mercredi , 20 février 2019

EBOLA : Comprenez-nous, chers voisins guinéens. (Libre opinion d’un sénégalais)

La fermeture des frontières entre le Sénégal et la Guinée, liée à l’épidémie d’Ebola qui sévit chez nos voisins du sud et qui nous a valu de prendre cette disposition, entre autres, pour que ce mal ravageur ne franchisse pas ces limites imaginaires et atteigne nos populations, a suscité des réactions d’antipathie envers les sénégalais, et des critiques fusent de toute part contre cette décision des autorités sénégalaises. C’est dire qu’Ebola n’est plus seulement une menace « sanitaire ». Elle tend à devenir une menace politique, pour ne pas dire « diplomatique ».

 


 

L’attitude de nos parents guinéens peut se comprendre quand on sait que les relations entre le peuple guinéen et le peuple sénégalais dépassent, depuis très longtemps déjà, les simples « rapports de bon voisinage », elles dépassent le cadre de rapports commerciaux. Le Sénégal n’est-il pas la deuxième patrie pour beaucoup de guinéens ? En témoigne leur grand nombre dans ce pays de la téranga ? La stabilité sociale et l’environnement économique très favorables à ces citoyens du pays du Président Condé, ajoutés à la proximité, font de notre pays plus qu’un « partenaire obligé », une sorte d’Eldorado pour beaucoup d’entre eux. Ces quelques raisons suffiraient à faire naître chez certains d’entre eux un sentiment de frustration, légitime quelque-part.

Mais essayez un peu de nous comprendre, chers voisins. C’est une question de vie ou de mort. Ebola fait peur, elle fait très peur. Et à juste raison. Ebola tue vite et atrocement. Elle se propage vite, Ebola. Et elle décime, Ebola. Nous, qui avons connu la Grande Peste (certains vétérans Saint-Louisiens l’ont encore en mémoire, nos historiens aussi), savons depuis très longtemps ce qu’est ce genre de morts en série. Il y a des choses qui ne s’oublient pas. On essaie tout juste de « faire avec », comme dit la chanson. Nous vous concédons, chers voisins, de ne pas connaître ce pan de notre histoire, parce que c’était « aux temps lointains », comme disent grand-mère et grand-père qui n’ont pas la même notion du temps que leurs contemporains, citadins de surcroît.

Cependant, l’histoire du bateau « Le Diola » ne vous échappe certainement pas. Ce terrible naufrage qui nous a valu la perte de plus d’un millier de fils, de pères, de mères, de sœurs, de tantes, d’amis, de voisins,… de concitoyens pour tout dire, en moins de vingt-quatre heures, et dont les familles des victimes n’ont pas fini de faire le deuil malgré le temps qui passe: douze années déjà se sont écoulées depuis lors et les souvenirs sont encore vivaces dans certains esprits.

 

D’autres raisons pourraient encore être évoqués, mais est-ce nécessaire ? Notre propos ressemblerait alors à une tentative de disculpation, à une invite à l’autocritique. Or, tel n’est pas notre intention. Au-delà de ces considérations événementielles, il y a plus important. Il s’agit de préserver des vies, autant de vies que possibles, au-delà de toute considération de nationalité ou d’une quelconque appartenance, géographique ou autre. Il s’agit, également, de préserver des relations multiséculaires.

La Guinée et le Sénégal sont un seul et même peuple. Des guinéens ont fondé foyer au Sénégal et inversement. L’on est tenté de dire que « lorsque la Guinée s’enrhume, c’est le Sénégal qui éternue », et inversement. Les deux peuples sont en parfaite symbiose depuis très longtemps déjà, pour qu’un quelconque grain de sable vienne salir ces bonnes et belles relations. Ce grain de sable s’appellerait-il EBOLA. Nous, sénégalais, souffrons tous de ce qui se passe de l’autre côté de notre frontière sud. Nous osons croire qu’il en serait autant de la part des guinéens s’il nous arrivait quelque chose.

 

Il est vrai qu’Ebola est féroce. Il est vrai que ce mal sème peur et désolation partout où il passe. Mais les relations entre nos deux pays, les rapports entre sénégalais et guinéens qui ne sont, en définitive, qu’un seul et même peuple doivent lui survivre. Et pour cela, il faut d’abord vaincre Ebola et la peur que suscite ce mal ravageur.
Un grand homme d’état disait ceci : « s’il y a quelque chose à craindre, c’est bien la peur ». Ne cédons pas à la peur que suscite Ebola.

Pape O.B.H. Diouf

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