. Certes, ces gens-là ne seraient pas de bons samaritains, mais seraient-ils moins humains que vous et moi ? N’auraient-ils pas un cœur comme vous et moi ? Le prestige et/ou l’appât du gain leur vaudraient-ils de mettre en péril  la vie de milliers personnes ? « Si l’homme n’est pas fait mais se fait, et si, en se faisant, il fait le monde qui l’entour, comment ne vivrait-il pas dans la tourmente ? », disait un grand écrivain français. C’est nous qui « faisons » l’argent et pas contraire.
Aux dernières nouvelles, les autorités Qatari auraient affirmé, par la voie de l’Emir lui-même, Hamad ben Khalifa al-Thani, que cela n’avait « aucun sens d’organiser [la CAN chez eux] ». L’intention du petit, mais puissant et riche Emirat serait plutôt d’apporter un soutien au pays, AFRICAIN, qui désirerait se substituer au Maroc et qui en ferait la demande. Et le Cheikh de préciser : « Nous sommes prêts à apporter toute aide demandée officiellement pour accueillir la CAN. La [dernière] décision reviendra à la CAF…». Et le vice-président de la Fédération qatarie de football, Saïd Al Mouhannadi, de confirmer : « Ces sont de fausses informations. Présenter le Qatar, un pays non africain, pour organiser la CAN n’a pas de sens ».Voila qui serait donc bien tranché, pour ce qui est de tenir la prestigieuse épreuve footballistique africaine hors du continent.
Le report, au moins, de la 30ième édition de la Coupe d’Afrique des Nations serait, certes, une première dans l’histoire du football africain. Mais la raison évoquée par le Maroc n’en vaudrait-elle pas la peine ? Tout autre pays africain qui organiserait cette CAN-2015 mettrait en péril, au moins, sa population et tous ceux qui feraient le déplacement. Ce que beaucoup ont compris et qui ont décliné l’offre de la CAF. « La santé du peuple égyptien est plus importante que la CAN et le football. Nous avons les mêmes craintes que le Maroc au sujet d’Ebola », a dit Hassan Farid, vice-président de la Fédération égyptienne de football, pour justifier le refus de son pays de servir de roue de secours à la CAF. Une sage décision partagée par l’Afrique du Sud, l’Angola, le Gabon, entre autres. Et d’autres suivront très certainement.
Quant à ceux qui auraient à perdre dans le report de la présente édition, il serait bon de leur rappeler que rien ne vaut la vie, sacrée, d’un humain. Il ne s’agit nullement, ici, de leur faire le prêche. Il ne s’agit pas, non plus de les inviter à un « pusillanimisme » qui ne dit pas son nom, ni à un sentimentalisme béat.  Ce serait plutôt une question de logique et de bon sens (la logique et le bon sens étant, dit-on, les choses les mieux partagées) que de repousser, au moins, la CAN-2015. Le cœur d’aucun africain ne devrait être à la fête, tant qu’Ebola continue de faire des victimes, quelles que soient leur appartenance géographique ou autre.

Pape O.B.H. Diouf                                                                       novembre 2014

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