lundi , 17 décembre 2018
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Ebola : l’appel de l’Archevêque de Conakry

MESSAGE DE MONSEIGNEUR VINCENT COULIBALY, ARCHEVÊQUE DE CONAKRY, A L’OCCASION DE LA RENTRÉE PASTORALE 2014-2015
Appel face  à l’épidémie d’Ebola
1.    Adresse

Bien chers diocésains et vous tous  femmes et hommes  de bonne volonté,

Le presbyterium de l’Archidiocèse de Conakry, à l’occasion de la rentrée pastorale 2014-2015, s’est réuni autour de son Evêque du 06 au 09 octobre 2014. Il a examiné les principaux sujets inscrits à l’ordre du jour de la session dont l’auto-prise en charge dans notre Eglise,  la poursuite de nos efforts en vue de la formation des familles, ainsi que d’autres questions d’ordre liturgique et pastoral.

Après l’examen de ces sujets, le presbyterium s’est plus particulièrement penché sur la situation créée par l’épidémie hémorragique à virus Ébola et vous adresse le message  que voici : message de sensibilisation, d’exhortation et d’invitation à la prière en vue de l’éradication totale de cette terrible maladie.

2.    Recrudescence de l’épidémie d’Ebola

Déjà, lors du pèlerinage de Boffa au mois de mai dernier, nous vous avions exhortés à observer les recommandations des autorités sanitaires et à prier avec ferveur pour que Dieu éloigne de nous cette épidémie. Mais en raison de la recrudescence de l’épidémie qui, selon les dernières statistiques de l’ OMS, a déjà fait 3865 morts dont près de 800 en Guinée. Aussi, en raison de sa progression rapide dans les zones urbaines et rurales de  plusieurs préfectures de notre pays et vue également les nombreuses conséquences de cette épidémie, nous revenons vers vous afin de prendre  avec vous toute la mesure de cette grave situation, de  vous engager davantage dans la lutte contre ce virus et de vous donner quelques consignes encore plus précises.

3- Condoléances aux familles endeuillées et remerciements aux organisations nationales et internationales

Avant tout, nous nous inclinons devant la mémoire de tous ceux qui sont les victimes directes et indirectes de cette épidémie et recommandons leurs âmes à Dieu le Père afin qu’Il les accueille en son paradis.

Nous remercions aussi très vivement, pour leur dévouement et leurs aides diverses,  toutes les autorités du pays, en particulier le Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, les Médias publics et privés avec leurs Ministères respectifs,  les ONG nationales et internationales, les Organisations internationales : l’OMS, Médecins sans Frontières, Caritas Internationalis, CRS qui ont toujours appuyé  l’OCPH,  ainsi que  toutes les institutions du Système des Nations Unies,  en particulier l’UNICEF, le FNUAP, le PAM, sans oublier les gouvernements de tous les pays amis de la Guinée, de la Sierra Léone et du Libéria qui nous apportent leur aide et leur assistance.

4.    Eviter les accusations et la recherche de boucs émissaires

Après ces condoléances et remerciements, nous voudrions en tout premier lieu inviter toutes les bonnes volontés à éviter les accusations mutuelles et la recherche de boucs émissaires. Toutes ces situations déplorables que nous connaissons ont été causées, dès le déclenchement de l’épidémie, par la méconnaissance de cette maladie, de son origine et de ses manifestations ; ce qui a conduit à des difficultés de communication, à des hésitations quant aux dispositions à prendre et surtout à de  nombreuses rumeurs. Pour les uns, ce virus ne viendrait pas de la consommation de la viande de brousse, mais de la manipulation des virus en laboratoire ; pour d’autres d’une machination de quelques puissances politiques ou industrielles. Pour certaines de nos populations, le virus n’existe même pas et il n’est que pure invention, sorcellerie ou empoisonnement.

Pour notre part, nous disons que, qu’elle que soit son origine, la réalité de l’Ebola ne peut être niée aujourd’hui. Elle décime nos populations, suscite des manifestations et provoque des morts avec des fermetures de frontières et un ralentissement de l’activité économique. Notre attitude face à cette peste des temps modernes n’est pas de nous attarder pour rechercher d’où elle vient, mais de  nous en protéger et de lui opposer une résistance fondée sur l’usage de la raison et la solidarité au niveau communautaire et international. Quand la maison brûle, on cherche d’abord à éteindre le feu et non à rechercher s’il est d’origine criminelle ou pas.

5.    Conjugaison des efforts pour l’éradication de l’épidémie

Nous voudrions ensuite inviter tous nos fidèles et toutes  les personnes de bonne volonté à s’engager dans la lutte pour l’éradication du virus Ebola.
Qualifiée d’urgence de Santé publique à portée mondiale, la lutte contre le virus Ébola engage toutes les forces vives de la Nation et du monde, car elle n’est pas que l’affaire des pays qui en sont victimes. La solidarité mondiale doit venir en soutien aux pays touchés par la fièvre Ebola qui ne connaît ni frontières, ni personnel médical et non médical et se moque des mesures drastiques de confinement ou de mise en quarantaine.
Et l’Eglise ne peut pas être en marge de cette lutte. La sensibilisation par l’approche communautaire et même familiale doit être la nouvelle stratégie, y compris au sein des communautés paroissiales et des communautés chrétiennes de base. Nous encourageons tous les prêtres, les religieux et religieuses, les catéchistes  et tous les agents pastoraux ainsi que tous les  fidèles croyants et les personnes de bonne volonté à s’engager dans la campagne de sensibilisation pour dire qu’Ébola n’a plus droit de cité dans nos familles, nos quartiers et villages.

6.    Halte à la stigmatisation et aux incriminations

Nous vous exhortons, comme l’a toujours fait l’Eglise en temps de crise, de détresse, de guerre ou de famine, à témoigner de la charité, de la solidarité et de l’engagement aux côtés des personnes infectées et affectées par cette maladie. Le malheur n’arrive pas qu’aux autres. Nul n’est à l’abri d’Ébola.
Nous apprenons que, même des personnes déclarées guéries d’Ebola sont stigmatisées et renvoyées de leur travail. On accuse aussi les personnes porteuses de ce virus d’avoir apporté la mort dans des cités ou des pays.

Évitons la stigmatisation, l’exclusion et le rejet des personnes, des villages et des régions  confrontées à cette maladie et à toutes les situations de drame qu’elle entraîne. Évitons de laisser nos familles se déchirer par Ébola car il y aura, à n’en point douter, l’après-Ébola ; car après cette épidémie nous continuerons  à vivre ensemble et à nous regarder en face.

7.    Consignes pour les célébrations eucharistiques et autres rassemblements publics
En m’adressant maintenant plus particulièrement aux prêtres, aux agents pastoraux et à tous les fidèles chrétiens, je donne les consignes suivantes dans le but de renforcer les mesures préventives au sein de nos communautés chrétiennes :
1-    Que tous les fidèles acceptent de se laver les mains à l’entrée des églises, chapelles et tout autre lieu de rassemblement ou de prière.
2-    Durant les messes, je demande que l’on s’abstienne du salut de paix.
3-    Durant les messes, je demande  également, que  « l’on donne la communion dans la main avec toute la vigilance et le respect exigés » afin d’éviter toute contamination par la salive.

4-    Pour l’organisation des obsèques, je demande que l’on s’assure des causes du décès afin d’éviter tout risque d’avoir affaire à un cas suspect. Et si nécessaire, demander un certificat de décès.

5-    Enfin, j’invite les paroisses,  les CCB et les familles à organiser des neuvaines à la Miséricorde  divine en vue de l’éradication du virus Ebola. Cette neuvaine commence le 14 Octobre en la fête du Pape St Calixte et se termine le 22 Octobre en la fête du Pape  St Jean Paul II, initiateur de cette neuvaine. Comme l’Eglise a toujours su le faire en se confiant à la miséricorde de Dieu dans les cas d’épidémie ou de crise, redoublons de foi et de ferveur en implorant Dieu d’éloigner de nous cette épidémie.

Confions-nous également, surtout en ce Saint mois du Rosaire, à travers les intentions des dizaines de chapelet, à la sollicitude maternelle de la Mère du Sauveur, Notre Dame du Cénacle, Notre Dame de Cana,  celle qui a été victorieuse, avec saint Michel Archange, du dragon de l’Apocalypse (Apocalypse chapitre 12 versets 7 à 9).
Que Dieu notre Père et Jésus Christ notre Seigneur, dans la communion du Saint Esprit, nous assurent de leur sollicitude, de leur protection et nous donnent paix, bonheur et vie éternelle. Amen.

Conakry, le 9 octobre 2014

+ Vincent COULIBALY
Archevêque de Conakry

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