dimanche , 25 août 2019
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Ebola : les médecins Guinéens meurent par ‘’négligence’’

L’épidémie hémorragique à virus Ebola, qui a fait plus de 2 000 morts en Afrique de l’Ouest depuis le début de l’année, continue sa propagation de plus belle.

 

Pendant ce temps, la lutte contre la propagation du virus mortel se poursuit. De nos jours, 10% des personnes infectées par le virus sont des personnels de santé, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En Guinée, les autorités se penchent sur la sensibilisation du personnel soignant. Fin août, l’OMS a dénombré au total 240 médecins et infirmières infectés, soit plus de 120 décédés. Parmi les  pays les plus touchés par l’épidémie : la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée, le dernier pays a enregistré à lui seul, une cinquantaine de soignants infectés dont 28 décès.

A Conakry, au grand centre hospitalier de Donka, la protection du personnel de santé reste un enjeu majeur. ‘’Ebola existe, protégez-vous !’’, c’est le message que véhicule Mohammed Cissé à son équipe médicale tous les matins. Ce chef du service dermatologie du CHU de Donka, fait tous les jours face au manque de matériel de protection. Mais pour lui, sensibiliser le personnel de santé est la clé. ‘’La sensibilisation continue. C’est un travail de longue haleine. Vous avez un patient qui a de la fièvre, qui présente des céphalées ou des vomissements. Il faut penser à Ebola’’.

 

Négligence des médecins

 

Nonobstant les consignes données par les responsables de santé et les acteurs impliqués dans la lutte contre l’épidémie, le Coordinateur d’urgence pour Médecins sans frontières (MSF) en Guinée, regrette le fait que toutes les responsabilités n’ont pas été prises par les soignants. ‘’ Je suis en colère contre les collègues médicaux en Guinée qui s’entêtent et qui décèdent du virus parce qu’on peut se protéger’’.

Les responsabilités sont partagées, souligne Marc Poncin. Pour lui, si le matériel de protection n’est pas donné en nombre suffisant, ‘’c’est vraiment grave’’. Mais il note la négligence de la part de certains personnels de santé

D’après l’expert de MSF, ‘’dans un pays qui n’avait jamais connu d’épidémie d’Ebola, il est compréhensible que certaines mesures de protection n’aient pas été prises au début’’.

 

‘’Mais ce qui me met beaucoup plus en colère aujourd’hui, c’est de voir qu’alors que l’épidémie existe depuis presque six mois en Guinée et qu’elle a contaminé et tué beaucoup de gens, certains personnels de santé, certains médecins, certains infirmiers font preuve de négligence. Ils continuent de ne pas se protéger, et de ne pas avoir les bonnes pratiques lors de leurs consultations médicales’’ fustige le médecin.
Le Dr Sakoba Keita, coordinateur national de la lutte contre Ebola affirme que l’infection de la plupart des médecins est dû ‘’au non-respect des consignes données’’.

 

‘’Dans les consultations clandestines, des médecins ont récupéré des gens. C’est après avoir compris que ça ne va pas qu’ils pensent à la structure. Le premier cas d’Ebola à Conakry a fait 3 jours avant d’aller à l’hôpital de Donka et Kipé. Pendant tout ce temps, il était en train d’être traité dans des cabinets clandestins’’, a expliqué le chef de division des maladies infectieuses.

Risques de contamination et courage des médecins-(Patriotisme)

 

Le Dr Sakoba Keita rappelle qu’ils ont juré au sermon d’hypocrate. ‘’Nous connaissons le risque du métier. Même en dehors d’Ebola, il y a des risques’’.
Il indique que ce n’est pas la première fois que les personnels de santé prennent des coups. ‘’Je connais certains médecins qui sont décédés par suite de fièvre jaune dans l’exercice de notre fonction’’.

 

En 1994, se souvient l’expert des maladies infectieuses, des médecins sont décédés de méningite en pleine campagne de sensibilisation.  Le bémol ? ‘’Il y a maladies qu’on ne connait même pas la cause mais nous sommes toujours sur le terrain. Donc, c’est au médecin de prendre de mesures universelles pour éviter de se faire infecter. Mais, avec Ebola, les médecins Guinéens  font preuve de patriotisme’’, confie le Dr Kéita.

 

Le coordinateur national contre Ebola invite ses collègues médecins Guinéens à ne pas fuir.  ‘’Si nous fuyions comme des médecins du Liberia et de la Sierra-Léone, où MSF a dit que huit cent lits ne suffissent même pas alors qu’en Guinée, on n’a même pas 200 lits. Donc, c’est  pour vous dire que si les médecins fuient devant Ebola, personne ne va s’arrêter devant le virus’’.


Mobilisation des volontaires de la Croix-Rouge

 

Aliou Boly- coordinateur des programmes de la fédération internationale de la Croix-Rouge et Croix-sans-rouge Guinée, annonce que près de 2000 volontaires guinéens sont prêts à être déployés sur le terrain pour parer à Ebola.

 

‘’ Depuis le début de l’épidémie, plus de 1200 volontaires de la Croix Rouge Guinéenne sont déjà utilisés. Actuellement, dans chacune des préfectures touchées, il y a entre 50 et 100 volontaires qui sont mobilisés par jour. Ces jeunes, ils sont motivés pas, parce qu’on leur paye, mais c’est parce qu’ils sont du mouvement croix rouge. Et en tant que tel, ce sont des gens qui croient en ces principes du mouvement parmi lesquels il y a le volontariat. Mais au-delà de ça, je pense que c’est aussi parce qu’ils sont patriotes’’, a développé M. Boly.

Aujourd’hui, MSF dit être d’accord que ça soient des combattants qui sont décédés en luttant contre Ebola, mais préconise le respect des mesures préventives à condition d’avoir le matériel de protection pour cela.

 

La situation d’Ebola, que ça soit en Guinée, en Sierra Léone ou au Libéria, de nombre de cas est en augmentation constante, souligne le Coordinateur de MSF en Guinée. Cependant, Marc Poncin regrette que les actions qui sont faites soient toujours beaucoup trop petites et y arrivent beaucoup trop tard.

 

‘’Tout ce qui est décidé d’être fait par la communauté internationale en appui au ministère de la santé de ces pays, vient en retard avec des moyens insuffisants. Le résultat, c’est que la propagation de l’épidémie continue à grande vitesse et la Guinée est victime de cette situation puis que la grande majorité des nouvelles chaines de transmissions sont à la base des gens qui reviennent de ces pays infectés et contaminent leurs proches en Guinée’’.
Enfin, il rappelle à la communauté internationale que les acteurs sur le terrain ont besoin de beaucoup plus des moyens et plus de décisions. L’expert invite tous à se réveiller et prendre leur responsabilité. Car, dit-il, ce n’est pas seulement avec MSF, la Croix Rouge le CDC qu’on va mettre fin à l’épidémie.

 

Aliou BM Diallo
+224 622 25 45 64
contact@kaloumpresse.com

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