mardi , 17 septembre 2019

Lutte contre Ebola: les yankees ratent le coche (opinion)

L’Amérique. La Grande Amérique. La Toute-puissante Amérique perd la face devant le minuscule virus Ebola. Du moins elle vient de perdre la première paire de manche dans le combat que, désormais, le monde entier est en train mener contre  ce mal dévastateur qu’est Ebola. Le « cas Duncan » était un test, grandeur nature pourrait-on dire, pour le système de santé de la plus grande puissance économique du monde.

L’on s’attendait à ce que les Yankees, grands bluffeurs devant l’Eternel, fassent étalage de tout le gigantisme qu’on leur connaît et de leur Toute-puissance pour venir à bout de la fièvre hémorragique, il n’en a rien été. Et la déception dépasse tous les espoirs que nous nourrissions dans ce sens. Ajoutons à cet échec les deux  infirmières américaines atteintes dont les cas ne sont pas encore bien maîtrisés, cela ne fait qu’accroître l’inquiétude des uns et des autres à travers le monde.
La sagesse africaine enseigne : « lorsque la case du voisin brûle, le bon sens recommande qu’on aille verser un seau d’eau sur les flammes ».

 

Puisque le vent pourrait vite changer de direction et voila que notre propre demeure se trouve ainsi exposée à ces flammes. Et quand le feu prend de toutes parts, il devient plus difficile à circonscrire, donc plus difficile à éteindre. Et c’est à ce stade que le monde semble en être avec Ebola, depuis que cette terrifiante « pieuvre » a commencé à étendre ses tentacules en dehors de notre pauvre Afrique. Pourquoi ne s’est-on pas intéressé plus tôt au virus qui a, pourtant, été découvert il y a plus de vingt ans maintenant ? Alors qu’on connaissait déjà sa terrible capacité de nuisance chez l’homme (Wikipédia nous apprend qu’Ebola est un virus « hautement pathogène »), pourquoi la Communauté Internationale a-t-elle laissé notre continent à son sort, aussi longtemps ?

 

Autant de questionnements dont les tentatives de réponses conduiraient à se faire des idées noires quant à la manière dont Ebola est géré jusque-là, quand au peu de considération dont l’Afrique semble faire l’objet. C’est en cela que le succès des autorités sanitaires sénégalaises face au cas du jeune étudiant guinéen devrait gonfler de fierté tous les africains. Ce pied de nez à l’Occident ne saurait faire plaisir à tout le monde. Mais l’heure n’est pas à l’envie ni à la jalousie. Il n’y a pas longtemps, un jeune ivoirien offrait à l’Afrique et au monde la première tablette électronique éducative. Bravo mon « fré » Thierry. C’est de cela que l’Afrique a besoin. Plutôt que d’être la queue du singe, qui suit l’animal partout. D’ailleurs, pour une des très rares fois que nous sommes en position de « donneurs de leçons », laissez-nous vous dire, gentiment, « men », que votre idée selon laquelle « toutes les frontières doivent rester ouvertes », n’est certainement pas des meilleures.
Le docteur Bernard Debré fustigeait déjà, sur les ondes de RFI, le déséquilibre qu’il y a dans la prise en charge des malades d’Ebola, selon qu’on est en Afrique ou qu’on est de l’autre côté de l’Atlantique.

 

« Il y a deux poids deux mesures dans le traitement des malades d’Ebola, disait-il. Il (le traitement) est amélioré dans les pays occidentaux où les malades bénéficient de transfusion de sang, de réhydratation … », ce qui est lion d’être le cas sous nos chaudes tropiques. C’est dire que tous les pays ne disposent pas des mêmes moyens pour faire face à l’épidémie, et que, par conséquent, les états, souverains, devraient plutôt élaborer des stratégies de lutte en tenant compte de la situation qui prévaut chez eux et, surtout, de leur capacité à gérer cette situation. Il va sans dire que les moyens qui permettent aux occidentaux de filtrer les entrées et les sorties au niveau de leurs frontières, quel que soit le flux des voyageurs, font vachement défaut dans la plupart des pays africains.

C’est le lieu de féliciter les autorités sénégalaises pour la fermeté dont elles ne cessent de faire preuve dans les décisions qui sont prises, jusque-là, sur les questions affairant à Ebola. Leur constance dans la démarche à adopter, progressivement, nous vaut d’être encore à l’abri de certaines contingences qui nous empêcheraient de continuer à contribuer, efficacement, à la lutte contre la propagation d’Ebola. Par contre, la décision de « repenser » leur approche face à Ebola n’est-elle pas un aveu d’échec de la part de l’Amérique ? « Nous devons repenser la manière dont nous contrôlons l’infection par Ebola parce que, même une seule contamination est inacceptable », dixit le docteur Thomas R. Frieden, directeur  du Centre Américain de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC).

 

Mais le plus dur n’est pas de tomber. Le plus dur c’est de pouvoir se relever de sa chute lorsqu’on aura touché terre. C’est à cette épreuve que se mesure le courage, la bravoure de l’athlète. Et de bravoure, de courage, vous n’en manquez assurément pas, « tough Yankees ».

Pape O.B.H.Diouf                                                                    Octobre 2014

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