mercredi , 19 juin 2019

Révision constitutionnelle : le cas du Burkina inspire l’opposition au Congo

La chute du président burkinabè Blaise Compaoré inspire l’opposition congolaise, qui fait face à un raidissement du pouvoir alors que le clan du président Denis Sassou Nguesso cherche à modifier la Constitution pour lui permettre de briguer un nouveau mandat en 2016.

Très rapidement après l’annonce de la démission de M. Compaoré, le 31 octobre, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), première formation de l’opposition au Congo-Brazzaville, a appelé dans un communiqué « les peuples des pays où les velléités de modification ou de changement de constitution sont perceptibles à résister et à s’opposer systématiquement à ce genre d’imposture ».

Après 27 ans à la tête du Burkina Faso, M. Compaoré a été contraint de quitter le pouvoir sous la pression de la rue et de l’armée après avoir annoncé un projet de révision constitutionnelle destiné à lui permettre de se présenter à la présidentielle en 2016.

A Brazzaville, on relève des similitudes entre les événements de Ouagadougou et ce qui se passe sur la scène nationale. Aux termes de la Constitution congolaise, adoptée en 2002, M. Sassou Nguesso, septuagénaire cumulant 30 années à la tête du pays, devra abandonner ses fonctions de président en 2016, sans possibilité de se présenter à sa propre succession.
Son cas est loin d’être unique en Afrique centrale. Les présidents de la République démocratique du Congo, du Rwanda, et du Burundi sont dans une situation semblable. Au pouvoir depuis respectivement 2001, 1994 et 2005, ils doivent céder la place en 2015 ou 2016 mais leurs partisans manoeuvrent pour les aider à rester en fonction via une révision constitutionnelle.

Le président Sassou n’a rien révélé publiquement de ses intentions mais ses proches s’activent pour lui permettre de se succéder à lui-même, à l’instar du président de l’Assemblée nationale, Justin Koumba, à la tête d’un Front citoyen pour le changement de la constitution (F3C). Cette campagne a lieu alors qu’augmentent les entraves à la liberté de la presse dans le pays, comme en témoigne l’expulsion en septembre de deux journalistes, un Camerounais et une journaliste d’origine malienne, critiques du pouvoir et que l’opposition dénonce depuis plusieurs mois des tentatives d’intimidation émanant du pouvoir.

– « Pas besoin de dirigeants inamovibles et éternels » –

M. Sassou Nguesso a dirigé le pays de 1979 à 1992. Après l’instauration du multipartisme, il est battu lors des élections de 1992 par le chef de l’UPADS, Pascal Lissouba, mais revient aux affaires au terme d’une guerre civile en 1997 avant d’être élu puis réélu, en 2002 et 2009, lors de scrutin contestés.
Sa formation, le Parti congolais du travail (PCT) doit faire une communication publique vendredi sur la question de la Constitution. Dans les milieux politiques, on s’attend que l’ancien parti unique demande au président de convoquer un référendum pour la modifier.

Seul parti de l’opposition à accepter le jeu des élections, l’UPADS invite au contraire « les démocrates congolais et africains à apporter aujourd’hui leur soutien indéfectible au brave peuple burkinabè et à observer demain la même attitude face aux autres dictateurs ». Le reste de l’opposition milite elle aussi pour que M. Sassou Nguesso
abandonne sa charge en 2016.

La dizaine de partis qui la compose a mis en place un Mouvement citoyen pour le respect de l’ordre constitutionnel, dont l’assemblée générale a été brutalement interrompue par la police mardi à Brazzaville.
La réunion, au domicile du coordonnateur du Mouvement, Clément Miérassa, devait être l’occasion de discuter de la situation au Burkina et ses implications pour le Congo. La police affirme que le rassemblement n’était pas autorisé par les autorités, mais M. Miérassa a dénoncé comme une grave atteinte à la liberté politique la descente des forces de l’ordre chez lui.

Un porte-parole de la police a indiqué jeudi à l’AFP que la police détenait encore « une dizaine » d’opposants interpellés sur les lieux. « La situation du Burkina Faso fait peur à nos dirigeants. Nous leur demandons tout simplement de ne pas tripatouiller les constitutions », déclare M. Miérassa, nous n’avons pas besoin de dirigeants inamovibles et éternels ».

 

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