vendredi , 6 décembre 2019

Ebola/CAN, Et si le Maroc avait raison ?

Le Maroc n’a-t-il pas raison de demander le report de l’organisation de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) en terre chérifienne ? L’on est tenté de répondre par l’affirmative, quand on sait que l’argument, essentiel, avancé par les autorités du Royaume nord africain est de taille : Ebola rôde dans les parages.

 

Les dirigeants de la Confédération Africaine de Football quant à eux, semblent ne pas vouloir l’entendre de cette oreille et campent sur leur position. Ils sont en train de mettre des mains et des pieds pour que le plus grand évènement footballistique du continent africain ait bien lieu, à la date initialement prévue, quitte à le déplacer vers un autre pays. L’Afrique a des priorités de développement. Et la priorité des priorités, aujourd’hui, devrait être le combat contre EBOLA.

C’est à croire que ce qui se passe sur le continent, actuellement, ne préoccupe nullement les instances dirigeantes du football africain. Au moment où le nombre de morts se multiplie de jour en jour dans les pays les plus affectés par Ebola, ils s’entêtent à créer le risque d’étendre le mal à ceux qui en sont jusque-là épargnés. En ces temps de désolation et de désespoir pour nos parents qui meurent atrocement, l’heure devrait plutôt être à la mobilisation pour combattre, ensemble, ce mal qui décime nos populations. Quand la case du voisin brûle, la sagesse voudrait qu’on lui manifeste un tant soi peu de compassion, à défaut de lui venir en aide pour éteindre le feu. La Guinée, la Sierra Léone, le Libéria font partie intégrante de l’Afrique. Il ne serait pas sage d’être indifférent à leur sort.

L’Afrique a besoin de tous ses bras valides pour aspirer au développement. Donc, une vie de perdue est une perte de trop pour notre continent, quelle que soit l’appartenance géographique, sociale, ethnique, religieuse …. de la victime. Des critiques ont été émises à l’encontre de certains pays qui ont fermé leurs frontières à d’autres pour « barrer la route » à Ebola. Critiques qui pourraient être fondées, certes, mais qui, comparées à l’indifférence affichée par les autorités de notre football, sont sans commune mesure. Puisque les premiers ne se sont pas limités à fermer leurs frontières, ils contribuent, parallèlement et très efficacement, aux efforts déployés çà et là pour faire face à la maladie, et qui profitent au monde entier.

L’argument selon lequel aucune édition n’aurait été reportée ni annulée depuis la création de la CAN, en 1957, ne saurait prospérer et pourrait être balayé du revers de la main. A la limite, il est même ridicule, voire absurde à l’état actuel des choses. Certes la CAF peut se prévaloir d’être l’instance africaine la plus stable (?) quant à la tenue régulière de ses manifestations, mais ses dirigeants devraient se rappeler qu’il y a toujours une première fois. Et la raison du report, ou de l’annulation pure et simple, de l’édition 2015 n’est pas des moindres. La seule évolution, en pire, de la situation dans les pays les plus touchés par Ebola devrait leur faire revenir sur leur décision initiale. Cela les honorerait.

L’artiste et le sportif sont les êtres les plus généreux au monde, dit-on. Ils ont un cœur gros comme çà. Le refus affiché par l’Afrique et l’Algérie de servir de « plan B » semble en être révélateur, au-delà des mêmes craintes, bien réelles, qui ont mis le Maroc dans la situation actuelle. C’est le lieu d’en appeler à la conscience de tous les sportifs du continent. Compatissez à la douleur qui frappe le Libéria, la Sierra Leone, la Guinée-Conakry. Cette douleur qui frappe, donc, l’Afrique. Mobilisons-nous plutôt contre Ebola et sauvons les bras qui vont faire de l’Afrique ce que voulons qu’il soit. Personne d’autre ne le fera à notre place. Surtout pas ceux-là qui nous regardent mourir comme des mouches, sans lever le plus petit doigt.

Pape O.B.H Diouf                                                              novembre 2014

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