mercredi , 22 mai 2019

Mansour Kaba parle du discours de Dalein à Chacago et revient sur l’esclavage au Fouta

Le discours de l’opposant guinéen Cellou Dalein Diallo à Chicago, aux Etats-Unis d’Amérique continue de faire des vagues. Mohamed Mansour Kaba, ancien ministre de la transition, a lui aussi exprimé son désarroi et mis en garde, selon ses propres termes, contre « l’esclavage au Foutah Djallon »…


« Au moment où le Peuple de Guinée et la communauté internationale sont préoccupés par la lutte pour l’éradication de la fièvre hémorragique à virus Ebola dans notre pays et dans la sous-région d’Afrique de l’Ouest, M. Mamadou Cellou Dalein DIALLO, le président de l’UFDG, parcourt le monde pour proférer des menaces de guerre civile, au cas où il ne gagnerait pas la prochaine élection présidentielle de 2015. Ce fut le cas au cours de sa conférence publique du 17/08/2014 à Chicago, USA. Ces menaces sont accompagnées de mensonges sur la prétendue « harmonie »entre les Pullo (Peulh « noble »), esclavagistes et leurs victimes multiséculaires condamnées, depuis la Bataille de Talansan en 1727, à vivre dans les villages d’esclaves du Foutah Djallon appelés « Rundè ».

Nul ne peut prétendre que les habitants des « Rundè » sont des esclaves qui portent aujourd’hui encore le carcan autour du cou et la chaîne aux pieds et que leurs maîtres, les « Pullo » peuvent les vendre comme bon leur semble à qui ils veulent.Mais nous devons reconnaître aussique depuis la colonisation du Foutah Djallon à la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, aucune loi n’a été votée pour mettre fin à l’esclavage là ou ce système était pratiqué tant en Guinée, qu’ailleurs en « Afrique occidentale française, (AOF) ». Dans les faits, les populations originaires du Foutah Djallon, les Djallonka, les Maninka et les Pulli sont soumis, depuis la conquête des « Pullo », à un système discriminatoire intolérable dans une république.

Nous venons de terminer une enquête de terrain en Moyenne Guinée (Foutah Djallon), au cours de laquelle nous avons constaté que sur les 60 « Rundè » de la sous-préfecture de Dalein, (Préfecture de Labé), les populations d’une quinzaine de villages d’esclaves, de « Rundè »,vivent et travaillent, pour ainsi dire sans rémunération, pour la famille d’un dirigeant politique dont nous tairons le nom ici.Dans la préfecture de Mamou,nous avons également recensé plus de 600 « Rundè » dont les habitants sont soumis, comme ailleurs au Foutah Djallon, aux mêmes conditions humiliantes et d’exploitation éhontée des descendants d’esclaves.Ceux-ci sont en outre du « bétail électoral » pour l’UFDG et les autres partis politiques dont les leaders appartiennent aux familles dominantes des « Pullo ». Il suffit de vérifier sur la liste des élus de ces partis politiques, l’UFDG en tête, pour constater qu’aucun de ces partis dont la majorité des électeurs résident à plus de 60% dans les « Rundè », ne compte un seul député, un seul maire ou un seul conseiller municipal descendant d’esclaves.

C’est cette dépendance par rapport à l’électorat des « Rundè » qui explique la panique qui s’empare de M. Cellou Dalein DIALLO et de ses compères de l’UFDG, à l’idée d’une prise de conscience généralisée des descendants d’esclaves contre les forces rétrogrades qui les exploitent, sans rien leur offrir en retour que misère et humiliation.Au lieu de reconnaître les faits patents de discrimination en tous genres contre les descendants d’esclaves des « Rundè » et se conduire en citoyens modernes et respectueux de la Constitution, nos compatriotes esclavagistes« Pullo » accusent le Président de la République, le Prof. Alpha CONDE et Mansour KABA de vouloir semer la discorde entre « Pullo » et habitants des « Rundè » au Foutah Djallon (Moyenne Guinée). Ce faisant, ils semblent ignorer que cette discorde date de la conquête du Foutah Djallon par les « Pullo » en 1727 et de l’accaparement subséquent de toutes les terres cultivables de cette région par les vainqueurs de la Bataille de Talansan, les Peulh islamisés ou « Pullo » sous la direction de Karamô Alpha Sambegou Mô Timbo.

Nul ne peut empêcher les peuples de ce monde de se souvenir de leur histoire, faite souvent de victoires glorieuses ou d’échecs retentissants. Faits historiques qui font des uns des maîtres absolus ou tout au moins des colonisateurs triomphants, et des autres des esclaves humiliés ou des colonisés soumis. L’exemple des Ecossais qui ont imposé au Royaume-Uni un referendum ce 22/09/2014 pour ou contre l’indépendance est tout simplementimpressionnant. D’autres pays et d’autres régions d’Europe de l’Ouest sont confrontés à ce besoin de dignitédes populations concernées après souvent plus de trois siècles de cohabitation, alors que, du point de vue éducation et niveau de vie, les personnes concernées n’ont rien à envier àleurs compatriotes.

En République de Guinée, M. Mamadou Cellou Dalein DIALLO prétend, aussi bien à Rotterdam (27/04/2014),qu’à Chicago (17/08/2014), que l’ « harmonie » règnerait en Moyenne Guinée (Foutah Djallon) entre eux, les « Pullo »vivant dans les villes et ceux des « Foulaso » dans les campagnes, d’une part, et les descendants des esclaves qui vivent séparément dans les « Rundè », d’autre part. Peut-on parler d’ « harmonie » entre ces deux groupes sociaux, lorsque les « Pullo » se sont approprié toutes les terres cultivables de la région et n’autorisent les paysans des « Rundè » à accéder à ces champs que contresoumission et travail gratuit, la récolte revenant en très grande partie au « noble » oisif ? Peut-on parler d’ « harmonie », lorsque la ségrégation spatiale atteint les cimetières ? Peut-on parler d’ « harmonie » lorsque les « Pullo » sont autorisés à sacrifier le bélier blanc, alors que les ressortissants des « Rundè » doivent se contenter du bouc noir, qu’ils résident au Foutah Djallon, à Conakry, à N’Zérékoré ou à New York ? Peut-on parler d’ « harmonie » lorsque le « Pullo » peut épouser à sa guise la femme des « Rundè » de son choix et même l’enlever sans le consentement de ses parents, alors que le mariage avec une fille « noble » est strictement interdit aux ressortissants des « Rundè » ? Peut-on parler d’ « harmonie », lorsque dans les mosquées, les ressortissants des « Rundè » ne sont jamais autorisés à diriger les prières, quelle que soit par ailleurs leur degré de maîtrise du Saint Coran ? Peut-on, dans cet ordre d’idées, parler d’ « harmonie », lorsque les ressortissants des « Rundè » ne peuvent construire des mosquées dans leurs villages qu’avec l’autorisation impossible à obtenir des « Pullo » ? Peut-on, enfin, parler d’ « harmonie », lorsque, dans leur région d’origine, en Moyenne Guinée, l’autorité des préfets et sous-préfets descendants d’esclaves est bafouée par les « Pullo »qui ne leur accordent aucune considération et les traitent en parias malgré leurs responsabilités administratives ? L’exemple récent de l’actuel Préfet de Lélouma, M. Samba Heri CAMARA, est une illustration convaincante de ce drame.

Un autre facteur vient aggraver cette situation déjà explosive : depuis que certainshabitants des « Rundè » ont massivement voté au cours de l’élection présidentielle de 2010 en faveur du Prof. Alpha CONDE, leurs maîtres « Pullo » refusent de les autoriser à cultiver les terres confisquées par eux au Foutah Djallon. On leur demande carrément d’aller cultiver la terre en Haute Guinée qui serait le fief du parti gouvernemental. Cette « punition » des électeurs du RPG-Arc-En-Ciel vivant dans les « Rundè » est non seulement anti-démocratique, mais elle est contraire aux libertés fondamentales, dont les libertés d’opinion et de conscience des citoyens garanties par la Constitution. Le gouvernement guinéen devrait s’intéresser à ces pratiques discriminatoires qui sont déjà sources de révoltes incontrôlables. En cette année 2014, nous en avons compté un nombre considérable !Le cas qui nous semble le plus grave a eu lieu le 04/06/2014 dans la préfecture de Dalaba. Ici l’on a assisté à une confrontation entre les habitantsd‘un village « Pullo », Koussourko, et ceux d’un « Rundè » du nom de Dinkoli pour une question de délimitation du foncier rural.Une cinquantaine de gendarmes seraient venus de Mamou à la demande d’un officier à la retraite qui voulait intimider les habitants des « Rundè ». Mais face à la résistance farouche de ceux-ci, les gendarmes ont dû battre en retraite avec un lourd bilan: deux morts et huit blessés. Faut-il aller jusqu’à ces situations extrêmes pour apprendre que plus personne n’a envie d’être traité en moins que rien dans une république où la règle d’or est l’égalité des citoyens en droits et en devoirs ?

Ce système de discrimination muet mais efficace n’a que trop duré. Il est temps et grand temps d’y mettre fin par une Loi votée à l’Assemblée nationale. Sinon, nous nous acheminerons, en Moyenne Guinée, vers une situation de révolte infiniment plus grave que la menace de « guerre civile » agitée par le président de l’UFDG dans son discours de Chicago, en cas d’échec à l’élection présidentielle de 2015.

Conakry, le 19 Septembre 2014

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